Terrorisme: offrir une porte de sortie

Le dynamitage d'un train à Madrid avait causé... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Le dynamitage d'un train à Madrid avait causé la mort de 182 personnes le 11 mars 2004.

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Mais le phénomène de radicalisation n'est pas nouveau. Les pays européens ont eu à prendre des mesures après le dynamitage d'un train à Madrid en 2004 et les attaques-suicide dans le métro et dans un bus de Londres en 2005.

Au Danemark, les corps policiers d'Aarhus, deuxième ville en importance au pays, en sont arrivés à la conclusion que la répression ne pouvait être la seule avenue si on voulait protéger les citoyens. Il faut aussi pouvoir tendre la main aux jeunes qui risquent d'être entraînés dans ces mouvements, afin d'interrompre le cycle de radicalisation.

On a mis sur pied un programme, en 2007, avec la participation de plusieurs organisations et intervenants, pour venir en aide aux jeunes, de 15 à 25 ans, qui risquent d'être entraînés dans des groupes extrémistes, prônant la violence. En plus des policiers, le programme mise sur l'aide des intervenants sociaux, de la protection de la jeunesse, des médecins spécialisés en santé mentale, des membres des diverses communautés.

Par la suite, on a ajouté un autre volet visant à aider ceux qui se sont rendus en Syrie, soit pour offrir de l'aide aux victimes de la violence, soit pour combattre aux côtés des groupes rebelles.

Le commissaire d'Aarhus, chef des services de police Jørgen Ilum, nous a accordé une entrevue cette semaine pour expliquer le fonctionnement du programme et ses résultats jusqu'ici.Les Canadiens ont été bouleversés par la mort de deux soldats, tués par des individus qui avaient adhéré aux idéologies d'extrémistes musulmans. Ces deux attaques ont suscité un questionnement sur les mesures en place pour identifier et neutraliser ce genre de menaces.

Six questions à... Jørgen Ilum

Q  Pouvez-vous nous dire d'abord comment ce programme a vu le jour?

Les attentats de Madrid et de Londres ont suscité de grandes préoccupations à l'égard du risque que présentait la radicalisation de citoyens, au Danemark comme ailleurs. En 2006, les services de sécurité et de renseignement avaient mis sur pied, pour les corps policiers, un programme de sensibilisation envers la radicalisation, pour détecter les individus qui présentaient des risques.

Ici, à Aarhus, on s'est dit «pourquoi se limiter aux policiers, pourquoi ne pas inclure les intervenants qui travaillent en première ligne auprès des jeunes? Les enseignants, les travailleurs sociaux, la société civile?» C'est à partir de ça qu'on a conclu un partenariat dans le but d'empêcher que des jeunes se radicalisent au point où ils risquent de commettre des crimes. Notre but n'est pas de contrôler ce qu'ils pensent ou ce en quoi ils croient, que ce soit en religion ou en politique, mais simplement d'empêcher qu'ils choisissent la violence comme solution.

Q  Est-ce que ce fut difficile de convaincre les autres groupes de collaborer avec vous?

Nous avions besoin de créer un réseau de contacts et il fallait qu'on puisse établir une relation de confiance. Au début, les travailleurs sociaux nous ont dit : «on ne veut pas devenir des informateurs pour la police», mais on leur a expliqué que notre but était d'abord et avant tout de protéger les jeunes pour les empêcher de tomber dans la criminalité.

Un jeune qui est à risque de se radicaliser et de commettre des actes violents doit nous préoccuper au même titre que la criminalité «normale». C'est de la prévention, purement et simplement.

Q  Le programme semble soulever beaucoup d'intérêt en dehors du Danemark. Cela vous a-t-il surpris?

Oui, nous avons donné des entrevues à des médias de partout dans le monde, à Al Jazeera, au Washington Post, à CNN, à la BBC, à la télévision française et suisse. On ne s'attendait pas à ce que ça provoque autant d'intérêt. Plusieurs pays s'interrogent sur la façon de contrer ces menaces et cherchent des solutions. Il semble qu'il n'y ait pas beaucoup d'endroits qui sont allés aussi loin que nous pour mettre sur pied un programme de déradicalisation.

Q  Comment fonctionne le programme et quels résultats avez-vous obtenus jusqu'ici?

On a créé ce qu'on appelle une «Info-House», une maison virtuelle en quelque sorte, où on peut offrir des conseils et de l'aide aux citoyens ou aux employés municipaux qui sont devant des cas de radicalisation. Les gens peuvent y partager leurs inquiétudes.

Notre «Info-House» c'est trois personnes, un policier et deux employés de la municipalité. Dans un premier temps, ils analysent les signalements qui leur sont faits pour déterminer s'il y a vraiment un danger de radicalisation ou non. S'ils croient qu'il y a un problème, alors ils envisagent les actions à prendre. 

Suffit-il d'offrir du soutien aux proches, soit par nos services ou par des psychologues? Serait-il utile de mettre le jeune en lien avec une personne qui lui servira de mentor? On fait vraiment la même chose que pour n'importe quel cas de prévention de la criminalité.

Nous avons eu à peu près 130 signalements depuis les débuts et nous avons réussi à empêcher que plusieurs se fassent prendre au piège. Il y en a malgré tout une trentaine qui sont allés en Syrie, en 2012 et 2013 surtout. À ce moment, personne n'avait entendu parler de l'État islamique. Cette année, une seule personne est partie pour la Syrie.

Q  Est-ce que les jeunes qui sont revenus contribuent au programme pour en aider d'autres?

Je crois qu'on n'est pas encore rendus là, mais c'est certainement quelque chose qu'on aimerait faire. Ils ne sont pas encore prêts à jouer le rôle de mentor, ce n'est pas tout le monde qui peut faire ça, ils doivent répondre à nos critères.

Sur les 16 qui sont revenus de Syrie, 10 ont un emploi ou ont repris les études, et nous croyons qu'ils ne pensent plus à la Syrie. Par ailleurs, on sait où ils sont, on partage nos infos avec le service de renseignement, pour qu'il fasse son travail. Et ça, on ne s'en cache pas. On est transparents là-dessus avec les jeunes.

Q  Sont-ils tous restés là-bas ou certains sont-ils revenus?

R  Nous savons que cinq ont été tués là-bas et environ six y sont toujours. Une quinzaine sont de retour ici et la plupart sont désillusionnés. Ce n'était pas du tout ce à quoi ils s'attendaient. Ils ont vu des crimes horribles, des massacres, dans des conditions épouvantables. Ils veulent reprendre leurs études, chercher du travail, et on essaie de les aider à retrouver une place dans la société, comme n'importe qui. Nous ne sommes pas naïfs pour autant, si nous avons la preuve qu'ils ont participé à des actions terroristes, qu'ils ont enfreint la loi, ils seront accusés.

Mais l'idée, pour nous, c'est que si on les marginalise encore plus, on risque de les perdre de vue, et la seule option qui s'offrira à eux risque d'être la criminalité ou encore la radicalisation. Ce qu'on fait, c'est autant dans l'intérêt des jeunes que dans celui de toute la société, parce qu'on élimine ce qui pourrait devenir un danger.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer