Le luxe de l'eau et des libellules

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Les chutes de Plaisance ont un dénivelé de 63 mètres. Les chutes Niagara en font 57.

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Sur les routes du Québec

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Sur les routes du Québec

La route est souvent un mal nécessaire pour se rendre à destination. Des heures et des kilomètres perdus. Mais le jour où la route devient la destination, la perspective change. C'est ce qu'a fait notre chroniqueur François Bourque. Six routes touristiques du Québec, une sur le territoire de chacun des journaux du Groupe Capitales Médias. Ça lui a donné 2500 kilomètres de routes, de rivières, de montages, de fleuves et de presque mer dont il est revenu avec le goût de repartir. »

Après un «raccourci» par l'Ontario, le pont de Hawkesbury me ramène sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais où je remonterai la route148 jusqu'à Gatineau.

Sur le «Chemin d'eau»... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Sur le «Chemin d'eau»

Infographie Le Soleil

Le «Chemin d'eau» n'a pas encore reçu la sanction officielle de route touristique mais le sera quand on se sera entendu sur le trajet final.

Les routes touristiques suivent le paysage et le patrimoine des régions. Je comprends qu'elles suivent aussi les méandres de la politique et de la bureaucratie. Chacun voudrait voir passer la route à sa porte.

J'ai choisi de ne pas attendre et de suivre ce qui me paraît être une portion incontournable du futur Chemin d'eau.

Montebello

Premier arrêt, Château Montebello. Le luxe d'un grand hôtel dans la familiarité d'un chalet de bois rond. 

Un peu sombre j'ai trouvé, avec le bois noir et les lignes austères. 

Des célébrités, royautés et chefs d'État, dont ceux du G7 en 1981, figurent au tableau de chasse. 

Dans le hall, un monumental foyer de pierres et une vue en plongée sur la salle à manger. 

Quand on voit le temps qu'on met aujourd'hui à bâtir, on a peine à croire qu'un immeuble de cette envergure ait été construit en seulement trois mois pendant la crise économique (1929). D'autant plus qu'il a fallu d'abord construire une voie ferrée pour apporter le bois et les matériaux.

En descendant à travers les pelouses vers la rivière, on croise l'écurie et ses chevaux. Depuis la berge, une vue large sur l'eau blanche de la rivière des Outaouais où je vois la pluie qui avance.

Un sentier dans le boisé mène sur la colline voisine, au manoir seigneurial de Louis-Joseph Papineau. Un politicien hors normes, grand seigneur monarchiste puis leader du Parti patriote a pris exil en 1837-1838 lorsque d'autres ont pris les armes. La tête à Papineau, c'est lui. Un chêne rouge trois fois centenaire monte la garde près de la porte, soutenu par des échalas.

Plaisance

La route vers Plaisance suit la rivière qu'on devine davantage qu'on ne la voit.

À l'entrée du village, la rivière de la Petite Nation jette des eaux boueuses dans l'Outaouais, un parc de la SEPAQ avec ses marais, ses plans d'eau et une verdure foisonnante pour l'observation, les randonnées sur l'eau, à vélo ou à pied.

Je propose un détour vers la chute de Plaisance qu'on rejoint quelques kilomètres plus haut par la montée Papineau. 

Un dénivelé de 63 mètres (les chutes Niagara en font 57). L'eau déboule par paliers. Le soleil qui vient de percer éclabousse le tourbillon.

Les langues du parc de Plaisance s'étirent jusqu'au village suivant, Thurso, que je ne connaissais que de nom pour être le village natal de Guy Lafleur. Par la fenêtre ouverte de la voiture, l'odeur de la papetière le dispute à celle du héros.

Gatineau

J'ai songé un instant à remonter sur l'autoroute 50 pour arriver plus vite à Gatineau. Peut-être aurais-je dû. 

La 148 qui entre en ville n'a rien de la route bucolique qui suivait la rivière. Un fastidieux boulevard de banlieue.

Des élus se sont indignés l'an dernier que Masson-Angers, aujourd'hui un quartier de Gatineau, n'ait pas été retenu dans le projet de route touristique.

Je n'ai pas vraiment d'opinion, mais si ce quartier mérite d'y être, ce ne sera pas pour son boulevard. Peut-être pour la rivière du Lièvre, ses îles et ses plaines vertes au point de rencontre avec l'Outaouais.

J'entre à Gatineau en ville à l'heure de pointe de fin de journée. Petit lundi entre deux fêtes nationales, je suis surpris que ça roule aussi bien. 

Je retrouve le paysage familier du Casino du Lac-Leamy, du Musée des civilisations et de la colline parlementaire d'Ottawa. Il y aurait ici mille raisons de s'arrêter, mais je n'ai pas le coeur à la ville. Je ne suis pas encore rassasié des petites routes et de leurs paysages.  

La 148 se prolonge de l'autre côté de la zone urbaine de Gatineau vers les fermes de la MRC de Pontiac.

Probable que le Chemin d'eau la suivra jusque-là, mais j'ai choisi de continuer sur l'autre grande voie d'eau de l'Outaouais : la rivière Gatineau.

Chelsea

En prenant vers le nord, je suis déçu que la route 105 offre si peu de points de vue sur la rivière Gatineau pourtant toute proche. Aussi bien prendre l'autoroute.

Nous arrivons ici à la porte d'entrée du parc de la Gatineau (2,7 millions de visiteurs par an). 

C'est en outre la route vers le lac Meech pour lequel on aura une pensée en ce 30e anniversaire de l'échec de l'Accord qui devait ramener le Québec au Canada dans «l'honneur et la dignité».

À défaut, on ira se soigner l'âme et le corps au Spa nature Nordik, à l'entrée du village. Le plus grand du genre en Amérique du Nord.

Depuis la piscine panoramique, on voit poindre au loin dans l'air brumeux, la «fosse aux lions» de la colline parlementaire. 

Site invitant et agréables odeurs d'eucalyptus, mais pour moi, le soleil tape trop fort sur les pierres et les bassins. Je préférerais venir en hiver.

Avant de reprendre la route, arrêt à la Boucanerie Chelsea. Michael Kaplan a tiré le commerce de la faillite l'automne dernier.

On sent en entrant de délicieuses odeurs de poisson fumé aux herbes ou à l'érable. J'accepte la suggestion du patron : «jerky» de saumon et de pétoncles pour déguster sur place; assiette variée pour emporter que M. Kaplan emballe avec de la glace dans une boîte de styromousse.

Wakefield

La route 105 court toujours après la rivière qui s'entête à la fuir. À 10 km au nord de Chelsea, j'en ai assez et vire au chemin de la Rivière qui deviendra chemin Riverside.

Les riverains n'aimeront peut-être pas cette circulation de transit mais tant pis. Le mauvais état de la 

chaussée force à ralentir, mais on ne veut que ça, ralentir, pour savourer le spectacle de l'eau qui mène au coeur de Wakefield.

J'ai senti tout de suite l'atmosphère singulière de ce petit village de bord de mer encaissé entre les collines vertes. 

Le baba cool des terrasses et cafés. La spontanéité de la promenade entre les rails désaffectés du chemin de fer. Un lieu de convergence de cultures et de valeurs progressistes sans les ambitions de la ville.

Le décor du Hibou, petit café où on arrête manger une salade de chèvre et betteraves, montre l'état d'esprit : un assemblage hétéroclite de bancs d'église, meubles du terroir années 50 ou années victoriennes. Aucun fil conducteur apparent, sinon celui de célébrer les différences. 

Fondé par des immigrants en 1830, Wakefield (1000 habitants) revendique un ratio d'arts de la scène et de festivals plus grand que New York ou Paris.

Lester B. Pearson, l'ex-premier ministre qui a reçu le prix Nobel pour avoir «sauvé le monde» en créant la force de maintien de la paix de l'ONU, y avait ses habitudes.

On retrouve sa tombe, discrète, au fond du petit cimetière en haut de la colline, enveloppé par la forêt.

L'Éco-Odyssée offre des balades high tech avec GPS,... (Photothèque Le Soleil) - image 7.0

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L'Éco-Odyssée offre des balades high tech avec GPS, applications iPhone et Android dans un labyrinthe de 6 km.  

Photothèque Le Soleil

Route 366

Chemin des Edel-weiss. Joli nom pour une route de montagne. Le belvédère trône au sommet d'une colline. Un lieu privé pour des cérémonies spectaculaires, mariages, petits congrès, rencontres corporatives. La montée vaut le détour.

En contrebas, des champs agricoles inondés par des barrages de castors.

L'Éco-Odyssée y offre des balades high tech avec GPS, applications iPhone et Android dans un labyrinthe de 6 km. Le site a remporté plusieurs prix de tourisme d'aventure. 

Le président Michel Leclair m'a tout de suite fait penser à Indiana Jones. Il vient d'ailleurs de «jouer» dans la série documentaire The Nature of Things de la CBC, animée par David Suzuki.

C'est ainsi que prendra fin mon Chemin d'eau : à la rame sur le marais. 

Il commençait à pleuvoir quand je suis revenu au quai. Pas vu de castors ni de grenouilles. 

À peine un canard, quelques oiseaux et des nuées de libellules au ras des nénuphars, occupées à débarrasser le marais des moustiques. Une belle leçon de vie pour la faune de la colline parlementaire.

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