Victoriaville, une ville en deuil de Jean Béliveau

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Guy Béliveau, 79 ans, garde un souvenir impérissable de son grand frère Jean. «Un homme sincère, droit, respectueux.»

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(Victoriaville)  Assis à la table de cuisine de son appartement, rue Monfette, à Victoriaville, Guy Béliveau se remémore la dernière fois qu'il a vu son frère Jean. L'homme de 79 ans, quatrième d'une famille de huit enfants dont l'illustre hockeyeur était l'aîné, réprime une larme. Dans le salon, la télé diffuse une émission spéciale sur le disparu. Le son a été coupé. Le silence règne.

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Rolland Croteau collectionne les objets reliés à la carrière de Jean Béliveau, dont un chandail du Canadien et sa première carte autographiée par son idole en 1955.

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«Après son 500e but, au Forum, en 1971,... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 1.1

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«Après son 500e but, au Forum, en 1971, j'étais allé le voir et il avait pris le temps de me signer un mot. C'était l'homme le plus simple du monde», explique son ami d'adolescence, Réal Boutet. 

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«C'était il y a environ deux mois. J'étais allé lui rendre visite chez lui. Il était serein. Il est parti en douceur, entouré des siens. On se doutait que ça s'en venait. Ça faisait trois mois qu'il était alité, qu'il ne se levait plus. Depuis lundi, on lui donnait de la morphine pour calmer la douleur.»

Pour le septuagénaire, le disparu était beaucoup plus que le joueur étoile dont la disparition a secoué le Québec. De hockey, de statistiques, des nombreux trophées et coupes Stanley, il n'en sera jamais question avec le journaliste du Soleil. «C'était mon frère, tout simplement...», lance-t-il, les yeux dans l'eau, au sujet de celui qui a quitté Victoriaville à 18 ans pour amorcer une carrière avec les Citadelles de Québec. «Un homme sincère, droit, respectueux. Sa parole valait pas mal plus que les signatures d'aujourd'hui. Quand il promettait quelque chose, il le faisait.»

Guy Béliveau se remémore ses hivers à jouer au hockey, sur la patinoire aménagée derrière la maison familiale, rue Notre-Dame, aujourd'hui disparue. Tous les gamins du quartier accouraient pour s'amuser du matin au soir. Le talent de son grand frère était déjà évident. «Disons qu'à 10, sur une petite patinoire, il était capable de tricoter...»

Un athlète hors du commun

À Victoriaville, ils étaient nombreux à porter le deuil mercredi. Tôt en journée, les drapeaux ont été mis en berne devant les édifices municipaux. Sur le compte Twitter de la Ville, ces quelques mots : «À la mémoire de Jean Béliveau, un gentleman et un des plus grands hockeyeurs de sa génération.»

«À Victo, tout le monde a son histoire sur Jean Béliveau», laisse tomber l'ex-rédacteur en chef du Soleil, Raymond Tardif, retourné vivre dans sa ville natale il y a deux ans. «C'était un homme qui avait le sens de l'honneur.»

Même si l'ex-joueur étoile du Canadien est né à Trois-Rivières, c'est à Victoriaville que Béliveau a vécu son enfance et son adolescence. À l'âge de six ans, il entrait à l'école Saint-David, avant de poursuivre ses études à l'Académie Saint-Louis-de-Gonzague, où son talent sur la glace a pris son envol. À 18 ans, après des études au Collège de Victoriaville et une carrière fructueuse avec les Tigres, il met le cap sur Québec.

Réal Boutet l'a connu alors qu'il fréquentait l'Académie, tenue par les Frères du Sacré-Coeur. «Je l'ai connu à 10 ans. J'étais trois ans plus jeune que lui. Il a joué pour les Panthères de Victoriaville, une ligue de hockey intermédiaire. C'était le meilleur joueur de la gang, un athlète hors du commun, un bon joueur de balle aussi. On vient d'en perdre un grand...», lance l'octogénaire, le regard fixé sur une vieille photo accrochée au mur d'une pièce tapissée de coupures de presse.

M. Boutet se souvient d'avoir croisé Béliveau après un match des As de Québec. «Il parlait avec du grand monde, mais il m'a envoyé la main et a pris le temps de venir me parler. Il est toujours resté simple, avec les deux pieds sur terre.»

Un gentleman

Grand collectionneur d'objets liés au «Gros Bill», Rolland Croteau a appris la triste nouvelle en ouvrant son téléviseur, tôt mercredi matin. Il ignorait alors l'identité du personnage dont on faisait l'apologie. 

«J'entends l'animateur dire qu'en haut, on a besoin de bons joueurs de hockey. J'ai pensé à Gordie Howe ou Jean Béliveau. Lorsqu'il a dit que Gilles Tremblay [le commentateur de La soirée du hockey décédé la semaine dernière) était venu chercher son joueur de centre, j'ai alors compris...»

Dans le sous-sol de l'homme de 70 ans, une panoplie de magazines, de rondelles, de cartes, de scrapbooks et d'autres objets témoignent de son attachement pour le joueur vedette. «Tant que je vais être debout, jamais je vais me débarrasser de ma collection, jamais.»

Or, dans son cas, collectionneur ne signifie pas connaisseur de mille et une statistiques sur son idole, loin s'en faut. M. Croteau ne connaît ni la date de son premier but dans la LNH, ni son nombre de filets en carrière, pas plus que l'équipe contre laquelle il a compté son 500e but.

«Moi, c'est l'homme que j'ai admiré. Sur la glace, avec ses feintes et son coup de patin que plusieurs trouvaient relâché, mais surtout hors de la glace. C'était un gentleman.»

Gilbert Perreault devant le Pavillon Jean-Béliveau, à Victoriaville. ... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 2.0

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Gilbert Perreault devant le Pavillon Jean-Béliveau, à Victoriaville. 

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L'idole de jeunesse de Gilbert Perreault

L'ex-joueur étoile des Sabres de Buffalo, Gilbert Perreault, a appris la mort de son «idole de jeunesse» en fin de soirée mardi, devant son petit écran, après avoir regardé le match Pittsburgh-New Jersey. «Même si on savait qu'il était malade, tu ne t'attends jamais à une nouvelle comme ça.»

Rencontré en fin d'avant-midi, mercredi, au pavillon Jean-Béliveau, un petit aréna inauguré en 1962, Perreault n'a pas caché son admiration pour le disparu, de 19 ans son aîné. «Jean était une grande personnalité. Il a été impliqué dans toutes les organisations. Il a été un modèle pour toute ma génération. Je pense à des gars comme Marcel Dionne et Guy Lafleur. On essayait tous de le copier.»

À Victoriaville, les noms de Jean Béliveau et de Gilbert Perreault sont intimement liés. Les deux hockeyeurs ont tenu pendant 18 ans un tournoi de golf caritatif portant leur nom. L'évènement, qui a fait courir les personnalités et les foules dans la municipalité des Bois-Francs, a connu sa dernière édition en 1989.

La dernière rencontre entre les deux hommes a eu lieu il y a une dizaine d'années, à Trois-Rivières, à la faveur d'une soirée pour célébrer les 75 ans de l'ex-joueur du Canadien Jean-Guy Talbot.

Un moment unique

Premier choix au repêchage amateur de 1970, après une brillante carrière avec le Canadien Jr, Perreault se souviendra toute sa vie du premier match local de la nouvelle franchise des Sabres. Le Canadien et un certain Jean Béliveau étaient les visiteurs. Un moment unique pour le jeune joueur de

20 ans qu'il était et qui, comme son idole, a passé toute sa carrière professionnelle avec la même équipe. Au final, Perreault s'est permis de devancer son idole par cinq buts (512 contre 507).

«Jean a toujours été un gars en forme. Il faisait extrêmement attention. Je crois qu'il aurait pu continuer une couple d'années, surtout que dans ces années-là, on jouait moins de matchs qu'aujourd'hui», termine le hockeyeur de 64 ans.

Jean Béliveau: un ancien des As raconte

Une chanson de 1956 en l'honneur de Jean Béliveau

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