Un mystère éducatif en Finlande

Les enfants finlandais sont parmi ceux qui ont...

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Les enfants finlandais sont parmi ceux qui ont un un taux de décrochage scolaire les plus bas du monde, soit 5 %.

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(Québec) Les points forts du système, selon le ministère finlandais de l'Éducation, sont : pas de redoublement de classe; pas de concours national de fin d'études dans l'enseignement primaire et secondaire (seulement lors de l'examen de baccalauréat); et une grande autonomie pédagogique des enseignants.

Le pays a placé son système d'éducation au sommet de ses priorités. La formation des enseignants est plus contingentée que la médecine ou le droit. Seuls les meilleurs sont donc admissibles. L'éducation est gratuite, du primaire à l'université, et les taux de décrochage sont extrêmement faibles.

Est-ce là le système idéal dont rêvent les membres de la CAQ et les associations étudiantes? Pas tout à fait. Les derniers résultats de l'enquête PISA indiquent un recul de la Finlande à divers niveaux. Dans ce pays, qui tire une grande fierté de son système éducatif, ce recul aeu beaucoup d'écho. On cherche à comprendre ce qui s'est produit. Nous en avons discuté avec Najat Ouakrim-Soivio, chercheuse et conseillère sur les questions d'éducation auprès du ministère de l'Éducation et de la Culture de Finlande.

On cite souvent enexemple le système finlandaisd'éducation. Et en effet, la Finlande se classe depuis la fin des années 90 parmi les meilleurs au sein de quelque 65 pays que l'Organisation de coopération et de développement économiques évalue dans le cadre du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Cette enquête mesure lesconnaissances et les compétences essentielles acquises par les élèves de 15 ans dans l'écrit, les mathématiques, les sciences et la résolution de problèmes.

Najat Ouakrim-Soivio, chercheuse et conseillère sur les questions... (Photo fournie par Mme Ouakrim-Soivio) - image 2.0

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Najat Ouakrim-Soivio, chercheuse et conseillère sur les questions d'éducation auprès du ministère de l'Éducation et de la Culture.

Photo fournie par Mme Ouakrim-Soivio

Sept questions à Najat Ouakrim-Soivio

Q On cite souvent le système d'éducation de Finlande en exemple. Comment les Finlandais eux-mêmes se perçoivent-ils?

R Cela remonte à la fin des années 90, quand on a publié les résultats de l'enquête PISA. Ce fut une surprise pour nous de voir que la Finlande se classait si bien. Pour un petit pays comme le nôtre, c'était un objet de grande fierté. Depuis 12 ou 14 ans, chaque Finlandais sait qu'on est très fort dans ce domaine, car c'est très valorisé. C'est pourquoi, en voyant que nos résultats avaient baissé, cela a provoqué une sorte de crise, même si, après l'Asie, nous sommes parmi les mieux classés en Europe.

Q En quoi votre philosophie de l'éducation se distingue-t-elle des autres?

R J'ai travaillé longtemps comme professeure, et nous faisons les choses un peu différemment. On essaie toujours, après avoir enseigné un sujet, de donner aux élèves la possibilité d'y réfléchir et de voir comment ça se traduit concrètement.

C'est quelque chose que l'on fait systématiquement. Le but principal est une valeur typiquement finlandaise : l'égalité des chances pour tous, quelle que soit le sexe, le niveau social ou le pays d'origine. D'ailleurs, en ce qui concerne les élèves en difficulté, tout notre système fonctionne dans le but de faciliter le rattrapage pour ceux qui en ont besoin. Nos cours sont assez flexibles pour que les professeurs viennent en aide aux plus faibles, et nous avons du personnel spécialisé dans toutes les écoles.

Q La gratuité scolaire, jusqu'à la fin des études universitaires, est un élément important du système. Est-ce que cet aspect est remis en question à l'occasion?

R Le consensus sur la gratuité est très solide, même si le pays traverse une période difficile sur le plan économique. Il faut faire des coupures dans le budget national pour réduire la dette et ce matin, en me rendant au travail, j'entendais des politiciens exprimer de l'inquiétude parce qu'on risque de toucher à l'éducation. C'est la première fois que j'entendais une telle chose. Il faudra voir quel impact tout ça va avoir si on en vient à des coupures en éducation.

Q Vous dites que la baisse observée dans les résultats de PISA a provoqué un choc. Comment le gouvernement a-t-il réagi à cette situation?

R À partir de 2004-2006, on avait déjà des indices que les choses n'allaient plus aussi bien en mathématiques. Il n'y a pas une seule et unique cause, ni une seule solution. C'est plus complexe. C'est pourquoi le Ministère a mis sur pied des groupes de travail qui réunissent des experts, des universitaires, des chercheurs, des syndicats, des enseignants et des formateurs en pédagogie. Nous sommes 60 en tout qui allons travailler là-dessus pendant un an. C'est une première étape.

Nous savons qu'il faut changer des choses, mais il faut d'abord analyser les résultats en profondeur avant de voir ce qu'on pourrait faire autrement.

Q Y a-t-il des éléments qui vous frappent plus que d'autres dans les résultats?

R On voit qu'il y a une baisse inquiétante de la motivation chez les élèves et chez les enseignants aussi. Les motivations ont changé. La Finlande a été pauvre jusque dans les années 60, et l'éducation était vue comme le seul moyen de trouver meilleur travail, mais cette perception semble avoir changé. Ce n'est plus perçu comme un moyen d'améliorer sa vie, de la rendre plus belle.

Un autre élément nous a paru renversant dans l'enquête PISA. Lorsqu'on demande aux étudiants s'ils se sentent bien à l'école, les jeunes disent que non, et dans une forte proportion. La Finlande se classait parmi les derniers, au 60e rang sur 65 pays, pour cette question. Nous croyons qu'il y a beaucoup de rattrapage à faire avec les nouveaux environnements d'apprentissage. On n'utilise pas beaucoup les nouvelles technologies, les nouveaux médias, dans une journée scolaire.

Q Est-ce que le problème se manifeste par un haut taux de décrochage scolaire?

R Non, nous avons des taux extrêmement faibles, moins de 1 % au primaire et moins de 5 % pour tout le primaire-secondaire. Et dans les études supérieures, on enregistre moins de 3 % d'échecs ou de gens qui finissent sans décrocher leur diplôme. (Note : La Finlande se classe au troisième rang mondial, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques, pour son taux de diplomation, à 95 %, devant le Japon et la Corée du Sud.)

Q Comment sont évalués les élèves, et quel genre de bulletin remet-on?

R Nous n'utilisons pas le système de pourcentage, comme vous, le nôtre est très différent. On donne une note qui va de 4 à 10 (faible à fort). Un 4 est très rare, et les élèves qui sont à ce niveau se voient offrir beaucoup de rattrapage et de soutien. Plutôt que de faire reprendre toute une année, nous préférons offrir du soutien additionnel dans les matières qui posent un problème.

Pour les quatre premières années de scolarité, les enseignants donnent une évaluation orale seulement. À partir de la cinquième année, l'évaluation se fait de façon orale et avec des notes aussi, deux fois par année. Chaque école peut décider d'offrir une troisième évaluation. À compter de la septième année, l'évaluation se fait par des notes seulement. (La scolarisation débute à sept ans, après une année de préscolaire.)

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