L'éloge de la patience

Une petite pause au quai de Rivière-au-Renard, le... (Collaboration spéciale Mylène Moisan)

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Une petite pause au quai de Rivière-au-Renard, le temps de profiter du soleil et du voyage.

Collaboration spéciale Mylène Moisan

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La Gaspésie sur le pouce

Voyage

La Gaspésie sur le pouce

Je pars cinq jours, sans itinéraire ni réservations, le pouce en l'air. Je mets le cap vers la Gaspésie, j'aurais pu aller ailleurs. La destination est un prétexte, le chemin est le voyage. Suivez-moi. »

(Québec) Nous nous sommes levés à 9h30, confiants, avons marché jusqu'à la 132, sans déjeuner, sans même prendre un café. Pas grave, nous disions-nous, dans une heure, nous aurons un bon bout de chemin de fait, nous nous arrêterons tranquilles pour casser la croûte et en siroter un bon.

Nous avons pris notre café à 14h30.

Le pouce nous a rappelés à l'ordre, il ne faut pas prévoir. Nous sommes restés plantés une heure sur le bord du chemin à la sortie de Sainte-Anne-des-Monts, à regarder les voitures et les minutes passer.

Il faisait beau soleil.

Des dizaines de voitures sont passées devant nous, des Westfalia aussi, les Westfalia n'arrêtent jamais. Comme les Volvo d'ailleurs. Les Honda et les Toyota sont de bons partis, les vieux modèles surtout.

Une Honda s'est arrêtée, un jeune couple dedans, le gars et la fille sortaient du bois où ils avaient passé la nuit. Ils sentaient encore le feu de camp. Ils s'en allaient au Sea Shack, quelques kilomètres plus loin, célèbre auberge festive où on va pour faire la fête, pas pour dormir.

Le gars venait d'hériter de la terre à bois de son grand-père maternel, comme transmission de racines, on peut difficilement faire mieux. Ils venaient de Montréal, avaient l'intention de se construire une cambuse, qui allait devenir leur port d'attache. Ils avaient envie de voyager, et toujours revenir là, sur la terre du grand-père.

Ils nous ont laissés devant le Sea Shack, qui est aussi, nous l'avons découvert, un repaire de pouceux en quête d'aventures.

C'était les premiers pouceux que nous apercevions depuis le début du voyage.

Une heure s'est écoulée, sous un ciel immaculé, avec le fleuve en fond d'écran. Nous avons ri, souri aux gens qui nous faisaient signe qu'ils auraient bien voulu s'arrêter, n'eût été un véhicule trop plein, des enfants derrière, de la peur aussi, peut-être. Qu'importe, nous étions heureux.

Nous avions hâte, quand même, que quelqu'un s'arrête, hâte de voir avec qui nous allions poursuivre notre route. L'attente augmente le désir, c'est aussi vrai pour le pouce. J'ai souhaité un couple de vacanciers, qui s'en allaient à Gaspé, et qui s'arrêteraient çà et là sur le chemin.

Deux étudiantes de Montréal se sont arrêtées, deux soeurs, elles étaient en vacances, s'en allaient à Gaspé.

Leur Toyota était pleine à craquer, nous avons empilé les coussins, les boîtes et nos sacs à dos sur le siège derrière, nous nous sommes encastrés à travers tout ça. Pas de présentation, la musique à fond, nous voilà repartis. Elles faisaient le tour de la Gaspésie en six jours, n'avaient pas d'itinéraire, pas de réservations.

Un peu comme nous.

Elles avaient fait des réserves pour la route, pain, biscuits, fruits, nous ont offert une orange et un pamplemousse que nous avons dévorés. C'était notre déjeuner, il était 13h30.

Nous avons fait une pause à Rivière-au-Renard, sommes arrêtés sur le quai, où des pêcheurs du dimanche, littéralement, taquinaient le maquereau. Nous avons trouvé une petite plage, pas loin du bureau d'information touristique, les filles se sont endormies sur la plage, nous en avons profité pour partager un club sandwich.

Elles nous ont demandé, en se réveillant : «On ne vous a pas trop retardés?»

On ne peut pas être en retard quand on n'est pas attendus. Nous avions l'intention de passer la nuit à Cap-aux-Os, dans le parc Forillon, un village plus tranquille que nous imaginions. Les filles nous ont laissés à la porte de la Petite École, comme le nom le dit, une école convertie en auberge.

À Sainte-Anne-des-Monts aussi, nous avions dormi dans une ancienne école. Une autre preuve, s'il en faut, de l'exode des régions.

Ça faisait 10 ans que je n'avais pas mis les pieds en Gaspésie, j'avais oublié à quel point ce coin du Québec est beau, surtout dans le chapelet de villages à partir de Mont-Saint-Pierre. Les filles étaient venues quand elles étaient toutes petites. Elles faisaient elles aussi un voyage dans le temps.

Nous les reverrons peut-être plus loin.

À Cap-aux-Os, pas de grands restaurants, un casse-croûte et un restaurant familial où on ne sert pas d'alcool. Nous avons opté pour le dépanneur, où nous avons agrippé un «six-pack» de Black Label et une demi-bouteille de blanc, un excellent Marquis de Méricourt (!), deux paquets de charcuteries et deux fromages, que nous avons dégustés devant le soleil couchant.

C'est de là que je vous écris.

Devant nous, des gens de la place taquinent le maquereau les deux pieds dans l'eau, sous le regard amusé des loups marins.

Et demain? Allez savoir. Nous filons vers le sud maintenant, nous verrons bien où le hasard nous mènera. Nous avons le goût de voir Percé, avant de mettre le cap vers la Baie-des-Chaleurs, qui, espérons-le, portera bien son nom. Peu importe, nous avons encore du temps, et le goût de continuer.

Chose certaine, nous prendrons un café avant de partir.

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