Au royaume des profondeurs abyssales

L'entrée à Tadoussac par la voie d'eau est... (Photo fournie par la Maison du tourisme de Tadoussac)

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L'entrée à Tadoussac par la voie d'eau est digne d'un paysage de carte postale.

Photo fournie par la Maison du tourisme de Tadoussac

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Sur les routes du Québec

Voyage

Sur les routes du Québec

La route est souvent un mal nécessaire pour se rendre à destination. Des heures et des kilomètres perdus. Mais le jour où la route devient la destination, la perspective change. C'est ce qu'a fait notre chroniqueur François Bourque. Six routes touristiques du Québec, une sur le territoire de chacun des journaux du Groupe Capitales Médias. Ça lui a donné 2500 kilomètres de routes, de rivières, de montages, de fleuves et de presque mer dont il est revenu avec le goût de repartir. »

Je n'ai pas attendue la Route du fjord pour ressentir un premier coup de coeur pour un paysage. C'est arrivé en émergeant du bois et de l'orage à Chambord, Lac-Saint-Jean.

Sur la route du fjord... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Sur la route du fjord

Infographie Le Soleil

Une vue sans fin sur la mer brumeuse depuis la halte routière. La suite fut lumineuse à travers les vallons de foin et de canola de Hébertville et du lac Kénogami.

Chicoutimi

J'entre à Chicoutimi par le boulevard Saguenay, où les cheminées de l'usine Rio Tinto annoncent le pays des grandes «cathédrales industrielles». On en raconte l'histoire au Musée régional de la Pulperie.

C'est là qu'on trouve aussi l'étrange maison-oeuvre d'art du peintre Arthur Villeneuve. Et si vous êtes studieux, la Pulperie vous offre en prime l'exposition La Petite Vie. En vitrine, la barbe de Popa, la perruque de Lison, la dinde dans le four de Moman et ses robes sur la corde à linge. 

Il faut voir les sourires des visiteurs pour se rappeler l'impact de cette série culte.

En descendant de la pulperie, la petite maison blanche du déluge de 1996. Une incontournable. Sauf par l'eau.

La Baie

J'ai choisi de suivre le versant Sud de la Route du fjord mais le contraire est aussi possible et vous mènera plus directement vers Tadoussac.

Au sortir de Chicoutimi, ma route s'élance dans le rang Saint-Martin où elle suit l'eau un moment pour ensuite se perdre à travers des champs et des boisés de moindre intérêt.

Au croisement du chemin de l'Anse-à-Benjamin et du chemin Saint-Joseph, les réservoirs de la Fromagerie Boivin.

Après l'incendie de 2011, l'entreprise familiale a reconstruit. La directrice adjointe Patricia Boivin y était et raconte encore avec émotion et fierté ce moment marquant. Celui où on a cessé de la percevoir seulement comme «la fille à Pierre» mais comme une bâtisseuse à part entière.

J'ai voulu prendre des nouvelles du «Secret des Abysses», ce projet de fromage d'appellation contrôlée dont on avait beaucoup parlé il y a quelques années. Un vieillissement de plusieurs mois sous 400 pieds d'eau au fond du fjord.

J'ai compris que le projet bat de l'aile. L'Agence canadienne d'inspection des aliments refuse l'autorisation sous le prétexte qu'elle ne peut avoir accès au produit pendant le vieillissement. 

La profondeur abyssale du fjord n'a d'égal que celle des machines administratives.

Au fond de la Baie-des-Ha! Ha!, un parc public d'où je passe en revue le paysage : le quai des grands bateaux de croisière; la succession de caps sauvages dont les contrastes et les couleurs s'estompent jusqu'à se fondre dans la brume du large; les arrondis verts et jaunes des champs; à mes pieds, la grève de sable et de cailloux laissée à découvert par une marée d'eau salée de plus de quatre mètres et demi.

Il y a, réunis dans ce seul instant, tous les paysages du fjord. Pour les détails, s'adresser au Musée du Fjord, sur la berge, quelques kilomètres plus loin. Le making of du fjord par les glaciers, la faune, le peuplement, les industries.

On y retrace aussi avec le fichier Balsac des registres de l'état civil, de fascinantes histoires de grandes familles du «Royaume».

Celle du couple Potvin-St-Gelais, par exemple. J'ai oublié le nom de leur village mais pas les statistiques : 11 enfants, 90 petits-enfants et ainsi de suite. Au final, plus de 12 000 descendants à eux seuls et ça continue.

Content de voir que le Musée aborde aussi le sujet délicat de la génétique régionale, de «l'effet fondateur» et le mythe des maladies «congénitales».

À L'Anse-à-la-Croix, sur les rives du Saguenay, un... (Photo collaboration spéciale François Bourque) - image 4.0

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À L'Anse-à-la-Croix, sur les rives du Saguenay, un décor du Site de la Nouvelle-France reconstitue la place du marché de Québec aux premiers temps de la colonie. 

Photo collaboration spéciale François Bourque

L'Anse-à-la-Croix

Au sortir de la Baie-des-Ha! Ha!, la Route du fjord (route 170) quitte «définitivement» le Saguenay. Pour y revenir, il faudra suivre des chemins de traverse.

L'un de ceux-là mène à L'Anse-à-la-Croix. Au bout du chemin de terre, la maison longue et enfumée d'un campement huron où Monique raconte, en battant son tambour, la légende du huard et son message de paix.

Nous sommes sur le Site de la Nouvelle-France, lieu de tournage du film Robe noire (Lothaire Bluteau, 1990).

Le décor a aussi servi pour la série Shehaweh (Marina Orsini, 1993) et plus récemment pour des prises de vue de la série documentaire sur Samuel de Champlain.

Personne ne s'en étonnera, les Européens y viennent nombreux.

Avec sa barbe épaisse très «Nouvelle-France», Jean-Benoit Guérin-Dubé guide la visite jusque sur la rive du fjord où a été reconstituée la ville de Québec des premières années : le fort St-Louis, l'abitation de Champlain, le logis des Jésuites, la chapelle Notre-Dame de la Recouvrance et le marché des 100 associés.

Avec les bons angles et ajustements de caméra, le paysage des caps se jetant au fjord est devenu pour le film celui de la pointe De La Martinière à Lévis. Il fallait y penser.

L'Anse-Saint-Jean

Par la fenêtre de l'auberge des Cévennes, la rivière Saint-Jean, les maisons colorées du faubourg Saint-Jean-Baptiste et le pont couvert, épargné par le déluge de 1986. (On peut voir des photos d'époque à l'église du village.) Derrière, des champs agricoles et les falaises.

On entend les bruits du matin. Des chants d'oiseaux, les premiers promeneurs, des livraisons.

Sur le secrétaire, ce livre : Le bonheur est dans le Fjord, récits de voyage de Danielle Dubé et Yvon Côté, paru en 2008. Deux cent trente-quatre pages pour dire les 125 km de fleuve entre Chicoutimi et Tadoussac et les gens qui l'habitent. Je prends la mesure de tout ce qui va manquer dans ma petite page de journal.

Au café du quai, une femme trace sur l'ardoise le menu du jour; sur la plage de sable, on s'apprête à mettre les kayaks à l'eau. 

À la marina, une douzaine de têtes surgissent des voiliers jusque-là silencieux, comme si quelqu'un avait donné un coup de pied dans la fourmilière.

La navette des Croisières du Fjord arrive à l'heure. Nous ne serons ce matin qu'une quinzaine à bord pour l'excursion à Tadoussac. 

La guide a la bonne idée de ne pas parler sans arrêt. Les mots sont ici inutiles. On regarde, on élève nos regards et on s'incline.

Le ciel laiteux tranquillement se dissipe, mais la brume s'accroche entre les caps.

Au point de rencontre des falaises et de l'eau, un arc-en-ciel sur chaque pierre : du noir, des verts, des ocres, le gris délavé des marées hautes puis celui, plus sombre, auquel s'agrippent les premières épinettes.

À la sortie du fjord, le spectacle discret de bélugas. Le souffle qui jaillit, puis l'arrondi de la tête et du dos. 

Les visiteurs européens sont comblés. Les autres aussi. Le Saguenay, comme la Gaspésie, est un passage «obligé» de la route de l'Amérique.

Deux Françaises avec qui j'échange viennent de passer quatre jours à Québec. 

- Où avez-vous logé? je leur demande.

- Lévis, expliquent-elles. Pour s'offrir le plaisir du traversier le matin et le soir quand les lumières de la ville s'allument. 

Une quête du beau. Ces femmes ont de la suite dans les idées.

Tadoussac

C'est la première fois que j'entre à Tadoussac par la voie d'eau. Beaucoup plus joli que la montée de la route 138 au sortir du traversier en provenance de Baie-Sainte-Catherine.

Un paysage de carte postale avec, au milieu, un grand oiseau aux ailes rouges tendues, flanqué de boutiques et de cafés invitants. 

Au pied des marches, devant l'hôtel Tadoussac, la plage de sable suit le contour de l'anse, grouillante d'enfants indifférents à la froideur de l'eau de ce début de saison.

Sagard

Nous rejoignons la route 170 en tournant pour de bon le dos au Saguenay pour suivre bientôt la rivière Petit-Saguenay dont les méandres mènent à Sagard. 

Les portes de la chapelle rénovée avec l'aide de Paul Desmarais sont verrouillées. Comme les grilles métalliques du domaine familial, quelques kilomètres plus loin. 

Ici s'achève ma Route du fjord. N'étant plus de la famille, je n'ai pas osé cogner pour demander le gîte.

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