Jean Béliveau: «le coeur gros comme le pont de Québec»

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Jean Béliveau discute avec quelques admiratrices alors qu'il portait les couleurs des As de Québec en 1951

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Stéphanie Martin
Le Soleil

(Québec) Québec est en deuil de son roi. Celui qu'elle a acclamé, admiré et aimé et pour lequel elle a même bâti un château. L'histoire d'amour entre la capitale et le grand Jean Béliveau a débuté en 1949 et ne s'est jamais atténuée. Retour sur le passage de cet homme au «coeur gros comme le pont de Québec».

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Quand Jean Béliveau parlait aux enfants, comme aux joueurs de cette équipe de hockey mineur de Sillery en 1981, ceux-ci avait les yeux ronds. 

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Jean Béliveau a connu une glorieuse carrière avec le Canadien de Montréal, pour lequel il a joué pendant 20 saisons, dont 18 complètes, remportant pas moins de 10 coupes Stanley. Mais c'est à Québec qu'il a fait d'abord sa marque dans le hockey, avec les Citadelles et ensuite avec les As. Son décès mardi a ravivé le souvenir de ses années passées dans la ville.

Automne 1949. La Ville de Québec construit en quatrième vitesse un Colisée tout neuf. L'aréna qui logeait les Citadelles a brûlé en mars et la venue annoncée d'une nouvelle recrue prodigieuse fouette les autorités, qui ont bien l'intention de permettre aux Citadelles d'entreprendre leur nouvelle saison dans leur nouvel édifice. Les citoyens de Québec prient pour que leur sport national survive à ce coup du sort.

C'est dans cette atmosphère survoltée que Jean Béliveau pose les pieds à Québec cette année-là. Le jeune homme de 18 ans quitte son patelin de Victoriaville par un jour morne et neigeux de décembre pour aller chausser les patins avec les Citadelles. «Fais de ton mieux, Jean. Ça suffira», lui dit son père, Arthur, avant de le laisser monter dans l'autobus. «Je n'aurais pu prédire à quel point j'allais m'attacher à cette ville lorsqu'en 1949 elle m'arracha à mon domicile et à ma famille», écrit Béliveau, des décennies plus tard, dans ses mémoires. 

C'est sur le boulevard Saint-Cyrille, devenu René-Lévesque, que le jeune hockeyeur pose ses valises. Chez la famille Paquette, qui tenait pension. Ses coéquipiers, Milt Pridham, Dave O'Meara et lui y louent chacun une chambre. Le garçon de Victoriaville est dans ses petits souliers devant ses deux cochambreurs anglophones, lui qui ne parle pas un mot de la langue de Shakespeare. Il soupçonne d'ailleurs le directeur des opérations des Citadelles, Roland Mercier, de l'avoir volontairement placé dans cette situation pour l'inciter à apprendre plus rapidement. 

Avide d'apprendre

Fernand «Butch» Houle, qui a côtoyé Béliveau lors de son passage avec les As deux ans plus tard, se rappelle d'ailleurs de son coéquipier comme d'un jeune homme avide d'apprendre. «C'est un gars qui s'est formé lui-même. Il ne parlait pas anglais. Il a appris et il a suivi des cours de diction pendant quelques années. Il a fait l'effort.»

Quand il ne lit pas tranquillement dans sa chambre, le jeune homme timide sort marcher de longues heures, arpentant les rues de Québec. Il fréquente assidûment le salon de coiffure Giguère, sur Crémazie, la pharmacie Soucy au coin de Cartier et un petit restaurant près de Grande Allée. Doucement, il apprivoise Québec et chasse la nostalgie de la maison. Avec ses coéquipiers et amis, il passe du bon temps au Coronet, Chez Émile, au Baril d'huîtres et Chez Gérard. 

Initiation aux médias

Jean Béliveau ne tarde pas à soulever les foules grâce à ses exploits dans le Colisée, qui sera même surnommé le Château Béliveau. Sa popularité lui confère une aura qui ne tarde pas à attirer les propositions d'affaires. Ainsi, le grand joueur est remarqué par la Laiterie Laval, qui en fait son porte-parole. Pour 3000 $ par année, il devient le représentant de la compagnie, s'initiant aux relations publiques et aux médias, mais s'attirant surtout l'admiration béate des enfants. Imaginez, Jean Béliveau, qui se promène en voiture dans les rues de Limoilou, un congélateur installé dans le coffre arrière de sa voiture, et distribuant des friandises glacées aux gamins déjà époustouflés de rencontrer leur idole en dehors du Colisée.

«Un type qui ferait cela aujourd'hui se ferait évidemment arrêter. Mais dans les années 50, il y avait encore de la candeur et de la confiance en ce monde», écrit le hockeyeur dans ses mémoires. 

L'association de Béliveau avec la Laiterie Laval le mène aussi à une participation à une émission radiophonique, Les jeunes talents, sur les ondes de CHRC. Elle est enregistrée devant des élèves de septième année de Québec. L'animateur de l'époque, Benoit Thibault, se remémore aujourd'hui cette belle complicité avec son invité hebdomadaire. «Il était remarquable par sa simplicité. Il était chaleureux, facile d'approche. Il ne jouait pas à la vedette. Ça facilitait beaucoup les contacts. Je garde l'image d'un homme très simple, au sommet de la distinction.» 

Évidemment, quand il parle aux enfants, ceux-ci ont les yeux ronds. D'autant que le grand hockeyeur fait tirer de la crème glacée, des bâtons et des billets pour les Citadelles. 

L'étincelle

Pour Jean Béliveau, c'est donc l'amour des partisans, mais aussi l'amour tout court qu'il trouve à Québec. La jolie blonde lui est présentée par des amis au manoir Saint-Castin du Lac-Beauport. Parmi ses nombreuses qualités, le jeune homme apprécie particulièrement le fait qu'Élise Couture ne connaît absolument rien au hockey! Entre les deux, l'étincelle ne tarde pas à briller. Il faudra par contre un certain temps avant que la jeune femme n'avoue à sa famille sa nouvelle fréquentation, puisque sa mère n'est pas très chaude à l'idée de voir sa fille au bras d'un joueur de hockey.

Après ses deux années chez les Citadelles, Jean Béliveau passe chez les As de Québec, où il reste même une année supplémentaire, histoire de remercier les gens de Québec qui l'ont tant adulé. L'équipe le lui rend bien en lui faisant cadeau d'une rutilante voiture. 

Au sommet de sa gloire dans la capitale, «Jean Béliveau était si populaire que chaque fois qu'il faisait un tour du chapeau, les marchands locaux lui offraient des complets, des chapeaux et des chemises, sans compter le repas du midi avec steak au menu. La décapotable que lui avaient offerte les As portait le numéro d'immatriculation 2B. Celle du premier ministre de l'époque, Maurice Duplessis, arborait le 1B. C'est dire l'importance du personnage», écrit Michael McKinley dans Hockey : la fierté d'un peuple.

Prêcher par l'exemple

Dans la chambre des joueurs, Jean Béliveau ne déplace pas beaucoup d'air, mais il prêche par l'exemple, se souvient Fernand Houle. «C'était un grand monsieur, un homme hors de l'ordinaire. Il était toujours à sa place et il ne poussait jamais pour prendre la tête. Quand on l'a nommé capitaine à Québec, il ne voulait pas! On lui a dit : "Prends-la, la job, on va t'aider".»

Même après avoir quitté Québec pour répondre à l'appel du Grand Club, il y est revenu souvent, s'y sentant comme chez lui. Chaque fois, il conservait ses habitudes, logeant à l'hôtel le Concorde, où il demandait toujours la même chambre, raconte Fernand Houle. 

En 2011, le grand numéro 4 avait généreusement accepté d'accorder une entrevue au Soleil, quelques semaines après avoir subi deux opérations qui l'avaient laissé affaibli. Mais pour lui, parler de ses premières amours à Québec était toujours un plaisir. Et pour aider des organismes caritatifs, il répondait toujours présent, rappelle son ami «Butch».

«Il ne se plaignait jamais. Ce n'était pas un bonasse. C'était une bonne personne. 

Il était apprécié et il aimait faire plaisir. Il avait un coeur gros comme le pont de Québec.»

Jean Béliveau: un ancien des As raconte

Une chanson de 1956 en l'honneur de Jean Béliveau

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