San Francisco: la récupération, et rien d'autre

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Après des années de croissance, le taux de récupération stagne depuis 2009 dans la région de la capitale, selon le bilan 2013 du Plan de gestion des matières résiduelles déposé en début d'automne par la Communauté métropolitaine de Québec.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le bilan 2013 du Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) déposé en début d'automne par la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) indiquait que malgré les efforts, le taux de récupération stagne depuis 2009, oscillant entre 42 % et 44 %, après des années de croissance.

Depuis cinq ans, la quantité de matières recyclables déposées dans le bac bleu aurait même diminué de 5 %. Néanmoins, la Ville assure que ce que vous mettez dans le bac en question va bel et bien au recyclage et on entend sensibiliser les Québécois pour relancer l'effort, par une campagne de publicité.

Pour démontrer qu'il y a moyen de faire beaucoup plus, allons faire un détour du côté de San Francisco, qui s'est donné comme objectif, en 2002, de réduire à zéro ses matières résiduelles, une politique baptisée Zero Waste, d'ici 2020.

L'objectif de la politique est d'atteindre un stade où les sites d'enfouissement deviendront inutiles, et où aucune matière ne sera incinérée (ce qui est déjà le cas, soit dit en passant).

La politique s'est traduite par l'adoption progressive de plusieurs lois et règlements visant à modifier les habitudes de la population et des commerces, notamment sur la récupération des débris à la suite d'une démolition, sur la réduction des restes de nourriture grâce au compostage, l'interdiction des sacs de plastique, etc.

Interdit par la loi

La loi interdit aux citoyens comme aux entreprises de mettre des matières recyclables dans le bac à ordures, et cela inclut les matières organiques.

Nous avons demandé à Mme Juliana Bryant, responsable de la politique pour le département de l'Environnement, à la Ville de San Francisco, de nous parler du chemin parcouru jusqu'ici, et des perspectives d'avenir.

Juliana Bryant est responsable de la politique Zero... (Photo tirée de LinkedIn) - image 2.0

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Juliana Bryant est responsable de la politique Zero Waste pour le département de l'Environnement, à San Francisco.

Photo tirée de LinkedIn

7 questions à Julia Bryant

Q Pouvez-vous nous dire comment San Francisco en est venue à se donner cet objectif ambitieux?

R San Francisco a toujours été une ville qui se préoccupe d'environnement. Nous avons été parmi les premières aux États-Unis à faire du recyclage à partir de la collecte des déchets dans la rue. En 1996, nous avions lancé un projet de compostage à partir des restes de nourri­ture. On le faisait déjà avec les résidus verts, mais nous savions qu'il y avait une grande quantité de matière organique qui prenait le chemin de la poubelle, et il s'agissait surtout de nourriture, provenant du secteur commercial.

Il faut garder à l'esprit que ce programme n'est pas contraignant, il exprime une volonté politique [policy statement] en vertu de laquelle nous estimons que les matières résiduelles constituent des pertes, et qu'elles posent un problème environnemental. C'est notre Commission sur l'environnement qui a adopté cette politique en 2003. Jusqu'ici on atteint les objectifs que nous nous sommes fixés, et on continue de s'améliorer. Le but ultime c'est de ne rien enfouir. Peut-être qu'on n'atteindra pas ça en 2020, mais cela nous pousse à innover.

Q Quels sont les éléments les plus importants à vos yeux?

R Une des clés de notre succès, c'est que nous pouvons offrir des incitatifs aux gens pour qu'ils participent, parce qu'ils sont facturés séparément pour la collecte des matières résiduelles. Nous avons élaboré un programme, «Pay as you throw», où chaque citoyen reçoit une facture proportionnelle à la quantité de déchets générée. Ce n'est pas caché à même le compte de taxes, c'est une facture séparée, et ça nous permet d'offrir un rabais en fonction de la proportion du total qui s'en va en recyclage.

Q Est-ce que cela veut dire que vous pesez chaque bac au moment de la collecte?

R Non, on ne peut pas installer un système de pesée sur nos camions. C'est trop imprécis dans les pentes, qui sont fréquentes ici. On établit des moyennes à partir de la taille des contenants.

Pour que le programme fonctionne, il faut investir beaucoup pour rejoindre les usagers. C'est très important, vous pouvez offrir les meilleurs programmes, mais si les gens ne savent pas comment les utiliser, ça ne donnera pas les résultats espérés. On fait beaucoup de rencontres individuelles. Les jours de collecte, on regarde ce que les gens mettent dans les bacs pour voir s'il y a des choses à changer, on cogne aux portes, on offre des suggestions, on peut donner de l'information sur les moyens qui leur sont offerts. Tous ne veulent pas nous parler, mais à environ 40 % des portes où nous allons, les gens acceptent de nous rencontrer. Par la suite on retournera faire un suivi afin de voir si les choses s'améliorent.

Q Si j'ai bien compris, tout le système est autofinancé?

R Oui, les tarifs couvrent le système au complet, de la maison jusqu'aux sites de recyclage. On ne prend aucun revenu dans le compte de taxes. Tous les frais d'administration, les frais reliés aux politiques sont financés à même la tarification du service.

Q Vous avez parlé du compostage, obtenez-vous de bons résultats jusqu'ici?

R À l'origine, nous faisions la promotion du compostage à la maison, mais le territoire de la ville elle-même est petit, et peu de citoyens possèdent des terrains. Pour être en mesure de traiter toute la matière organique qui se retrouvait dans les déchets, nous avons construit des sites de compostage municipaux. Après les résidus du secteur commercial, nous avons étendu, à partir de 2000, la pratique au secteur résidentiel et dans l'ensemble de la ville. Maintenant on accepte même le papier souillé par la nourriture, les essuie-tout en papier, les assiettes, contenants de papier. Tout ça va dans le bac destiné au compostage, nous produisons 700 tonnes de compost par jour. Toute notre production est vendue, la demande n'en finit plus de grossir pour cette ressource.

Q Donc, où en êtes-vous aujourd'hui par rapport à votre objectif?

R Notre barème, c'est la quantité de matière qui aboutit à l'enfouissement.  

Voilà deux ans, on a enfoui la plus petite quantité enregistrée depuis qu'on dresse des statistiques, sur près de 30 ou 40 ans. Mais l'année suivante on n'a vu aucun changement, et une légère hausse l'année dernière.

C'est une tendance inquiétante. On a une idée de sa cause, parce qu'il y a beaucoup de construction à San Francisco, en raison de la croissance démographique, ça nous décourage un peu, mais nous gardons le cap.

Q Avez-vous recours à un incinérateur?

R Non, il n'y en a aucun dans toute la région de la Baie et il n'y en aura sans doute jamais. Ce que nous savons, c'est d'abord que ça coûte cher à opérer, et qu'en plus ça ralentit les progrès du recyclage parce qu'une fois qu'on possède l'incinérateur, il crée de la demande pour des déchets à brûler. On devient alors plus intéressé à jeter les résidus dans le feu qu'à les recycler.

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Chaque semaine, cette chronique vous propose un point de vue de l'extérieur sur un débat qui nous préoccupe chez nous. Pour joindre notre journaliste, lui soumettre des suggestions, écrivez à passelin@lesoleil.com

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