La motivation scolaire dans le sang

En tenant compte des facteurs génétiques, la doctorante... (Le Soleil, Yan Doublet)

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En tenant compte des facteurs génétiques, la doctorante en psychologie Gabrielle Garon-Carrier et Michel Boivin, chercheur en psychologie de l'enfant à l'Université Laval a découvert que les différences de motivation peuvent varier de 16 à 69 %.

Le Soleil, Yan Doublet

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Percées scientifiques 2015

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Percées scientifiques 2015

Les chercheurs de la capitale n'ont pas chômé en 2015. Ils ont écrit plusieurs nouveaux chapitres de l'histoire scientifique. D'ici au 31 décembre, Le Soleil vous présente chaque jour une des percées majeures de l'année. »

(Québec) La cause était entendue depuis longtemps. Un enfant n'est pas motivé à l'école? Ce doit être entièrement l'oeuvre de son milieu. Il n'aime pas ses classes? La source du problème doit être quelque part autour de lui. La réussite scolaire ne lui fait pas briller les yeux ? Il est trop peu stimulé ou encouragé à la maison. Ou alors c'est la faute de son prof. Ou les deux. Au choix.

Mais voilà, a démontré cette année une vaste étude de jumeaux à laquelle a participé Michel Boivin, chercheur en psychologie de l'enfant à l'Université Laval, cette insistance à tout faire remonter à l'environnement de l'enfant, si elle n'est pas sans fondement, laisse un gros angle mort: les gènes. Pas moins de 40 % des différences entre les individus s'expliquent par des facteurs génétiques, ont trouvé M. Boivin et ses collègues.

Pour départager l'influence du milieu de celle des gènes, ceux-ci ont fait ce que l'on appelle une «étude de jumeaux», qui consiste à comparé des paires de jumeaux identiques ou monozygotes, qui partagent 100 % de leur bagage génétique, avec des paires de jumeaux non-identiques ou dizygotes, qui n'ont que 50 % de gènes en commun - comme les frères et soeurs en général. L'exercice a regroupé pas moins de 13 000 jumeaux de 9 à 16 ans dans six pays différents, dont ceux de l'Étude des jumeaux nouveaux-nés du Québec, qui suit 650 paires de jumeaux nés dans la région de Montréal entre 1995 et 1998. Ils ont tous dû répondre, souvent à plusieurs âges différents. à des questions mesurant leur motivation scolaire, comme «sur une échelle de 1 à 5, comment aimes-tu lire», «je suis bon en maths/lecture» ou «je fais des maths/lectures même quand je n'y suis pas obligé».

Or peu importe la manière de la mesurer, la motivation scolaire s'est toujours avérée significativement influencée par la génétique. D'un pays à l'autre, cette dernière comptait pour 16 à 69 % des différences entre les individus. «Les résultats montrent de manière convaincante que, contrairement à une croyance répandue, le plaisir d'apprendre et la perception de ses propres compétences ne sont pas moins hérités des parents que les capacités cognitives», concluent les auteurs de l'étude.

Fait intéressant, ceux-ci ont également distingué l'environnement «partagé» par les jumeaux (la famille, le fait de fréquenter la même école, etc) d'une même paire de leurs expériences individuelles. Ils l'ont fait en déduisant mathématiquement la part de ces expériences à partir des différences que montraient les jumeaux monozygotes. Mais les chercheurs avaient également des informations sur les classes que fréquentaient les jumeaux (étaient-ils dans la même ou dans des groupes séparés), et les deux indicateurs ont montré essentiellement la même chose: un rôle étonnamment faible pour le milieu partagé par les deux jumeaux.

Attention, avertit ici M. Boivin, cela ne signifie pas que la famille ne joue aucun rôle. «L'environnement familial peut être partagé par les jumeaux, mais il peut aussi ne pas l'être complètement. Les parents peuvent se comporter de manière différente envers leurs enfants, et les enfants peuvent vivre différemment les choses qui se passent dans la famille. [...] Ce que l'étude montre, c'est que le fait qu'ils aient vécu dans la même famille ne semble pas rendre les jumeaux plus semblables, une fois qu'on a tenu compte des facteurs génétiques.»

Tout cela veut dire qu'il est temps d'abandonner l'idée selon laquelle la motivation scolaire est uniquement le fruit du milieu. «Ce qu'on dit, explique M. Boivin, c'est qu'il y a probablement des facteurs propres à l'enfant qui vont le mettre sur une trajectoire qui peut aboutir sur une motivation plus ou moins grande. Alors il faut en tenir compte [de ces| composantes biologiques qui font que certains enfants sont plus à risque de développer une motivation scolaire faible.»

Les voies par lesquelles les gènes influeraient sur cette dernière sont encore inconnues, mais vraisemblablement multiples et complexes. On peut ainsi imaginer qu'un enfant génétiquement plus impulsif que la moyenne peut avoir des difficultés à s'adapter au cadre de l'école, s'y intéresser moins, avoir par conséquent de moins bons résultats, et en bout de ligne être moins motivés que ses camarades.

Mais quoi qu'il en soit, dit M. Boivin, ces résultats montrent que «c'est important d'avoir une approche individualisée. On parle beaucoup de médecine individuelle par les temps qui courent, il va falloir aussi une éducation individualisée. Souvent, on dit qu'un bon éducateur, c'est quelqu'un qui va prendre en compte les caractéristiques de l'enfant. Ce genre d'étude montre qu'il y a une base empirique pour ça».

***

Les percées

PCR: petite erreur deviendra grande: 21 décembre

Plaidoyer pour un poisson pourri: 22 décembre

Comment faire travailler deux petits frustrés: 23 décembre

L'ADN des sables bitumineux: 24 décembre 

Le bout du bout du bout de la plante: 26 décembre

L'anguille dans une botte de foin: 27 décembre 

La motivation scolaire dans le sang: 28 décembre 

Aux trousses des «fugitifs»: 29 décembre 

Des banques pleines de bon sang: 30 décembre

Safari aux gaz en Arctique: 31 décembre

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