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Dre Diane Francoeur, obstétricienne gynécologue à Montréal: l'ambiguïté sexuelle chez les enfants

La Dre Diane Francoeur, obstétricienne gynécologue au CHU Sainte-Justine, est... (La Presse, Martin Chamberland)

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La Dre Diane Francoeur, obstétricienne gynécologue au CHU Sainte-Justine, est aussi présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec depuis 2014.

La Presse, Martin Chamberland

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(Québec) L'ambiguïté sexuelle, ce n'est pas d'abord un état psychologique concernant l'orientation de la personne. Non. C'est physique. C'est le cas d'enfants chez qui on découvre, à la naissance, des malformations génitales et un système sexuel déficient. De fillettes sans utérus, des garçons sans testicules, et toutes sortes d'autres complications du côté intestinal ou dans le système urinaire.

Dans sa pratique, la docteure Diane Francoeur, obstétricienne gynécologue au CHU Sainte-Justine, a vu plusieurs de ces cas au fil des ans. À la naissance de l'enfant, c'est problématique, car il y aura de nombreuses opérations pour replacer l'ensemble du système sans oublier l'accompagnement nécessaire des parents et le suivi à long terme des enfants.

Par contre, lorsque le médecin découvre chez une adolescente de 15 ans qu'elle n'a pas d'utérus, mais qu'elle a en plus des testicules dans le bas-ventre, la situation devient une montagne à gérer tant du côté psychologique que pour les aspects physiques.

«J'ai devant moi une jeune fille de 15 ans. C'est vraiment une jeune femme, mais dans son corps quelque chose ne fonctionne pas», raconte Dre Francoeur en ajoutant à quel point cette nouvelle est un choc majeur pour la jeune fille et pour sa famille. 

Des cas lourds

«Il n'y a rien de plus difficile à annoncer à des parents que leur fille n'a pas d'utérus, que ce n'était pas connu et que nous avons trouvé des testicules dans son corps lors de l'investigation. C'est un choc incroyable pour l'enfant et pour les parents. Ce sont des cas extrêmement lourds», avoue la gynécologue obstétricienne.

Le médecin doit prendre tout le temps qu'il faut avec la patiente et ses parents. «Je dois répondre à toutes les questions de la jeune fille. Au début, elle ne veut pas tout savoir, mais avec le temps elle voudra comprendre. Il n'y aura pas nécessairement un changement de sexe, car il faut tenir compte de l'enveloppe corporelle. Mais ce sont des situations bouleversantes pour tout le monde», continue

Dre Francoeur. 

Au fil des consultations, la jeune fille et ses parents auront besoin d'un soutien important. Toutefois, ajoute la spécialiste, l'enfant et sa famille n'auront pas nécessairement tout le soutien psychologique nécessaire pour traverser cette épreuve, car il manque de travailleuses sociales, de psychologues et de sexologues pour les accompagner et les rassurer. C'est un drame humain qui va durer toute une vie.

«Ce sont des cas lourds à cause de tout ce qui entoure le diagnostic, dont le secret de la situation. Si à 15 ans, on découvre un cancer de l'ovaire chez la jeune fille, elle et sa famille auront soudainement la sympathie de toute la planète. Dans un cas d'ambiguïté sexuelle, tu n'en parles à personne parce que tu ne sais pas comment gérer cela. Il faudra faire attention aux médias sociaux surtout et même ne rien dire à sa meilleure amie en qui elle croit avoir une confiance absolue. Les jeunes sont vulnérables. Si ce drame se retrouve sur Facebook, ça devient un cauchemar ingérable», soutient Dre Francoeur. Elle précise que si la chirurgie peut faire de petits miracles, tout ne sera pas tout à fait pareil. L'apparence, le premier chum, la première blonde, c'est primordial chez les adolescents. L'accompagnement médical doit absolument être joint au support psychologique.

Jeunes mamans

Présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec depuis 2014, la docteure Francoeur avoue que l'accompagnement des adolescentes enceintes est l'aspect qui lui manque le plus ces années-ci. «C'est une clientèle riche en émotions, avoue-t-elle. Avec une infirmière spécialisée, nous arrivions à les apprivoiser même si elles étaient sous le choc, car les grossesses n'étaient pas toutes désirées.»

Les interventions permettaient d'aider les futures mères à se prendre en main pour qu'elles soient autonomes et savoir quoi faire avec leur petit bébé. «Nous avons réussi de très bons coups et j'en suis très fière», raconte-t-elle. «Il n'y avait rien de plus gratifiant que de revoir une patiente que j'ai accompagnée alors qu'elle avait 14 ou 15 ans. Elle vient me consulter 10 ans plus tard avec son nouveau chum et un grand enfant et elle me dit : "Regarde où je suis rendue. J'ai un emploi. Je suis retournée à l'école. J'ai une famille." Ça n'a pas de prix.»

Parcours inhabituel

Née à Amqui dans la vallée de la Matapédia dans un milieu modeste, la docteure Diane Francoeur soutient que rien ne la prédestinait à une carrière en médecine.

«J'ai toujours aimé les défis. Je me suis dit : pourquoi pas des études pour devenir médecin? C'était l'endroit le plus difficile pour se faire une place. Une fois arrivée en médecine, je suis tombée en amour avec la profession», se souvient-elle. «Le fait de pouvoir aider des gens était ce qui me motivait dès le départ.» Pourtant, lorsqu'elle s'est inscrite à l'université, son deuxième choix était le génie mécanique.

Après les études à l'Université Laval, elle a entrepris sa résidence à Montréal et sa spécialité en gynécologie et en obstétrique. Par la suite, elle a entrepris une surspécialité en gynécologie pédiatrique aux États-Unis, dans le Kentucky. «C'était le meilleur endroit au monde pour faire une surspécialité de ce genre, les leaders mondiaux de la profession y travaillaient», raconte-t-elle.

Elle se rappelle que ce fut un grand dépaysement dans cette Amérique profonde, à Louisville, dans une population démunie et très pauvre composée majoritairement de Noirs. Entre le Québec où les soins de santé étaient gratuits et les conditions de cette région où l'accès aux soins pour les gens pauvres était inexistant, elle a vécu un choc.

Depuis elle a oeuvré essentiellement à Sainte-Justine.

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