À la rencontre de l'art et du vin

L'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac sur les hauteurs du lac... (Photothèque Le Soleil)

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L'Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac sur les hauteurs du lac Memphrémagog. Moment de recul avant d'attaquer la Route des vins.

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Sur les routes du Québec

Voyage

Sur les routes du Québec

La route est souvent un mal nécessaire pour se rendre à destination. Des heures et des kilomètres perdus. Mais le jour où la route devient la destination, la perspective change. C'est ce qu'a fait notre chroniqueur François Bourque. Six routes touristiques du Québec, une sur le territoire de chacun des journaux du Groupe Capitales Médias. Ça lui a donné 2500 kilomètres de routes, de rivières, de montages, de fleuves et de presque mer dont il est revenu avec le goût de repartir. »

Après 200 km champêtres sur le Chemin des cantons, l'entrée à Magog par le vieux quartier industriel ramène sur terre.

Sur la route des vins... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Sur la route des vins

Infographie Le Soleil

Magog

Des murs aveugles, des terrains en jachère, un voisinage délabré. J'aurais imaginé un premier contact plus glamour avec la chic station balnéaire du lac Memphrémagog.

C'est d'ici que je prendrai demain la direction de la Route des vins. 

En attendant, c'est la congestion d'un samedi après-midi d'été sur la rue Principale.

Les cloches de l'église Saint-Patrice viennent de sonner l'heure du 5 à 7 que n'ont pas attendu les visiteurs pour envahir les terrasses et trottoirs.

Face au temple catholique, rue Merry, le Vieux Clocher, ancienne église méthodiste et repaire de francs-maçons, met à l'affiche ce soir un (autre) humoriste. Je passe mon tour.

Plusieurs vieilles maisons du voisinage ont été transformées en gîtes d'où on va à pied au lac et au centre-ville.

C'est la partie émergée d'une industrie touristique qui ici aussi se bat contre l'insaisissable concurrence d'Internet. 

Pour 25 adresses officielles avec permis de gîte, 175 opérateurs de l'ombre. Trouver des plaignants est difficile et des preuves pour faire condamner les tenanciers illégaux, encore davantage.

Souper au Bistro Chez Sirano. L'accueil plein de chaleur et de légèreté, tout à fait dans le ton de la page Facebook où l'établissement a affiché ce proverbe chinois qui m'a fait sourire davantage que l'aurait fait l'humoriste : 

«C'est en voyant un moustique se poser sur ses testicules qu'on réalise qu'on ne peut pas régler tous les problèmes par la violence.»

Dimanche matin. Il pleut, mais sans conviction. Pas assez pour me dissuader d'aller au lac. J'y croiserai deux pêcheurs, un adepte du tai chi, plusieurs familles de canards et à l'embouchure de la rivière aux Cerises, un grand héron.

Un bord de mer réussi avec des parcs, une large promenade publique, des aires de jeux, une marina, des services, un resto, un hôtel, des condos.

Saint-Benoît-du-Lac

J'allais rejoindre la Route des vins mais Dieu me pardonnera cette tricherie par la route du cidre : Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. 

Le stationnement est plein. Au diable l'interdit, je me gare quand même et j'entre.

Un long corridor de briques rythmé par des arches et des informations sur l'histoire du lieu. Dans le silence, le crissement de mes espadrilles mouillées sur le carrelage aux couleurs vives.

La chapelle du monastère est pleine pour la messe du dimanche matin. La boutique de l'Abbaye ne rouvrira qu'après la bénédiction. En attendant, pas de vente, comme dans les stades de sport américains pendant l'hymne national.

Sutton

La route grimpe en courbes serrées, puis redescend à travers la forêt de feuillus. On perd dans la brume le sommet des montagnes vertes. 

Malgré la grisaille, les champs de foin fraîchement coupé irradient une belle lumière jaune. 

On sent le Vermont tout proche. La rue principale du village est habitée d'élégantes maisons, de boutiques, cafés et galeries d'art.

Sur le chemin Draper, en sortant du village, le premier vignoble du jour. Une allée de jeunes érables mène au pavillon où c'est journée portes ouvertes. 

Trois musiciens remplissent la pièce de folk devant les cuves en acier inoxydable.

À l'écart de l'effervescence des vignobles de Dunham, le Domaine Bresee est une leçon de résilience.

Le jeune propriétaire Richard Bresee mène la visite.

Il raconte avoir acheté en 2001, avoir perdu sa première récolte faute de réussir à la vendre à prix décent.

S'est résolu à produire lui-même. A vendu sa première caisse de vin à sa mère en 2008. Si le gel de la fin mai n'avait pas détruit 15 % de sa vigne, il sortirait cet automne plus de 25 000 bouteilles.

Deux rouges, un vin doux, deux blancs, un rosé. On déguste.

Cowansville

La route remonte à travers un pays de petits fruits. Des producteurs offrent leurs fraises le long du chemin. Une bleuetière, un verger de poires William, d'autres de pommes. Une boucle permet de contourner Cowansville mais la route trébuche sur Walmart. Il n'y a rien de parfait.

Le vignoble des Côtes d'Ardoise à Dunham est... (Collaboration spéciale François Bourque) - image 6.0

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Le vignoble des Côtes d'Ardoise à Dunham est une galerie d'art à ciel ouvert. 

Collaboration spéciale François Bourque

Dunham

J'avais été séduit il y a quelques années par le vignoble Côtes d'Ardoise. J'y ai retrouvé le même plaisir, même sous la pluie.

Une rencontre du vin et de l'art, comme on le pratique dans quelques vignobles de France. Au Château d'Arsac, près de Bordeaux, par exemple. 

Des statues et bustes de marbre blanc découpés sur le vert de la vigne, mais surtout des formes, des matériaux et des couleurs audacieuses. 

Une centaine d'artistes et près de 200 oeuvres ont été semées ce printemps dans cette longue galerie d'art extérieure qui fait le tour du domaine en grimpant le coteau.

On en oublie presque le vin. Beaucoup aimé le riesling, un cépage rare au Québec parce que sensible au climat et peu généreux. Seulement trois producteurs s'y risquent encore.

Face aux Côtes d'Ardoise, le vignoble Gagliano et, à deux pas, l'Orpailleur, pionnier du vin à Québec, installé à Dunham depuis 1982.

On est ici au coeur de la Route des vins. Près d'une dizaine de producteurs sur quelques kilomètres.

L'Orpailleur est le plus gros. Une bonne porte d'entrée pour s'initier à l'histoire et à la production du vin.

Chaque été, près de 80 % des oeuvres... (Collaboration spéciale François Bourque) - image 7.0

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Chaque été, près de 80 % des oeuvres d'art du vignoble des Côtes d'Ardoise sont remplacées.

Collaboration spéciale François Bourque

Dunham (bis)

Un cidre de feu au pays des cidres et vins de glace. Le vignoble Union Libre est manifestement doué pour le marketing. 

Il l'est aussi pour mettre les pommes en bouteilles. Une centaine dans chaque contenant de 500 ml. Le procédé, inspiré de celui du sirop d'érable, intrigue les visiteurs qui défilent ce matin à la salle de dégustation.

L'hôtesse explique qu'on chauffe le moût de pommes pour en réduire le volume de 95 % avant de lancer la fermentation.

Les premiers essais sur feu de bois ont inspiré le nom de cidre de feu. Résultat : un cidre nature ou fortifié moins sucré que la moyenne des cidres de glace, explique-t-elle. Le contraire de ce qu'on aurait imaginé.

Stanbridge Est

On croise d'abord le vieux magasin général de briques rouges, puis l'ancien moulin à grain de 1830 transformé en musée. On y raconte l'histoire du comté de Missisquoi.

La troisième «aile» du musée arrive deux villages plus loin, à Mystic. Une étonnante grange «ronde» à 12 côtés couleur rouge sang de boeuf. 

Au centre, une table tournante traversée d'une passerelle qui relie à tour de rôle les compartiments. 

Dans la cour, un noyer noir géant assez grand pour y bâtir une maison. Ou se mettre un moment à l'abri de la pluie. 

Une route de vins ne serait pas complète sans fromage. On le trouvera à Farnham : Fromagerie des Cantons. Pas le plus joli voisinage et un espace d'accueil exigu. 

C'est presque l'heure de fermeture mais la jeune fille au comptoir prend le temps de décrire et de faire goûter ses fromages comme si on avait la journée devant nous. 

Des laits crus et fromages pasteurisés aux saveurs de raisin, de champignons, de fruits ou de noisettes.

Je note pour la prochaine fois : prévoir une glacière.

Granby

Place bien en vue sur les listes des restaurants de Granby, mais la pub pompeuse a failli me dissuader. Luc Godbout, chef du Vieux-Montréal, propose une «cuisine ouvrière» et «gastronomique» dans un «décor postindustriel». Les deux «tt» au nom «Attelier Archibald» me paraissaient aussi un peu maniérés.

J'ai bien fait de ne pas suivre ma première impression. 

Accueil et service décontractés. Prix et menu accessibles. Décor «postindustriel» chaleureux. L'ancienne usine de chique à tabac en briques rouges a été recyclée avec goût et enveloppée d'une large terrasse. 

Par la verrière, le clair-obscur d'un grand noyer. Sur la table, une bouteille de Val Caudalies (Dunham). Dans la bouche, des notes d'agrumes. Belle façon de conclure une route des vins.

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