L'AFP et l'écrit à l'ère de l'image

Le siège social de l'AFP à la place...

Agrandir

Le siège social de l'AFP à la place de la Bourse, à Paris.

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'Agence France-Presse (AFP) a célébré le mois dernier ses 70 ans. C'est en effet le 20 août 1944 que des journalistes-résistants prenaient le contrôle de l'Office français d'information, organe du régime de Vichy, en pleine bataille pour la libération de Paris, et publiaient la première dépêche de l'AFP.

L'agence est aujourd'hui une organisation présente partout sur le globe. Elle compte sur ses 1500 journalistes et 2260 collaborateurs de 80 nationalités différentes pour diffuser en plusieurs langues des milliers de dépêches quotidiennes, de tous les formats.

Loin d'avoir été dépassée par l'avènement d'Internet, l'entreprise a vu le nombre de ses clients croître de 35 % depuis 2005. Elle fournit du contenu à plus de 4000 utilisateurs à travers le monde.

La semaine prochaine, le président-directeur général de l'Agence, Emmanuel Hoog, sera de passage au Québec, où il prononcera une conférence, jeudi, sur le thème Information internationale et Francophonie à l'ère numérique à l'invitation du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CÉRIUM).

Il sera à Québec vendredi, pour signer un partenariat à l'Université Laval, où il prononcera une conférence sur les grandes agences de presse dans le nouvel écosystème des médias.

Il a accepté de nous accorder une entrevue la semaine dernière pour partager avec les lecteurs du Soleil certaines de ses idées et de ses observations sur l'évolution du monde de l'information.

Emmanuel Hoog, pdg de l'AFP... (Photo AFP) - image 2.0

Agrandir

Emmanuel Hoog, pdg de l'AFP

Photo AFP

Cinq questions à Emmanuel Hoog, pdg de l'AFP

Q Tout d'abord, comment se porte l'AFP à ses 70 ans?

R Quand je suis arrivé à l'AFP, il y a quatre ans, on prédisait la mort des agences de presse et de la presse écrite, mais je m'aperçois qu'on n'a jamais eu autant besoin de nos services. Nous n'avons jamais eu autant de clients dans le monde. C'est un point positif qui mérite d'être souligné dans le contexte économique difficile que traversent les médias. La demande d'information continue de grandir, même si c'est plus en images qu'en écrit.

Pour nous, il était donc important de développer une offre vidéo plus grande en marge de notre offre de photos, et nous sommes en voie de le réussir. Cela nous permet non seulement de garder nos clients traditionnels, mais aussi les télévisions et les sites Web qui utilisent notre production.

Q Est-ce que le marché francophone suit le rythme de croissance du marché anglophone ou est-il en retrait?

R La francophonie se développe, notamment en Afrique où nous avons toujours été présents, tant en français qu'en anglais. Nous allons continuer de développer notre couverture de l'actualité africaine et la diffusion de nos images dans tout l'espace francophone, mais cela fait quand même plus de 40 ans que l'AFP a diversifié ses langues de production. Pour nous, ce qui compte n'est pas le débat anglais/français, mais d'être une agence multiculturelle et multilingue. Outre le français, nous diffusons en allemand et en espagnol. Nous avons aussi une production très importante en arabe, et je suis très heureux d'avoir contribué à relancer le fil portugais pour le Brésil, notamment, où on fait de bonnes performances commerciales.

Il y a quand même 80 nationalités présentes dans notre rédaction. L'AFP n'est pas une agence de Français qui parle au reste du monde, c'est vraiment une organisation multiculturelle et multilingue qui travaille pour un monde global.

Il y a une tonalité francophone, mais nous sommes très militants sur le terrain de la diversité culturelle.

Q Avez-vous été affectés négativement par la multiplication des sources d'information qu'Internet a rendue possible?

R Longtemps les agences de presse se sont livré une compétition pour le scoop et la vitesse de transmission de l'information. Nous donnions le ton, mais compte tenu de la démocratisation de l'accès Internet, avec l'apparition de Twitter et de Facebook, on ne nous demande plus de devancer sur ce terrain-là.

La vitesse de transmission de l'information brute s'accompagne d'un bruit médiatique très grand et les rédactions, les journaux, la radio ont besoin plus que jamais de sécurité et de fiabilité. Nous sommes encore un point de repère, pas le seul, mais d'une grande importance. Nous ne sommes pas nécessairement visibles pour le lecteur, on est la partie immergée, mais nous offrons un élément de stabilité, une quille qui empêche la dérive du système.

Q Votre carrière vous a amené à vous intéresser à la pérennité, la conversation des données. Comment cela se traduit-il à l'AFP?

R On est en période de grande mutation présentement. Dans les prochaines semaines, notre dispositif de livraison de contenu va être complètement transformé à travers une nouvelle plateforme: AFP-Forum. Elle est déjà totalement déployée dans les pays arabes, et nous sommes en train de le faire en France et dans le reste du monde.

Cette plateforme donne accès à nos archives photo et textes, permettant de remonter beaucoup plus loin dans le temps. Cela nous oblige à numériser ce qui ne l'est pas déjà, mais c'est une fonction très appréciée par nos clients pour la vidéo.

Q Vous avez parlé de la hausse du contenu vidéo. Comment voyez-vous l'avenir de l'écrit dans ce contexte?

R Pour ce qui est des médias écrits, la réforme en cours est loin d'être terminée. Il faut qu'Internet devienne payant. Le défi est de transformer un succès d'audience en succès monétaire. Le règne de la gratuité devra faire place à des modèles mixtes. C'est essentiel, à mon avis.

Il y a quatre ans, la vidéo ne représentait que 1 ou 2 % de notre chiffre d'affaires. Aujourd'hui, c'est presque 10 % de notre production. Cela dit, l'écrit reste la colonne vertébrale des agences. Seul l'écrit permet d'ordonner une réflexion complète, de donner un sens aux événements. Ce n'est pas nécessairement l'élément le plus dynamique de l'offre de produits, mais c'est lui qui permet de structurer la réflexion. Une couverture ne peut se limiter à des images, c'est le texte qui assure la cohésion de tous les formats.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer