Jean Béliveau, digne même dans le désaccord!

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Maurice Dumas
Le Soleil

(Québec) Je me souviendrai toujours de ma première rencontre avec Jean Béliveau. Elle s'était déroulée dans la plus pure tradition des belles manières de cet immortel du hockey.

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Jean Béliveau en mars 2013

Photothèque Le Soleil

J'accompagnais les Nordiques à Boston et je faisais du lèche-vitrine à l'intérieur d'un centre d'achat de cette ville la veille du match. J'avais croisé par hasard Jean Béliveau, alors un membre influent de la haute direction du Canadien de Montréal. J'avais suivi ses exploits comme joueur dans les journaux, à la radio et à la télévision, mais je ne lui avais jamais parlé. Je n'allais pas rater cette première occasion.

Je m'étais présenté et il m'avait répondu sur un ton très amical : «Je te connais puisque je te lis. Je sais qui tu es. Je suis même en mesure de te dire que tu n'écris pas toujours des choses très gentilles à notre sujet.»

Le message passé et bien reçu de ma part, il m'avait ensuite invité à m'asseoir et nous avions  jasé pendant presque une heure. Il m'avait dit ce qu'il avait sur le coeur sans aucune agressivité et sans élever la voix. J'avais alors constaté que Jean Béliveau pouvait livrer le fond de sa pensée sans tomber dans l'acrimonie et la hargne. Diplomate, oui, mais très respectueux de l'autre.

Quelques jours plus tard, j'avais raconté ma rencontre avec Jean Béliveau à son ancien coéquipier Gilles Tremblay, décédé récemment lui aussi. «Avec Jean, tu auras toujours l'heure juste», m'avait expliqué cet ancien du Canadien devenu membre de la Soirée du Hockey. «Contrairement à bien du monde, il peut donner son opinion tout en restant poli et courtois. Il a été élevé et éduqué comme ça. Ce qui n'en fait pas une pâte molle pour autant. Regarde-le aller avec son gabarit. Il dégage et en impose sans ouvrir la bouche. Il est authentique dans tout ce qu'il fait. Il n'a pas besoin de crier pour se faire remarquer.»

Mes discussions avec Jean Béliveau ont toujours été cordiales. Il n'est jamais revenu sur le sujet de notre première rencontre. Il ne ratait jamais une occasion de s'informer des regrettés Roland Sabourin et Claude Larochelle, un ancien coéquipier chez les Citadelles. Il faisait l'éloge de Québec et se plaisait à se remémorer ses nombreux souvenirs de ses quatre années chez nous, deux dans l'uniforme des Citadelles et deux autres sous les couleurs des As. «Quand je suis parti pour Montréal, j'étais prêt pour cette grande aventure», analyse-t-il dans sa biographie écrite par Chrys Goyens et Allan Turowetz et traduite en français par Georges-Hébert Germain.

Aucun ennemi

Jean Béliveau est sans doute le seul joueur de l'histoire du Canadien qui faisait l'unanimité autant à Québec qu'à Montréal. La rivalité entre les deux villes ne l'a jamais atteint. Sans doute parce qu'il était plus grand que nature et qu'il était au-dessus de toute mesquinerie et des manigances pour ses services.

Aucun amateur de hockey ne lui a tenu rigueur d'avoir troqué son chandail des As pour celui du Canadien. Fidèle à ses principes, il était demeuré noble dans toutes les démarches pour se l'arracher. «Je suis resté plus longtemps à Québec par reconnaissance pour sa population», m'avait-il dit lors de notre première rencontre à Boston.

Cette déclaration, il l'a répétée à maintes et maintes reprises. Elle n'a jamais changé au fil des ans. On la retrouve dans tous les livres consacrés à sa carrière.

Jean Béliveau incarnait la grâce et l'élégance sur la patinoire. Il n'était pas différent dans la vie de tous les jours. Gentilhomme, il était affable et courtois. Son numéro de téléphone était dans l'annuaire de Longueuil.

Je l'avais contacté une fois à son domicile pour une histoire urgente. Il ne m'avait pas laissé le temps de me confondre en excuses. «Si je ne voulais pas être dérangé à la maison, je cacherais mon numéro», avait-il précisé. «Et puis, tu n'appelles pas à tous les jours. Je fais confiance aux gens. Je sais qu'ils communiqueront avec moi pour des motifs sérieux.»

On dit que le vieux Colisée a été reconstruit, en 1949, pour Jean Béliveau. C'est très proche de la vérité. Il s'éteint quelques mois avant l'ouverture du nouvel amphithéâtre. En profitera-t-on pour l'honorer à ce moment-là? Les autorités en place prendront sûrement la bonne décision.

Québec a une belle histoire de hockey. Jean Béliveau y a largement contribué. C'est un peu grâce à lui si nous avons ensuite assisté aux exploits des Lafleur, Stastny, Goulet et autres.

En 18 ans de carrière, Jean Béliveau a conduit le Canadien à 10 conquêtes de la Coupe Stanley. Un grand parmi les grands, mais d'abord et avant tout un homme avec de belles valeurs!

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