Docteur Belichick et Mister Brady

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Tout sur le Super Bowl XLIX, où les Seahawks de Seattle affrontent les Patriots de la Nouvelle-Angleterre. »

(Québec) Pour les uns, l'entraîneur Bill Belichick et le quart-arrière Tom Brady forment la meilleure combinaison de l'histoire du football. Pour les autres, ils incarnent le côté sans scrupule du sport professionnel. Docteur Jekill et Mister Hyde. À la veille d'une sixième apparition au Super Bowl, portrait du duo infernal qui fait la pluie et le beau temps dans le monde du football depuis 15 ans.

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L'entraîneur des Patriots Bill Belichick

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Le quart arrière des Patriots, Tom Brady 

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Avec les années, chez les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, on ne sait plus où commence Tom Brady et où finit Bill Belichick. Satanée question. Que serait Belichick sans Brady? Brady sans Belichick? La Joconde sans Léonard de Vinci? Tintin sans Milou? Le zèbre sans ses rayures?

Le duo ne prononce jamais le mot amitié. Vrai qu'on ne saurait imaginer deux êtres plus différents, du moins en apparence.

Tom Brady, 37 ans, c'est le play-boy dont la vie sentimentale a longtemps fait les manchettes. Le gars branché qui peut s'écrier: «J'arbore une coupe de cheveu indie-rock rats nest des années 90!»

Bill Belichick, 62 ans, c'est l'entraîneur tout fripé. L'homme qui n'a pas changé de coupe de cheveu depuis sa première communion. Le grognon qui a souri aux journalistes un grand total de sept fois, en 2013. 

Belichik appartient à une autre époque. Un monde où la NFL n'était pas une affaire de 45 milliards $. À ses débuts avec les Colts de Baltimore, il gagne 25 $ par semaine. Et le directeur est tellement radin, qu'il veut facturer aux entraîneurs le café consommé pour se tenir éveillé, durant les longues nuits de travail!

Un siècle plus tard, en 2014, personne ne confond M. Belichick avec un M. Techno. L'entraîneur a déjà mis deux semaines pour changer l'heure sur le tableau de bord de sa voiture. Et quand il veut dire Facebook, il lui arrive encore de dire Spacebook.

En comparaison, Brady passe pour un pur produit de son époque. Sa femme, la top-modèle Gisele Bündchen, raconte ses exploits de père de famille sur les médias sociaux. Et Brady a presque toujours le ton juste. Quand on lui demande quelle victoire au Super Bowl il préfère, Monsieur répond: «La prochaine.»

Capitaine somnifère

Pour comprendre le lien entre l'entraîneur et son quart fétiche, il faut remonter le temps. Jusqu'en l'an 2000. 

Cette année-là, Bill Belichick est embauché comme entraîneur-chef des Patriots. Mais les sceptiques sont nombreux. On reconnaît son intelligence. Son travail acharné. Mais on chuchote qu'il n'a pas le charisme d'un entraîneur-chef.

Du temps où il était coordonnateur de la défensive des Giants de New York, les joueurs surnommaient Belichick «Capitaine Sominex», en l'honneur d'un somnifère. Plus tard, ses quatre années comme entraîneur des Browns de Cleveland n'ont pas laissé de souvenirs impérissables. 

Au même moment, la carrière de Brady ressemble à un cul-de-sac. Le jeune quart n'a pas réussi à s'imposer avec les Wolverines de l'Université du Michigan. Plusieurs dépisteurs de la NFL estiment que son bras manque de puissance. Le plus cruel le trouve si lent qu'il suggère de mesurer sa vitesse avec un... sablier.

Lors du repêchage, les Patriots choisissent Brady au 199e rang. Sans trop d'illusions. Mais le blanc-bec croit en son étoile. À peine choisi, il va dire à Robert Kraft, le propriétaire des Patriots: «C'est le meilleur choix que votre équipe ait jamais fait.»

En 2000, dès le début du camp d'entraînement, le caractère abrasif de Belichick fait des étincelles. Quand on lui demande un commentaire sur sa nouvelle équipe, il répond, avec sa diplomatie habituelle: «Les joueurs sont bien trop gras.»

Le ton est donné. Belichick va faire le ménage. Encore un peu, et il emprunterait la réplique de Buddy Ryan, pour se débarrasser d'un joueur: «Échangez-le contre un paquet de six bières. Elles n'ont même pas besoin d'être froides.»

La saison se termine avec 5 victoires et 11 défaites. Maigre récolte. À Boston, on spécule déjà sur la date de renvoi de Belichick...

Du côté de Brady, l'avenir n'est guère plus radieux. Toute l'équipe a remarqué sa ténacité. Mais il reste le quatrième quart-arrière. Ou comme on dit «un gars aussi utile que les tétons sur le corps d'un taureau».

Le tournant 

En 2001, la chance va sourire aux héros juste au moment où la situation semble sans espoir. Comme dans un conte de fées. Mais n'allons pas trop vite. Car la saison commence par un drame. Le 6 août, l'entraîneur des quarts-arrières, Dick Rehbein, meurt d'un arrêt cardiaque. Pour Brady, la perte est terrible. Rehbein était l'un des seuls qui croyaient en son talent. 

Heureusement pour Brady, Belichick décide de s'occuper lui-même des quarts. Bref, il se trouve aux premières loges pour apprécier son sens du jeu exceptionnel. Un coup de foudre. Des témoins disent que Belichick s'est reconnu dans ce jeune infatigable, que l'on surprend à étudier des films de football, tard dans la nuit. 

Brady est vite promu quart-arrière numéro deux. Derrière Drew Bledsoe, la vedette des Pats. Belichick n'aime pas Bledsoe, qu'il considère comme un produit dont la date de péremption est dépassée. Mais Bledsoe vient de signer un plantureux contrat. Il est ami avec le propriétaire de l'équipe. Alors il doit l'endurer.

Apparemment, les dieux du football ont choisi Tom Brady. Dès le second match, Drew Bledsoe est durement frappé. Victime d'une grave hémorragie interne, il doit être conduit d'urgence à l'hôpital.

Pendant son absence, Brady prend du galon. Avec lui, les Patriots remportent cinq victoires en huit parties. Un déclic se produit. En novembre, quand Drew Bledsoe se déclare prêt à revenir au jeu, l'entraîneur lui annonce que Brady est désormais son quart de confiance.

Bledsoe est fou de rage. Il se sent trahi. Mais Belichick demeure intraitable. Il risque son avenir d'entraîneur-chef avec Brady. Et il va gagner.

Le Super Bowl

Le reste de la saison des Patriots ressemble à un rêve. Mais le miracle survient lors des éliminatoires, contre les Raiders d'Oakland, durant une tempête de neige. En fin de match, un échappé de Brady semble tout compromettre. Mais l'application d'un règlement obscur redonne vie aux Patriots, qui gagnent en prolongation.

Deux semaines plus tard, les hommes de Belichick affrontent les Rams de St. Louis, au Super Bowl. De l'avis général, ils n'ont guère de chance. Mais les Patriots collectionnent les miracles plus vite qu'un groupe de pèlerins hystériques en pèlerinage à Lourdes, alors on ne sait jamais. Pour ralentir l'attaque de St. Louis, Belichick ne recule devant rien. Il recommande à ses joueurs d'empêcher l'adversaire de se relever trop vite, après un plaqué. Ils doivent aussi s'enfarger dans le ballon, pour retarder la remise en jeu.

Mais la stratégie principale consiste à neutraliser Marshall Faulk, un surdoué que les Rams utilisent à toutes les sauces. Du grand Belichick. «Le meilleur plan de match que j'aie vu», analysera le commentateur Ron Jaworski. «La plupart des entraîneurs tentent de profiter des faiblesses d'un adversaire. Belichick a fait l'inverse. Il a identifié les forces, pour mieux les neutraliser.»

À la fin, les Patriots causent une énorme surprise en gagnant 20 à 17. Même Belichick n'en revient pas. «Peux-tu croire que nous ayons battu les Rams avec cette équipe?» demande-t-il à un ami.

«J'ai compris dès la semaine suivante que ma vie ne serait plus jamais la même, confiera Tom Brady au Men's Journal. Je suis allé à l'épicerie. Une épicerie que je fréquentais depuis deux ans. Et il y a failli avoir une émeute [quand on m'a reconnu].»

Le triomphe

Ce n'est qu'un début. Les Patriots remportent trois Super Bowl en quatre ans. Ils deviennent une équipe modèle, qui inaugure dans l'euphorie un stade tout neuf, où les billets s'envolent aussi vite qu'une poignée de confettis lancée dans un ouragan.

Belichick et Brady se retrouvent au sommet de la gloire. Le plus souvent, les Patriots sont présentés comme une formidable machine, dont toutes les pièces sont interchangeables. Toutes, sauf l'entraîneur et le quart, bien entendu.

La réputation de Belichick dépasse le football. En 2005, sa biographie The Education of a Coach devient instantanément un best-seller. Des pdg de grandes entreprises lui offrent des sommes considérables pour des conférences sur sa réussite, autour du thème: «la force du loup, c'est la meute».

Le culte de Belichick-le-stratège bat son plein. Les autres entraîneurs le surnomment «Le Maître». Ceux qui ont travaillé avec lui sont entourés d'une espèce d'aura. On se pâme devant ses sources d'inspiration. Y compris Harry Potter et L'art de la guerre, de Sun Tzu, le Machiavel chinois. 

La chute

Mais tout le monde ne partage pas l'enthousiasme envers les Patriots. Des critiques suggèrent que leur secret consiste à répéter: «si tu ne triches pas, c'est que tu ne veux pas assez gagner».

Des rumeurs circulent sur des phénomènes étranges qui surviendraient au stade des Patriots. Les livres de jeux disparaissent. Les communications électroniques se brouillent mystérieusement. 

La paranoïa atteint un sommet chez les Jets de New York. Après un match en Nouvelle-Angleterre, ils ne repartent jamais sans reprendre le contenu des poubelles. Pas question que les «sbires de Belichick» y trouvent un croquis. Ni même un bandage qui les renseignerait sur la blessure d'un joueur...

Pendant longtemps, ces simagrées passent pour de la jalousie de mauvais perdants. Jusqu'à ce qu'en septembre 2007, les Jets prouvent que les Patriots filment en secret les entraîneurs adverses, pour connaître les signaux transmis aux joueurs. Le scandale, baptisé Spygate, aura un impact considérable. D'autant plus que la tricherie remonte à l'arrivée de Belichick, en l'an 2000.

Après le Spygate, l'impressionnante série victorieuse des Patriots va se poursuive. Comme si de rien n'était. Au total, 10 championnats de division en 13 ans. Quatorze saisons consécutives avec une fiche gagnante. 

Pourtant, malgré les prouesses, jamais plus le duo Belichick-Brady ne retrouvera l'admiration délirante de ses belles années. Et parions que l'utilisation récente de ballons légèrement dégonflés, lors d'un match éliminatoire, ne calmera pas leurs détracteurs. Il suffit d'entendre l'ex-entraîneur Don Shula dénoncer «Bill Belicheat», un surnom intraduisible avec le mot tricheur.

Suite et fin

Peu importe. En dehors des scandales, pour le tandem des Patriots, la seule ombre au tableau, c'est que Tom Brady aura bientôt 38 ans. Un seuil fatidique. «J'aurais pu jouer encore trois ans», plaisantait Johnny Unitas. «La seule chose dont j'aurais eu besoin, c'est qu'on me transplante de nouvelles jambes.»

Pour défier le temps, Brady s'en remet à un «entraîneur corporel», qui sert de guide spirituel, de nutritionniste et de masseur. Il espère que cette formule nouvel âge lui permettra de jouer jusqu'à 46 ans, comme le lanceur Nolan Ryan. 

Après tant d'années, on ne sait plus où se termine Brady. Avec lui, Belichick a compilé une fiche de 160 victoires et 47 défaites, en saison régulière. Sans lui, le bilan plonge à 51 victoires et à 62 défaites.

Difficile d'oublier que depuis 12 ans, les Patriots n'ont raté qu'une seule fois les éliminatoires. C'était en 2008, une saison que Brady a ratée au complet, à cause d'une blessure.

C'est dit. Les histoires d'amour entre les entraîneurs et leurs quarts finissent mal, en général. Un ex-quart a expliqué, après la trahison de son entraîneur: «Même s'il était en train de brûler, de l'autre côté de la rue, je n'irais pas lui pisser dessus pour éteindre l'incendie.» 

«Ça finit toujours mal», a confié le père de Tom Brady au New York Times. «[Le football] est un monde sans pitié. Même si tout le monde aimerait que cela fonctionne comme une famille, ça n'a rien à voir.»

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