Santé cardiométabolique: le petit pas... qui mène au grand!

Deuxième volet de cette série sur la santé... (Shutterstock, Glinskaja Olga)

Agrandir

Deuxième volet de cette série sur la santé métabolique: le changement.

Shutterstock, Glinskaja Olga

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

ZONE Santé

Santé

ZONE Santé

Des centaines de médecins, de chercheurs et de professionnels provenant des quatre coins de la planète débarquent à Québec pour échanger sur la question des maladies cardiométaboliques, ces fléaux mortels qui affectent des millions de Canadiens chaque année. Le Soleil en a profité pour rencontrer certains de ces spécialistes et vous propose de faire le point sur la situation à travers trois grandes thématiques. »

<p>Camille B. Vincent</p>
Camille B. Vincent

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Pour changer les habitudes de vie d'une nation entière, il faut penser à petite échelle. Ce sera peut-être un petit pas pour chaque personne qui se prendra en main, mais ce sera un grand pas pour la société dans laquelle elles évoluent.

«C'est difficile, partir la machine, ça, c'est clair!... (Photo fournie par Christian Gagnon) - image 1.0

Agrandir

«C'est difficile, partir la machine, ça, c'est clair! [...]Qui ne s'est jamais inscrit dans un Nautilus et y est allé deux fois?» - Christian Gagnon, directeur du Service des activités sportives à l'Université Laval

Photo fournie par Christian Gagnon

Et pour se prendre en main, on fait comment, doc? «C'est difficile, partir la machine, ça, c'est clair!», admet Christian Gagnon, directeur du Service des activités sportives à l'Université Laval. Il parle en connaissance de cause, ayant lui-même pris de nouvelles résolutions pour sa santé il y a de cela quelques mois. «Qui ne s'est jamais inscrit dans un Nautilus et y est allé deux fois?» demande-t-il.

M. Gagnon est bien conscient que le changement des habitudes de vie - à la fois en ce qui a trait à l'exercice physique et à l'alimentation - n'est pas chose facile, et peut être particulièrement difficile pour certains. Pour ceux-ci, «ça prend de l'aide», affirme-t-il. 

Lui-même a fait appel à un kinésiologue qui lui a «démystifié la salle d'entraînement», un endroit qui le révulsait auparavant.

Après l'aide professionnelle vient l'aide psychologique, qui permet de maintenir le cap, d'atteindre ses objectifs. Aux yeux de Christian Gagnon, cette aide passe notamment par l'adoption de modèles, bien souvent issus du domaine sportif. «Des filles comme Sylvie Bernier», donne-t-il en exemple, ou encore les athlètes olympiques, dont les prouesses incitent à s'initier à leur sport. «Ces modèles-là sont importants, et ils doivent être proches et connectés aux jeunes.»  

Heureusement, M. Gagnon ajoute que le début de la remise en forme est le pire. Encore mieux, qu'on finit par y prendre goût. «C'est rendu qu'après deux mois, quand je ne m'entraîne pas, ça me manque.»

Tellement qu'il a donné à sa femme le goût de s'y mettre également.

Un défi au quotidien

Reste qu'il est également très difficile de maintenir de bonnes habitudes de vie au quotidien, après que la belle motivation des débuts se soit estompée. «Maigrir, c'est facile», affirme Jean-Pierre Després, directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l'IUCPQ (Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de l'Université Laval). «Assurer une perte de poids pendant des années, ça, c'est dur.»

Simone Lemieux, nutritionniste, chercheuse à l'INAF (Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels) et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval, est du même avis : «Changer des habitudes, c'est un travail de longue haleine.»

Plus particulièrement en ce qui a trait à l'alimentation, M. Lemieux insiste sur le fait que bien se nourrir ne veut pas dire qu'il doit y avoir compromis sur le goût. «Il faut arrêter de faire l'association que quand un aliment est sain, il ne goûte pas bon.»

Selon elle, pour adopter de saines habitudes d'alimentation à long terme, il faut les intégrer à notre quotidien. Et se permettre d'expérimenter. «Si, durant une période, quelqu'un a plus de temps pour faire à manger, il réalisera les bénéfices que ça peut lui apporter», propose d'ailleurs Sylvie Turgeon, directrice par intérim de l'INAF.

Simone Lemieux raconte que depuis plusieurs années, elle coupe des fruits et les place au centre de la table chaque matin. Un geste tout simple, mais qui porte ses fruits! «À un moment donné, on se rend compte que ça nous manque si on n'a pas de fruits sur la table.»

Travailler en amont

L'adoption de saines habitudes de vie ne se fait pas sans l'apport des instances gouvernementales et des professionnels de la santé, qui ont la capacité d'offrir des outils pour y arriver. Parti d'une intention individuelle, ce défi se transforme bien vite en une question collective.

C'est ce que sous-entendent tous les spécialistes en risques cardiométaboliques rencontrés par Le Soleil. Le cardiologue clinicien chercheur Éric Larose parle d'ailleurs au nom des médecins lorsqu'il dit: «On a un mea culpa à faire.»

C'est qu'à ses yeux, les médecins doivent davantage travailler en amont des problèmes cardiométaboliques, c'est-à-dire dans une optique préventive. Actuellement, «le médecin est formé pour guérir les maladies, il est moins formé pour les prévenir», se désole-t-il.

«Oui, il y a de l'amélioration à faire. C'est pas tout le monde qui mesure le tour de taille, c'est pas tout le monde qui parle d'alimentation aux patients.»

À ce propos, Jean-Pierre Després, directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l'IUCPQ (Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de l'Université Laval), affirme que moins du tiers des médecins soulèvent les questions d'alimentation auprès de leurs patients diabétiques, et que moins de 20 % leur parlent d'activité physique.

Les Drs Després et Larose tiennent à préciser que leurs propos ne visent pas à blâmer les médecins de famille, trop souvent débordés par l'ampleur de la tâche à accomplir.

«Quand il y a 30 personnes qui attendent dans une salle d'attente pour voir un médecin, ça va vite. Ils n'ont malheureusement pas le temps», soulignait cette semaine Jean-Pierre Després lors d'une conférence de presse annonçant la tenue en fin de semaine à Québec du congrès international sur les maladies cardiométaboliques.

Le Dr Després propose de faire en sorte que les habitudes de vie deviennent des «signes vitaux» mesurés par les médecins au même titre que le sont actuellement la tension artérielle et le battement cardiaque. «Juste passer quelques minutes à remplir des questionnaires standardisés [sur nos habitudes], ce serait possiblement même plus important pour prédire le risque cardiométabolique que ce qui est évalué actuellement par les médecins», assure-t-il.

Le rôle de l'État

Les spécialistes s'entendent pour dire que les instances gouvernementales ont également un rôle à jouer dans le changement des habitudes de vie à grande échelle. Ils ont le devoir d'en faire la constante promotion et d'en faciliter le succès.

«Est-ce qu'on peut avoir des environnements qui nous permettent de les mettre en application, ces belles habitudes de vie là?» s'interroge Carolle Leclerc, coordonnatrice d'opérations au Service des activités sportives de l'Université Laval. «Il faut offrir des installations sportives. [...] C'est pas de forcer les gens, mais de leur offrir le choix.» 

Le Dr Després affirme par ailleurs qu'un ménage doit être fait dans «la cacophonie des messages» envoyés à la population. À ses yeux, une information trop ardue est actuellement véhiculée dans les médias en ce qui a trait notamment aux manières de rester en santé. «On peut considérablement simplifier le message en termes de recommandations nutritionnelles.»

Selon Michel Clair, ex-ministre et président de l'Alliance Santé Québec, les spécialistes en risque cardiométabolique devraient s'inspirer de «grands succès collectifs» québécois pour établir une stratégie de communication efficace. Parmi ceux-ci, il mentionne la campagne de sensibilisation réalisée sur plusieurs années pour assurer une meilleure sécurité routière. «En 1980, il y avait pas loin de 1500 morts par année sur les routes. Trente-cinq ans plus tard, les habitudes de conduite ont beaucoup changé.» Conclusion : «il y a des choses à apprendre de ce qu'on a déjà fait nous-mêmes pour amener des changements de comportement.»  

Conseil d'experts

> Ayez du plaisir à manger

«Il ne faut pas qu'il y ait de compromis sur le goût. [...] Il faut essayer de "pimper" un peu notre alimentation plutôt que de se couper des plaisirs. Il faut ajouter de sains plaisirs à notre alimentation.»

- Simone Lemieux, nutritionniste, chercheuse à l'INAF et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval

> Faites attention à votre corps

«Les gens doivent accepter qu'ils ont un corps qui leur appartient. Souvent, je me rends compte que les gens considèrent que ce n'est pas grave [de ne pas faire attention à son corps].  Les saines habitudes de vie, ça apporte du bien-être. Être bien dans sa peau, ce n'est pas égoïste.»

- Carolle Leclerc, coordonnatrice d'opérations au Service des activités sportives de l'Université Laval et responsable du programme Mon équilibre UL

> Ne vous fiez pas trop au pèse-personne

«La perte de poids ne devrait pas être l'objectif primaire. Si vous mangez mieux et que vous bougez plus, ça, j'en suis certain, vous allez être plus en santé. Et peut-être que vous allez perdre du poids. Vous n'allez peut-être pas perdre de poids, mais vous allez perdre de la graisse.»

> Faites attention à ce que vous buvez

«Quand vous avez soif, buvez de l'eau!»

- Jean-Pierre Després, directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l'IUCPQ

> Visez une santé durable, à long terme

«La santé durable, ça réfère à un état de santé et de bien-être complet des personnes et des populations qui se prennent en charge et qui participent pleinement à leur bien-être.»

- Michel Clair, ex-ministre et président de l'Alliance Santé Québec

 

 

 

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer