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Un parc d'éoliennes

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Le Québec est privilégié en matière de ressources naturelles, mais la province doit encore importer beaucoup d'énergie pour ses besoins. Pourquoi? L'état de la situation. »

Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) Les Québécois dépensent presque autant par année dans leurs voitures que dans la santé. S'il y a un aspect sur lequel il faut mettre l'accent pour améliorer le bilan énergétique du Québec, c'est bien celui-là, insiste l'économiste Pierre-Olivier Pineau, spécialisé en énergie et enseignant à l'École des hautes études commerciales à Montréal.

«Les dépenses automobiles s'établissent à 30 milliards $ par an pour les ménages québécois. C'est l'équivalent du budget de la santé, pratiquement, budget qui accapare la moitié des ressources de l'État. C'est un scandale qu'on ne réalise pas à quel point ça plombe notre économie. Les autos causent des accidents, elles polluent et elles nous incitent à l'inactivité. Il y a de plus en plus de véhicules. C'est une perte de temps et d'argent, pour être assis dedans plus longtemps, dans des véhicules surdimensionnés pour nos besoins», expose calmement M. Pineau.

Transport collectif

La solution passe inconditionnellement par «l'amélioration de l'offre de services de transport collectif [...] même conventionnel à l'essence, ou hybride», ajoute-t-il.

Pour une quantité déterminée d'efforts, Pierre-Olivier Pineau assure «qu'enlever des autos, c'est mieux que d'électrifier les transports [...] À court terme, ce [l'électrification] n'est pas une solution parce qu'il y a trop d'obstacles aux changements d'habitudes. C'est le dernier chantier sur lequel on devrait mettre une priorité.»

Le Québec arrivera à des gains supérieurs à court et moyen termes s'il intensifie le transport en commun des personnes et des marchandises. Le train constitue un outil important, dit-il.

«La première chose à faire, c'est de mettre des voies ferrées disponibles et sécuritaires, d'abord établir de nouveaux corridors, pour les marchandises et pour le transport personnel», souligne-t-il.

Le Québec achète du pétrole à l'extérieur de ses frontières pour une somme variant entre 10 et 14 milliards $ par an. Retirer des autos de la route ou s'en servir moins représentent les meilleures façons d'améliorer cette fiche, assure M. Pineau.

Mieux isoler les logements québécois de même que les commerces est l'autre grand progrès sur lequel l'économiste mettrait l'accent au plus vite.

«On pourrait retrancher un sixième de nos coûts d'électricité dans les secteurs résidentiel et commercial. On vend cette électricité à 3 ¢ [sur le marché domestique], selon le tarif patrimonial, alors qu'on pourrait le vendre à 6 ou 7 ¢ chez nos voisins, pour des milliards de dollars», note-t-il.

M. Pineau croit qu'une hausse modérée des tarifs d'électricité est nécessaire pour que le Québec se donne les moyens d'effectuer les grands virages menant vers l'optimisation de son bilan énergétique. «Nos tarifs sont encore très bas et ça peut se faire en épargnant les gens à faible revenu. Les dépenses en alcool et en tabac sont équivalentes aux dépenses d'électricité.»

Il s'inquiète d'autre part de la détérioration des bases statistiques du gouvernement du Québec en matière d'énergie. «Les derniers chiffres datent de 2011! Les gens du ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles ne mettent plus à jour les chiffres. L'Institut de la statistique du Québec n'a pas plus de ressources [humaines]. On se refuse à documenter ce secteur pourtant fondamental dans notre vie.»

«Le secteur éolien a créé 5000 emplois en 15... (Photothèque Le Soleil) - image 2.0

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«Le secteur éolien a créé 5000 emplois en 15 ans au Québec, 1200 en Gaspésie et dans la Matanie, mais aussi 1000 à Montréal. C'est un beau succès», estime le directeur du Technocentre éolien, Frédéric Côté.

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L'éolien promis à un bel avenir

Le directeur du Technocentre éolien, Frédéric Côté, croit que sa filière énergétique est promise à un bel avenir, à cause de sa compétitivité et de l'importance grandissante qu'auront les objectifs de réduction des gaz à effet de serre au Québec et ailleurs dans le monde.

La récente déclaration de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) déplorant que les États du monde versent deux fois plus d'argent aux entreprises pétrolières qu'en appui aux formes d'énergies renouvelables alimente aussi l'optimisme de Frédéric Côté.

«Je pense que l'avenir, et on va le voir avec la nouvelle politique énergétique du Québec, se présente bien. Au cours des 15 dernières années, on a réussi à bâtir une industrie avec la chaîne d'approvisionnement la plus complète au Canada. Quand on regarde l'avenir, l'objectif de réduction de gaz à effet de serre adopté par le gouvernement du Québec récemment, la place des énergies renouvelables dans certains secteurs aux États-Unis, la compétitivité de l'énergie éolienne lorsqu'on la compare au coût de production d'électricité au charbon ou au gaz, c'est prometteur», affirme-t-il.

La compétitivité de l'énergie éolienne par rapport aux grands projets hydroélectriques constitue un autre facteur militant pour la filière défendue par l'organisme que dirige M. Côté.

«Le dernier appel d'offres éolien s'est soldé par un prix moyen de 6,3 ¢ du kilowatt. C'est comparable au prix de l'hydroélectricité produite à La Romaine, ou des autres nouveaux grands barrages. On doit maintenant remplacer du pétrole avec de l'énergie renouvelable», souligne-t-il.

L'intérêt des voisins

L'optimisme de M. Côté tient aussi du fait que des marchés importants et voisins du Québec manifestent leur intérêt pour l'énergie renouvelable.

«La Nouvelle-Angleterre lance un appel d'offres pour acheter 1000 mégawatts d'énergie renouvelable. L'Ontario remet en question son programme nucléaire, à la lumière des coûts exorbitants de réparation de la centrale de Pointe Lepreau, au Nouveau-Brunswick, et regarde les options. Nous sommes conscients que le Québec ne maintiendra sans doute pas le même rythme de croissance de construction des parcs éoliens qu'au cours des 10 dernières années, mais notre chaîne d'approvisionnement devrait pouvoir vendre la moitié de ses composantes ici, et exporter l'autre moitié. En ce sens, la nouvelle Politique énergétique du Québec 2016-2025 lance un bon signal, puisqu'on mentionne l'importance d'une stratégie industrielle bien positionnée», dit M. Côté.

«Le secteur éolien a créé 5000 emplois en 15 ans au Québec, 1200 en Gaspésie et dans la Matanie, mais aussi 1000 à Mont­réal. C'est un beau succès [...] Le Québec vit un déficit en puissance en période de pointe de consommation d'hiver. On importe à fort prix. Dans l'éolien, c'est l'hiver qu'on produit le plus. Cette énergie est davantage présente quand on en a besoin. On va devoir produire plus pour remplacer du pétrole. Les projets éoliens peuvent en plus se réaliser en quatre ou cinq ans, comparativement à 10 ou 12 pour les grands barrages. C'est un avantage», ajoute-t-il.

Quant aux critiques dirigées vers le secteur éolien, M. Côté s'en formalise de moins en moins. «Le dernier surplus d'Hydro-Québec se situe à 3 %. À la fin de l'exercice, tout est vendu, avec un gros profit.»

Il y a présentement 2883 MW de puissance éolienne installée au Québec. À la fin de 2017, les parcs éoliens auront une capacité de 3926 mégawatts, un peu moins de 10 % de la capacité totale de production d'électricité du Québec. Les parcs ne fonctionnent pas toujours à plein régime, et on calcule généralement qu'ils produisent au tiers de leur capacité installée.

Le premier parc éolien québécois a été inauguré en 1998, à Cap-Chat et Matane. Il a créé une poignée d'emplois en entretien. C'est à partir de l'appel d'offres de 2003 que la filière a pris son envol.

***

Besoin de 3000 MW d'ici 2023

Hydro-Québec prévoit une augmentation de ses besoins en électricité de 3000 mégawatts d'ici à 2023. Ceux-ci atteindraient alors 40 713 mégawatts. C'est une augmentation de 0,9 % par an, ou d'environ 400 mégawatts. Le Québec est un exportateur net d'électricité, mais il en importe généralement de décembre à mars pour combler ses besoins.

***

L'énergie solaire

Hydro-Québec n'achète pas d'énergie solaire. Elle offre toutefois à des «autoproducteurs», des ménages équipés pour générer leur propre électricité, un crédit quand ils produisent plus que leur consommation. Le crédit est utilisé quand ils consomment plus qu'ils ne génèrent. Le réseau d'Hydro-Québec ne compte que 69 abonnements de ce type.  

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