Un grand moment d'émotion

Va, tu es libre!... (Photo Dr Guy Fitzgerald)

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Va, tu es libre!

Photo Dr Guy Fitzgerald

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Jacques Samson

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Le 21 novembre dernier, le Dr Guy Fitzgerald, responsable de la Clinique des oiseaux de proie de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal et grand patron de l'Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP), m'a permis de vivre un moment de grande émotion.

Grâce à son invitation, j'ai pu relâcher dans la nature une buse à queue rousse qui avait été retrouvée blessée par Lucie Coulombe le long de l'autoroute 20 à la hauteur de Saint-Pascal-de-Kamouraska.

La petite buse avait d'abord été conduite à l'Hôpital vétérinaire de l'Ormière pour stabiliser son état. Elle a ensuite été dirigée vers la Clinique des oiseaux de proie à Saint-Hyacinthe. Elle avait une vieille blessure à l'ulna, à l'aile droite, et à cause de cette blessure, elle n'était plus en mesure de se nourrir et elle souffrait donc d'un sérieux problème de malnutrition. À son arrivée à la clinique, elle ne pesait qu'un peu plus de 900 gr. Tout ça se passait fin septembre ou début octobre.

Donc, après quelques mois de bons soins et de réadaptation dans une volière, le Dr Fitzgerald a jugé qu'elle était prête à recouvrer sa liberté.

Les étapes

Avant de remettre un oiseau de proie en liberté, il y a tout un protocole et un rituel à suivre. D'abord, il fallait se rendre dans la grande volière où elle était logée en compagnie de deux autres buses à queue rousse, de deux pygargues immatures et d'un urubu à tête rouge immature lui aussi.

C'est le Dr Fitzgerald qui fait les captures, à l'aide d'un immense filet au bout d'une perche. Il n'y a pas de doute que ces captures lui sont familières, parce que le tout se déroule en très peu de temps.

L'oiseau est amené par la suite dans une petite salle d'examen où le reçoivent, le Dr Fitzgerald, un interne, le Dr Graham Zoller, deux étudiants en médecine vétérinaire de quatrième année, Laurie et Alexandre, et la technicienne Chantal Maltais.

Là, la buse a droit à un examen complet. On vérifie chacune de ses ailes, on inspecte sa masse musculaire, on vérifie son plumage, etc. Elle qui était maigrichonne à son arrivée dépasse maintenant les 1500 gr, ce qui lui assurera de vivre dans la nature au moins deux jours sans devoir se nourrir. Finalement, on lui installe une bague à la patte, ce qui permettra, si un jour elle est recapturée, de savoir ce qu'elle est devenue. Le nom de celui qui la relâche est accolé au numéro de la bague, et si jamais il y a des développements sur son évolution, il en sera prévenu.

Tout le processus terminé, c'est le moment de la libération. On quitte la petite salle d'examen et on se dirige vers un grand champ situé à l'entrée du domaine Chouette à voir, à Saint-Jude. C'est le Dr Fitzgerald qui amène l'oiseau à son aire de lancement.

Quand nous sommes rendus au bon endroit, il me passe l'oiseau, m'indiquant comment le tenir, et il m'explique comment on doit le relâcher. Je vous avoue honnêtement que c'est un moment de grande émotion. Tenir cet oiseau dans ses mains, le coller sur sa poitrine tout en sachant que si Lucie Coulombe n'avait pas été vigilante, il était voué à une mort certaine, et que maintenant il retrouvera sa liberté, c'est très, très émouvant.

Après, tout le monde se retire à quelques mètres de moi, appareils photo à la main, et attend le signal du Dr Fitzgerald.

«Un, deux, trois, go!» J'ouvre les mains en lançant la petite buse à queue rousse vers le ciel, et elle est maintenant libre. Elle se pose tout près de nous dans la tête d'un grand arbre - on dirait qu'elle ne réalise pas encore qu'elle est libre -, on s'approche pour l'admirer d'un peu plus près, elle s'envole de nouveau et va se poser un peu plus loin. Quelques minutes plus tard, elle avait complètement disparu.

Lucie Coulombe, qui elle aussi avait été invitée à la remise en liberté de sa petite protégée, s'inquiète un peu du fait que l'hiver est proche et que la migration est commencée depuis un bon bout de temps. Tout de suite, le Dr Fitzgerald la rassure en lui disant qu'il est encore temps de migrer, et que si elle ne migre pas, ce ne sera pas un problème : d'autres buses à queue rousse passent l'hiver dans la région de Saint-Jude et elles survivent aisément.

Deux autres remises en liberté

Après le départ de la buse à queue rousse, ce fut au tour de deux pygargues à tête blanche de recouvrer leur liberté. Le premier avait été capturé à Saint-Jean-de-Dieu dans une fosse à fumier. L'agriculteur l'a attrapé et l'oiseau s'est retrouvé à Saint-Hyacinthe. Ce jeune pygargue femelle de l'année était infesté par un parasite qui s'était logé d'abord dans sa bouche, ensuite dans son oesophage et enfin dans sa trachée. Il avait beaucoup de mal à respirer. Il a dû être opéré pour régler son problème. C'est Linda Larose qui a relâché le pygargue. C'est une bénévole de l'UQROP à qui on permet de remettre en liberté des oiseaux en guise de remerciement pour sa contribution à l'organisme.

Enfin, le deuxième pygargue, un mâle de deuxième année recueilli à Havre-Saint-Pierre, a été remis en liberté par l'interne vétérinaire Graham Zoller. L'oiseau avait subi une blessure à l'épaule droite et une partie de ses plumes étaient brûlées.

Les deux oiseaux relâchés ont été bagués à chacune de leur patte. La première bague porte un numéro et la seconde est rouge ou verte, pour indiquer que c'est un oiseau qui appartient à une espèce menacée.

Lorsque les oiseaux arrivent à la Clinique des oiseaux de proie, pour éviter qu'ils s'infligent des blessures ou qu'ils en infligent à ceux qui les traitent, on leur arrondit les griffes. Avant d'être remis en liberté, ils ont droit à une manucure et ils retrouvent des griffes parfaitement affûtées.

Ces deux pygargues nous ont donné un spectacle impressionnant. Le premier a décrit un immense cercle en s'envolant, comme s'il voulait nous saluer au passage. Plusieurs minutes plus tard, il était toujours là à virevolter dans le ciel. Le deuxième a aussi fait un cercle et, lorsqu'il est disparu derrière un petit boisé, le premier est venu le rejoindre. Les liens d'amitié développés dans la volière semblaient se raffermir en liberté.

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