Santé mentale: une souffrance partagée par l'entourage

Père d'un garçon souffrant de schizophrénie, Jean-Pierre Langevin... (Fournie par Jean-Pierre Langevin)

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Père d'un garçon souffrant de schizophrénie, Jean-Pierre Langevin n'hésite pas à témoigner de son vécu.

Fournie par Jean-Pierre Langevin

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Des centaines de médecins, de chercheurs et de professionnels provenant des quatre coins de la planète débarquent à Québec pour échanger sur la question des maladies cardiométaboliques, ces fléaux mortels qui affectent des millions de Canadiens chaque année. Le Soleil en a profité pour rencontrer certains de ces spécialistes et vous propose de faire le point sur la situation à travers trois grandes thématiques. »

28 novembre 2013Bloc photo Raphaelle Plante - Infographie (Focus1 / Jocelyn Bernier)
Raphaelle Plante

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Lorsque la maladie mentale frappe une personne, ce n'est pas seulement son monde qui est chamboulé, c'est aussi tout son entourage immédiat qui est affecté.

Jean-Pierre Langevin est un policier retraité de la Sûreté du Québec, père de trois enfants d'une famille «normale». Mais ça, c'était avant que la maladie mentale accable le plus jeune, Philippe, il y a de cela plus de 20 ans.

«Philippe, c'était le p'tit rayon de soleil de la maison. Il était bon à l'école, curieux, il avait des amis... Tout lui réussissait», raconte M. Langevin au Soleil. Mais les choses changent peu à peu lorsque le jeune homme entre à l'université, en génie mécanique. «Il était un peu plus distant, renfermé... On se disait que c'était peut-être sa crise d'adolescence à retardement.

«Au moins, il nous parlait. Il nous racontait ses expériences à l'université et on se rendait compte qu'il devenait paranoïaque. Par exemple, il nous disait que lorsque ses profs écrivaient au tableau, c'étaient des messages qu'ils lui envoyaient. Il imaginait que les gens dans sa classe, dans les corridors, même les animateurs à la radio parlaient dans son dos.»

M. Langevin et sa femme incitent alors Philippe à consulter, se disent qu'il est peut-être en dépression. «Lui, il niait. Il disait qu'il n'avait pas de problème, mais que c'était plutôt les gens autour de lui qui en avaient un. Il a fait le ménage dans ses amis, les a tous flushés.

«Plus ça allait, plus ça se dégradait. Philippe se levait la nuit, il voulait nous parler, tenait des propos confus.»

Après quelques mois à se laisser ronger par l'inquiétude, le couple Langevin décide de consulter un psychiatre pour lui raconter ce que vit leur fils. Celui-ci dirige les parents vers un organisme, La Boussole, qui vient en aide aux proches d'une personne atteinte de maladie mentale (lire l'autre texte).

«On suit des formations sur les différentes maladies mentales pour essayer de comprendre ce qu'a notre fils. Tout ce temps, on sent qu'on le perd. Il a énormément de souffrance, des gestes de colère et d'agressivité, manifeste de la paranoïa aussi envers la famille.»

Série d'hospitalisations

Comme Philippe commençait à manifester des signes de dangerosité - avant tout pour lui-même -, ses parents se sont résignés à faire une requête pour une évaluation psychologique (un P-38 dans le jargon).

«Les policiers l'ont emmené à l'hôpital pour une évaluation avec un psychiatre. Est-ce que c'était une dépression profonde? La bipolarité? Une psychose liée à la drogue? Le psy avait l'impression que c'était peut-être la schizophrénie.» Un diagnostic qui se confirmera par la suite.

Après une semaine d'hospitalisation, Philippe rentre à la maison, puis arrête de prendre ses médicaments, indique M. Langevin. «Il les prenait à l'hôpital, mais arrêtait chaque fois qu'il en sortait. Sur quatre ou cinq ans, on a fait quatre requêtes pour qu'il soit hospitalisé. Après la quatrième hospitalisation, qui a duré trois mois, un juge a émis une ordonnance de traitement pour obliger Philippe à recevoir sa médication par injection s'il refusait de prendre ses médicaments... Du jour au lendemain, il a changé son comportement et prenait ses médicaments, parce qu'il avait foi en l'autorité du juge.»

Lorsque Philippe a 25 ans, ses parents l'incitent à aller en appartement, une décision difficile, mais primordiale pour qu'il se prenne en main. «Il a progressé, tranquillement, pas toujours de façon linéaire. Aujourd'hui, à 41 ans, il est autonome, mais il ne travaille pas. Il n'a pas d'amis, mais un petit réseau autour de lui, une petite vie», raconte M. Langevin.

Parler

«J'ai encore beaucoup de peine par rapport à ce que Philippe a perdu. Mais il faut accepter qu'on ne peut rien y changer, ne pas oublier que c'est une maladie, une "maudite maladie".» Et M. Langevin rappelle que si la situation est difficile pour les proches, «le pire, c'est pour la personne atteinte».

S'il ne voulait pas témoigner, au début, par respect pour son fils, il se fait un devoir aujourd'hui de parler de ce qu'il a vécu, pour la même raison.

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