Pile ou face

J'ai vu les plus beaux couchers de soleil... (Collaboration spéciale Mylène Moisan)

Agrandir

J'ai vu les plus beaux couchers de soleil de ma vie à Carleton-sur-Mer. Malheureusement, cette fois-ci, le ciel était couvert de nuages.

Collaboration spéciale Mylène Moisan

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

La Gaspésie sur le pouce

Voyage

La Gaspésie sur le pouce

Je pars cinq jours, sans itinéraire ni réservations, le pouce en l'air. Je mets le cap vers la Gaspésie, j'aurais pu aller ailleurs. La destination est un prétexte, le chemin est le voyage. Suivez-moi. »

(Carleton) Réglons ça tout de suite, nous avons commencé la journée à Percé par un bon déjeuner et un allongé.

Notre deuxième conducteur, Félix, vit tout l'été dans... (Collaboration spéciale Mylène Moisan) - image 1.0

Agrandir

Notre deuxième conducteur, Félix, vit tout l'été dans sa camionnette qu'il a convertie en maison.

Collaboration spéciale Mylène Moisan

Et le soleil, presque au zénith.

Il faut se rendre à l'évidence, nous attendons plus longtemps qu'avant sur le bord du chemin, il nous a fallu une heure et demie pour quitter le village. Un gentil couple de Laval, des enseignants au primaire, qui nous ont sortis de notre fâcheuse position, pour nous conduire un peu plus loin, juste après une route qui contourne Percé.

Ils connaissent le coin, y passent tous leurs étés.

Le monsieur a déjà fait du pouce, il embarque tous les pouceux, quand il peut, quand il ne trimballe pas son équipement de plongée. Nous avions de la veine, ils voyageaient léger ce jour-là. Un voyage agréable, sans histoire. Nous ne pouvons pas toujours tomber sur des personnages de film.

Notre deuxième conducteur, Félix, pourrait en être un. Il vit tout l'été dans sa camionnette, qu'il a convertie en maison, il sillonne les routes du Québec pour jouer avec les Steady Swagger du «folk de pirates» ou encore pour dérider les passants, perché sur ses échasses. Elles étaient derrière, avec sa batterie.

Il a 32 ans, roule sa bosse depuis quelques années.

Il fait sa chance.

Depuis le début du voyage, c'est la deuxième fois que je révèle que je suis, en fait, en train de travailler, que tout ce qu'il me dit peut être retenu contre lui. Façon de parler. C'est pour ça que je vous dis son nom, je le lui ai demandé.

Félix nous a raconté un voyage sur le pouce jusqu'à Vancouver, il se laissait guider en jouant à pile ou face. «Quand une voiture s'arrêtait, je faisais pile ou face. Quand je devais décider si j'allais à gauche ou à droite, je faisais pile ou face. Ça m'a permis de réaliser que, au fond, tous les chemins peuvent être bons.»

Il revenait du Festival du bout du monde de Gaspé, où les Steady Swagger ont joué vendredi et samedi. Le jour, il grimpait sur ses échasses. Il filait vers le Témiscouata, puis vers Kamouraska, où il devait se produire encore en spectacle. Il était content, ses affaires allaient bien.

Il suivait son instinct.

Félix nous a laissés à Carleton-sur-Mer, à la microbrasserie le Naufrageur, un arrêt incontournable quand on traverse la Baie-des-Chaleurs. C'est la troisième fois que je mets les pieds à Carleton, l'endroit est toujours aussi beau, même sous un ciel gris. J'y ai vu les plus beaux couchers de soleil de ma vie.

Nous avons dû nous en passer, cette fois.

Un gars nous a invités à nous asseoir à sa table, il a remarqué notre «pancarte de pouce». Il faisait aussi le tour de la Gaspésie, était parti de Lévis une semaine plus tôt, était rendu au même point que nous. Il avait quitté Percé au matin, plus tôt que nous, s'était rendu au Naufrageur de peine et de misère, avec huit conducteurs.

Il avait réussi à prendre une dizaine de jours de vacances - il est plongeur dans un restaurant - pour voir la Gaspésie. Il en rêvait depuis des années. Il voyageait tout seul, avec son sac à dos, sa tente et son rêve. Il nous a raconté ses amours un peu compliquées, nous a confié qu'il aimerait bien habiter en région.

C'est pour ça qu'il voyageait vers l'est, pour trouver un patelin où déménager. Il a bien aimé Rimouski, s'y est senti comme chez lui. Il voulait aussi voir si les gens étaient plus heureux en région.

- Et puis?

- Non, ils ne sont pas plus heureux.

Il était bien déçu, il aurait bien aimé trouver le bonheur quelque part sur le bord de son chemin. Il a trouvé de beaux paysages, des gens sympathiques et généreux, mais rien qui se rapprochait du bonheur. 

À Carleton, j'ai fait signe à David Philippe, ce père de famille dont je vous ai parlé avant Noël, il habite à Maria. Il a appris qu'il avait le cancer il y a cinq ans, s'est fait enlever un poumon, continue à faire mentir les pronostics des médecins. Il est venu nous dire bonjour et nous faire quelques tours de cartes, il est magicien à ses heures.

Tant qu'à y être, il en a fait pour les enfants de la table d'à côté.

Il nous a parlé de Patrick Dubois, un gars de 28 ans qui est parti de la ville pour Carleton il y a trois ans, il gagne sa vie comme conteur. «Quand il était jeune, son rêve était d'être millionnaire, pour avoir du temps et ne jamais manquer d'argent. Il a tout laissé pour venir ici et il ramasse de l'argent avec ses contes.

«Quand il est rendu au montant correspondant au seuil de la pauvreté, il donne l'excédent à une fondation. Il explique que, comme il a besoin de peu d'argent, il n'a plus peur d'en manquer. Et du temps, il en a tant qu'il en veut pour pêcher, pour chasser, pour faire ce qu'il a le goût de faire.»

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer