Dentistes sur les dents

La solution trouvée par le Dr Hassan Moghadam... (Photo fournie par la clinique du Dr Moghadam)

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La solution trouvée par le Dr Hassan Moghadam et l'Institut national d'optique pourrait bien changer complètement la pratique des implants dentaires. Les premiers essais menés cette année ont donné des résultats très encourageants.

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Percées scientifiques 2014

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Percées scientifiques 2014

L'année 2014 a été riche en découvertes pour la communauté scientifique de la capitale. Chacun dans son domaine, des chercheurs de la région ont écrit de nouveaux chapitres de l'histoire scientifique. Le Soleil vous présente les 10 percées les plus marquantes de l'année. »

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(Québec) Drill, baby, drill! Une nouveauté technologique mise au point à l'Institut national d'optique est en bonne voie de résoudre un dilemme auquel sont couramment confrontés les dentistes qui font des implants dentaires - en plus d'épargner bien des soucis à leurs patients.

Lorsqu'ils implantent une nouvelle dent dans la mâchoire inférieure, les dentistes doivent forer un trou dans l'os afin d'y introduire une vis qui maintiendra l'implant en place. En principe, il vaut toujours mieux creuser le plus profondément possible, puisque la solidité de la chose en dépend. Mais voilà, il se trouve qu'une petite artère et un nerf - le «nerf dentaire inférieur» - passent précisément par là, juste en dessous de l'endroit où l'on ancre les implants. Et si l'on peut voir sur une radiographie où ils sont situés, on n'a aucune manière de s'assurer en temps réel que l'on ne perce pas trop proche.

Les dentistes tentent donc de minimiser les risques en péchant par excès de prudence, c'est-à-dire en ne perçant pas aussi profondément qu'ils le pourraient, ce qui peut aisément se comprendre puisque les blessures au nerf dentaire inférieur, surtout si les dommages sont permanents, peuvent littéralement tourner au cauchemar. «Cette blessure entraîne une des expériences les plus désagréables qui soit, allant de la paresthésie [avoir des «fourmis» ou des démangeaisons sans aucune raison] jusqu'à l'anesthésie complète ou la douleur. Plusieurs facultés importantes s'en trouvent affectées, comme parler, manger, embrasser, se raser et boire. Cela détériore la qualité de vie du patient et provoque souvent des séquelles psychologiques négatives», lisait-on dans un article savant récent sur le sujet.

D'où, bien sûr, l'intérêt de savoir à quelle distance du nerf les instruments sont rendus. Et c'est pour cela qu'un dentiste de la région d'Ottawa, le Dr Hassan Moghadam, a approché l'Institut national d'optique (INO). «Il est chirurgien-dentiste en plus d'être un homme d'affaires, et il était très intéressé à résoudre ce casse-tête. Il cherchait des partenaires, et c'est comme ça qu'on a fini par embarquer dans le projet», se souvient Timothy Pope, gestionnaire technique à l'INO qui a travaillé sur le dossier.

La solution qu'ils ont trouvée pourrait bien changer complètement la façon d'installer des implants dentaires. Elle devra être encore beaucoup testée avant d'être mise sur le marché, mais les premiers essais menés cette année à la clinique de Dr Moghadam ont donné des résultats très encourageants.

Essentiellement, les chercheurs de l'INO, menés par Jesse Weber, ont mis au point une perceuse munie de deux senseurs différents, émettant tous deux des infrarouges. Les longueurs d'onde utilisées pénètrent légèrement les tissus, de quelques millimètres, avant d'être soit absorbées, soit diffusées (ou «éparpillées», si l'on préfère). Et bien sûr, le rayonnement qui se trouve ainsi éparpillé retourne en partie vers l'instrument, qui peut alors le détecter.

«Chaque tissu [os, muscle, vaisseaux sanguins, etc.] a ses propres taux d'absorption et de diffusion de la lumière [l'infrarouge est une sorte de lumière, bien que nos yeux ne la voient pas], explique Mme Weber. [...] Le sang, par exemple, absorbe beaucoup du rayonnement, et c'est ce que voit un de nos deux détecteurs. À cause des battements cardiaques, le volume de l'artère qui passe dans la mâchoire augmente et diminue, ce qui fait qu'il y a alternativement plus ou moins de lumière qui est reflétée. Et c'est ça qu'on est capable de voir: plus on approche de l'artère, plus le signal du pouls devient fort.»

Le dessin des ondes

Cela prévaut, du moins, jusqu'à une distance de 2 à 4 millimètres, en deçà de quoi le signal devient moins fort parce que le sang absorbe trop de lumière, mais «c'est habituellement à des distances de cet ordre-là que les dentistes veulent voir», dit Mme Weber.

Or, poursuit-elle, «il y a aussi l'enjeu de la solidité de l'implant, qui augmente quand on va l'ancrer profondément», et c'est précisément ce que permettrait de faire l'autre senseur que l'équipe de l'INO a installé sur la foreuse de dentiste.

Émettant lui aussi dans l'infrarouge, ce détecteur se sert de «patrons d'interférence» pour juger des distances. Les infrarouges sont en effet des ondes électromagnétiques, soit de l'énergie électrique et magnétique qui se propage dans l'espace un peu comme une vague à la surface de l'eau, avec des crêtes et des creux de vague. Lorsque des ondes infrarouges se rencontrent - ce qui ne manque pas d'arriver quand des tissus en réfléchissent dans tous les sens -, en certains endroits les crêtes vont s'aligner ensemble, et les ondes vont alors s'«additionner», c'est-à-dire se comporter comme une seule onde plus forte. Aux endroits où les crêtes s'aligneront avec des creux, les ondes vont s'annuler. Ce petit ballet crée alors un motif, une sorte de dessin, que l'on nomme patron d'interférence, qui permet de déduire où se trouvent les tissus, les veines, etc.

La technologie utilisée pour faire les fameuses échographies repose sur ce principe, mais on peut atteindre des précisions bien supérieures avec l'infrarouge, dit Mme Weber, de l'ordre de 0,8 à 1 mm.

«Il va bien sûr falloir faire des essais cliniques pour s'assurer qu'on n'ajoute pas un risque en allant plus proche, mais la motivation de base, c'est d'aller plus profondément dans l'os pour solidifier les implants», dit-elle.

Autre source: Gintaras Juodzbalys et al., Inferior alveolar nerve injury associated

with implant surgery, Clinical Oral Implantology Research, 2013, http://goo.gl/Bjm0Bp

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