Santé cardiométabolique: au-delà du miroir

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Des centaines de médecins, de chercheurs et de professionnels venant des quatre coins de la planète débarquent à Québec en fin de semaine pour discuter de la question des maladies cardiométaboliques, ces fléaux mortels qui affectent des millions de Canadiens chaque année. Le Soleil en a profité pour rencontrer certains de ces spécialistes, et vous propose de faire le point sur la situation à travers trois grandes thématiques.

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Des centaines de médecins, de chercheurs et de professionnels provenant des quatre coins de la planète débarquent à Québec pour échanger sur la question des maladies cardiométaboliques, ces fléaux mortels qui affectent des millions de Canadiens chaque année. Le Soleil en a profité pour rencontrer certains de ces spécialistes et vous propose de faire le point sur la situation à travers trois grandes thématiques. »

<p>Camille B. Vincent</p>
Camille B. Vincent

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Leçon numéro 1 du Dr Jean-Pierre Després : «La notion de poids santé, ça n'a pas d'allure. Il n'y a pas de science qui supporte ça.»

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Leçon numéro 1 du Dr Jean-Pierre Després : «La notion de poids santé, ça n'a pas d'allure. Il n'y a pas de science qui supporte ça.»

Le Soleil, Yan Doublet

Ce constat en surprendra certainement plus d'un, sachant que le poids santé - établi en calculant son indice de masse corporelle - est utilisé par bon nombre de kinésiologues, de nutritionnistes et d'autres spécialistes du domaine de la santé.

Le Dr Després tient à le préciser : «C'est pas juste Jean-Pierre Després qui dit ça!»

N'empêche qu'il a été l'un des premiers à le proclamer haut et fort, et ce, dès la fin des années 80. Il se souvient qu'à l'époque, ses propos avaient été reçus avec un «scepticisme légitime».

Le Dr Després est aujourd'hui directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l'Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) et a récemment reçu le titre de chevalier de l'Ordre national du Québec.

«Ce n'est pas nécessairement d'être gros qui est dangereux, lance-t-il, c'est d'avoir trop de gras par en dedans.» En d'autres termes, «si vous avez de la graisse dans votre cavité abdominale, vous avez la chance que votre coeur, votre foie et vos muscles baignent dans la graisse».

Jean-Pierre Després cherche ici à faire la distinction entre la personne en surpoids dont le gras est uniformément réparti dans le corps, et celle pesant un poids considéré santé, mais souffrant d'obésité abdominale.

Le cardiologue Éric Larose appelle ces personnes les «faux maigres». «Ce n'est pas une bonne chose d'être obèse, ce n'est pas ce qu'on suggère. Mais on peut être faussement rassuré» lorsque notre poids se situe à l'intérieur de celui recommandé sur la base de notre indice de masse corporelle. «C'est une question de santé qui va au-delà de ce que tu vois dans le miroir.»

Les Drs Després et Larose suggèrent plutôt de mesurer le tour de taille, celui-ci donnant une information plus exacte sur l'état de santé cardiométabolique du patient.

«Même ceux qui ont un poids santé, quand ils ont un tour de taille plus élevé, il y a plus d'athérosclérose», soit un épaississement des parois artérielles, explique le Dr Larose. À noter que l'athérosclérose est la première cause de mortalité au Canada.

Au Québec, le diabète touche quant à lui plus de 800 000 personnes, ce qui représente 10 % de la population québécoise. «C'est énorme!» rappelle Jean-Pierre Després.

Également, il mentionne que l'obésité abdominale est un facteur de risque important pour le déclin de la fonction cognitive pouvant mener à la démence. «Au Canada, il y a un demi-million de Canadiens qui souffrent de démence. C'est fortement associé au mode de vie», assure-t-il.

Habitudes de vie

Les spécialistes s'entendent pour dire que la sédentarité est un problème beaucoup trop répandu au Québec, au Canada et dans le monde. Un nouveau secteur de recherche émerge d'ailleurs actuellement sur la question, et se penche précisément sur les conséquences que peut avoir le fait de rester rivé à un écran pendant plusieurs heures. 

Selon Carolle Leclerc, coordonnatrice d'opérations au Service des activités sportives de l'Université Laval et responsable du programme Mon équilibre UL, «ça a un impact presque aussi important que la personne qui ne fait pas d'activité physique». 

Dans la même optique, le Dr Éric Larose précise que seulement 14 % des Canadiens suivent la recommandation canadienne en ce qui a trait à l'entraînement, soit celle de réaliser 150 minutes d'activité physique modérée à vigoureuse par semaine. «Soit on a 86 % de la population qui est nounoune, soit il y a 86 % des gens qui ne croient pas les spécialistes.»

Pour ce qui est de l'alimentation, «les gens vont de plus en plus vers le menu santé», pense Carolle Leclerc, coordonnatrice d'opérations au Service des activités sportives de l'Université Laval. «Mais ce n'est pas encore si facile. La malbouffe est encore très présente, et elle se déguise en bouffe santé.»

Simone Lemieux, nutritionniste et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval, parle notamment des boissons gazeuses qui, sans être considérées comme un choix santé, sont trop souvent sous-estimées par les consommateurs. «Les gens pensent que puisqu'ils boivent quelque chose au lieu de manger, c'est moins calorique.» Au contraire, rappelle-t-elle, les boissons gazeuses contiennent beaucoup de calories et pas de nutriments.

Maladies cardiovasculaires

  • Toutes les sept minutes, une personne succombe à une maladie du coeur ou à un accident vasculaire cérébral (AVC) au Canada.
  • L'AVC est la troisième plus importante cause de décès au pays.
  • Les maladies cardiovasculaires coûtent près de 21 milliards $ par année à l'économie canadienne. 

Sources : Statistique Canada et Conference Board du Canada

Obésité et diabète

  • Un Canadien sur quatre est obèse.
  • Plus de 830 000 Québécois vivent avec le diabète, soit plus de 10 % de la population.
  • Le diabète est un fardeau économique estimé à 3 milliards $ par année en coûts directs et indirects au Québec.

Sources : Statistique Canada et Diabète Québec

Payer le prix

La mauvaise santé cardiométabolique d'une société se paye en vie humaine. Elle se paye également en argent, et ce, à fort prix. 

Selon le Conference Board du Canada, les maladies du coeur et les AVC coûtent près de 21 milliards $ par année à l'économie canadienne en services médicaux, en coûts hospitaliers, en perte de salaire et en perte de productivité.

«Les maladies chroniques, c'est le poste budgétaire le plus important et le plus en croissance dans le domaine de la santé et des services sociaux», note Michel Clair, ex-ministre et président de l'Alliance Santé Québec. «Sauf erreur, en Occident, les maladies chroniques issues de mauvaises habitudes, c'est 40 % des dépenses en santé. C'est majeur!»

La question que se pose Jean-Pierre Després : «Qu'est-ce qu'on a les moyens de se payer comme peuple?» D'autant plus que comme le rappelle M. Clair, le vieillissement de la population apporte son lot grandissant de maladies chroniques liées à l'âge.

«Avec le vieillissement de la population, c'est comme si on travaillait dans des directions opposées. On travaille très, très fort à développer des solutions curatives, c'est très bien comme société. Mais, en même temps, on n'adopte pas des comportements qui tendent à diminuer autant que nous pourrions des maladies chroniques évitables», dénonce M. Clair. Comme si on ne faisait que boucher les trous plutôt que de colmater la fuite à sa source.

«Le meilleur investissement»

Pour Michel Clair, la solution réside dans les habitudes de vie. «Le moins cher qu'on puisse faire, c'est d'adopter de saines habitudes de vie. 

En d'autres termes, il s'agit de travailler au quotidien à éviter - ou à tout le moins à freiner - le développement de maladies chroniques causées par un mode de vie malsain, qui coûtent très cher au système. «Le meilleur investissement qu'on puisse faire pour assurer la pérennité de notre système de santé, c'est l'adoption d'une santé durable.» 

Éric Larose, cardiologue clinicien et chercheur au centre... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Éric Larose, cardiologue clinicien et chercheur au centre de recherche de l'IUCPQ

Photothèque Le Soleil

Simone Lemieux, nutritionniste et professeure à l'École de... (Photothèque Le Soleil) - image 3.1

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Simone Lemieux, nutritionniste et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval

Photothèque Le Soleil

Pièges à éviter

Chercher une solution miracle

«En termes de prévention, les gens cherchent souvent quelque chose de miraculeux. Heureusement - ou malheureusement, diront certains -, la santé, ça passe rarement par là. [...] C'est un marathon, la santé. Ce n'est pas un sprint.» - Éric Larose, cardiologue clinicien et chercheur au centre de recherche de l'IUCPQ

Minimiser l'importance de l'exercice physique

«De dire que l'exercice physique est moins important que l'alimentation pour perdre du poids, quelle erreur d'interprétation scientifique!» - Jean-Pierre Després, directeur de la recherche en cardiologie au Centre de recherche de l'IUCPQ

Démoniser les aliments considérés comme mauvais pour la santé

«On se tire un peu dans le pied quand on essaye de séparer les aliments en bon et en mauvais. En démonisant les aliments, on n'arrivera pas à grand-chose, parce que l'interdit est très attirant. Quand on interdit des fruits à un enfant, il a le goût d'en manger.» - Simone Lemieux, nutritionniste et professeure à l'École de nutrition de l'Université Laval

Miser toutes nos énergies sur un régime à durée déterminée

«Le problème avec ces régimes-là, c'est qu'inévitablement, on va reprendre le poids perdu. [...] Une erreur qu'on fait, c'est qu'on donne un petit coup, et qu'après, on revient à nos habitudes. C'est pas quelque chose que je recommande comme experte en nutrition.» - Simone Lemieux

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