Un pied dans l'eau, l'autre au ras des épinettes

Histoire touchante que celle du pont de broche... (Collaboration spéciale François Bourque)

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Histoire touchante que celle du pont de broche branlant à Saint-Alexis-des-Monts. Les enfants l'empruntaient au début des années 1900 pour aller à l'école de rang.

Collaboration spéciale François Bourque

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Sur les routes du Québec

Voyage

Sur les routes du Québec

La route est souvent un mal nécessaire pour se rendre à destination. Des heures et des kilomètres perdus. Mais le jour où la route devient la destination, la perspective change. C'est ce qu'a fait notre chroniqueur François Bourque. Six routes touristiques du Québec, une sur le territoire de chacun des journaux du Groupe Capitales Médias. Ça lui a donné 2500 kilomètres de routes, de rivières, de montages, de fleuves et de presque mer dont il est revenu avec le goût de repartir. »

La Route des rivières commence dans un champ de blés d'Inde en sortant de l'autoroute à Louiseville.

Sur la route des rivières... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Sur la route des rivières

Infographie Le Soleil

Les fanions colorés tendus au-dessus de la rue principale rapprochent les trottoirs de ce petit centre-ville tissé serré.

Le soleil est encore hésitant mais dans la pénombre de l'église Saint-Antoine-de-Padoue, les 67 vitraux sont en feu. Quelques pas plus loin, la rivière du Loup annonce la route à suivre.

Sainte-Ursule

Mais d'abord un crochet par le parc des Chutes de Sainte-Ursule, où déboule la rivière Maskinongé. Soixante-dix mètres de cascades, de fosses et de gorges accessibles par des sentiers. Des points de vue spectaculaires, au prix de 500 marches à monter ou descendre, sans parler du dénivelé des sentiers. 

Il y a quelques années, le conseil municipal a eu la mauvaise idée d'y aménager un minibarrage hydroélectrique. On remercie les citoyens qui l'ont fait changer d'idée.

Saint-Alexis-des-Monts

À peine une douzaine de kilomètres sur la Route des rivières que déjà, je m'en écarte pour grimper entre les fermes, les sablières et les épinettes vers Saint-Alexis-des-Monts. 

Une route de moto. En ce dimanche après-midi ensoleillé, elles avalent la route à petites lampées, en files indiennes, en essaims désordonnés, en pelotons bruyants ou au repos dans le parc et aux terrasses des cafés.

J'ai passé tout droit deux fois, devant le pont de broche branlant décrit dans le guide touristique. J'ai fini par le trouver près du Camping Lacombe. Une affiche serait utile. 

Le pont chevauche la rivière du Loup. En fait, plutôt une passerelle, minimaliste, avec garde-fous en broche. Une histoire attendrissante. Celle des écoliers du début des années 1900 se rendant de l'autre côté à l'école de rang.

Un peu plus haut, sur la route 349, la microbrasserie Nouvelle-France. Peaux de castor aux murs, outils de cuisine, tissu à carreaux, vous voyez le décor.

Mais ce qui vaut davantage le détour, c'est la salade de truite marinée et fumée avec une Messagère rousse, bière de riz, de sarrasin, de millet et de houblon.

Saint-Paulin

Un pied dans la rivière du Loup, l'autre sur les terres agricoles et les pinèdes de Saint-Paulin. Le Baluchon est une formule originale de plein air haut de gamme. Un grand «campus» dont les composantes sont reliées par des sentiers et des trottoirs de bois. Écologie, culture et divertissement, sport, soins du corps, hébergement confortable, gastronomie. Ce n'est pas donné, mais beaucoup d'activités et d'équipements sont inclus dans les forfaits de base. 

Dans les sentiers de terre noueux le long de la rivière, on croise des petites familles, des couples, des personnes âgées, des libellules et des mouches noires.

J'aurais aimé assister au théâtre en rivière, considéré comme une des attractions régionales. J'étais trop tôt pour la saison mais maintenant, je crois que ça y est.

Saint-Élie-de-Caxton

L'homme avait garé sa voiture sur l'accotement à l'entrée d'un chemin de terre, haillon relevé. Seul, torse nu, cheveux hirsutes, il tapait sur un tam-tam. C'est tout. Une route et un rythme dans la forêt. Bienvenue à Saint-Élie-de-Caxton, village de douce folie contagieuse révélé par Fred Pellerin.

Je me gare au centre communautaire où j'attrape un vélo libre-service aux couleurs bonbon : orange et fuchsia. Des couleurs fortes. C'est ce qui frappe dans ce village, les couleurs. 

Celles du «Garage de la culture»; celles des enseignes et fanions du 150e; celles de la «carriole» que tire le tracteur des tours de ville, celles des maisons; celle de Fred Pellerin, qu'on sent partout et sans laquelle le reste ne serait pas.

Sur la galerie d'une petite maison blanche, près de la rivière, deux hommes dans des chaises berçantes. 

Je m'arrête pour échanger. Ils ont l'air ravi, pas du tout incommodés par les visiteurs et l'animation au village. Ils s'empressent de faire savoir que le plus âgé est le petit-fils d'Ésimésac, «l'homme le plus fort au monde» raconté par Fred Pellerin dans Comme une odeur de muscles.

Je ne sais si je dois les croire où si cela fait partie de la grande mise en scène du village. Je n'ai pas trouvé important de chercher la réponse.

À l'église, dans l'allée centrale, Pellerin raconte sur vidéo l'histoire des poules pondeuses d'Ovide Samson pour soutenir Centraide. Dieu est partout. Fred aussi.

En sortant de l'église, la Boutique des pèlerins. Un nom judicieux. On va désormais à Saint-Élie comme on va sur la route de Compostelle.

Shawinigan

On aperçoit de loin la tour d'observation de la Cité de l'énergie. Puis sur la colline, l'inscription en grosses lettres, Bar de danseuses. Le Saint-Maurice est décidément un pays de drague et de pitounes.

Pas beaucoup appris il me semble au spectacle multimédia de la Cité de l'énergie. Textes verbeux et moralisateurs. Les enfants aimeront l'odeur de la fumée, sentir la pluie, le vent et les vibrations pendant le film. Adoré par contre l'animation sur la croisière en partance de la Cité de l'énergie. Une balade dans l'histoire industrielle de Shawinigan.

La description du flottage du bois, l'arrivée des usines d'aluminium, de chaux et de pâtes et papiers; le travail des ouvriers et la vie des familles. Merci à la capitaine pour la leçon d'histoire.

Merci aussi aux visionnaires des années 30 qui ont bâti au centre-ville de Shawinigan la promenade du Saint-Maurice et ses garde-fous de pierre. Maintenant que la rivière est propre, le plaisir n'est que plus grand. 

Avant de quitter la ville, un dernier arrêt à l'église de la Présentation, dont les murs et les plafonds sont habillés de l'oeuvre du peintre Ozias Leduc.

Il y raconte les métiers du pays de la Mauricie. Le témoignage est pertinent, mais je suis resté sur mon appétit. J'espérais sans doute plus de reliefs et de couleurs.

Le chemin entre Grandes-Piles et La Tuque vaut... (Photo Sébastien Larose) - image 7.0

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Le chemin entre Grandes-Piles et La Tuque vaut le détour. La route talonne les rives, serrée entre la falaise et l'eau; s'envole sur les collines puis replonge vers la rivière. 

Photo Sébastien Larose

Grandes-Piles

De longs temps morts pour sortir de Shawinigan par ses quartiers de banlieue. Mais patience, l'attente vaudra la peine. La Route touristique rejoint la rivière Saint-Maurice à Grandes-Piles et ne la quittera plus.

Jusqu'à La Tuque, 100 km au nord, le paysage s'éclate. La route talonne les rives, serrée entre la falaise et l'eau; s'envole sur les collines puis replonge vers la rivière, éclaboussée par le soleil de fin d'après-midi.

J'ai regretté n'avoir jamais emprunté avant cette route étonnante qui n'a rien à envier aux paysages de Charlevoix ou de la Gaspésie.

Débarrassée des billots de bois à la flotte qui ont été son quotidien pendant 150 ans, la Saint-Maurice coule aujourd'hui des jours tranquilles. 

Il y a cependant un prix à payer. Cette route est désormais chargée de camions de pitounes que l'on croise à haute vitesse dans les méandres. Prudence.

La Tuque

C'est ici, au bout de la Route des rivières, que le dernier billot de flottage au Québec a été symboliquement mis à l'eau en octobre 1995. La fin d'une époque et d'une géographie.

On en raconte l'histoire au parc des Chutes-de-la-Petite-Rivière-Bostonnais, à l'entrée de La Tuque. 

Le transport ralenti par la glace, les embâcles à défaire à la gaffe ou à la dynamite; la rivière coupée en deux par des estacades, une moitié pour la drave, l'autre pour la navigation.

À ce même parc, on célèbre aussi le héros local, Félix Leclerc, qui a passé à La Tuque les 16 premières années de sa vie.

Dans Pieds nus dans l'aube, Félix évoque sa mère fervente catholique et son père, un entrepreneur costaud, aventurier et tenancier de bar. Plus qu'une histoire de famille, c'est aussi celle de La Tuque. 

De retour à la maison, j'ai retrouvé une édition jaunie de 1946 et l'ai posée sur la table de chevet. Ma Route des rivières risque de se prolonger encore un moment.

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