Quand Claude Larochelle écrivait sur Jean Béliveau

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Jean Béliveau en compagnie de Claude Larochelle (au centre)

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Jean Béliveau (1931-2014)

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Jean Béliveau (1931-2014)

Le Canadien est endeuillé par la perte d'un des meilleurs joueurs de son histoire et de son plus fidèle ambassadeur, Jean Béliveau, qui est décédé le 2 décembre. »

Le Soleil

(Québec) Dans une chronique publiée le samedi 8 mai 1993, Claude Larochelle, directeur des pages sportives du Soleil pendant trois décennies, résumait à sa façon la carrière et l'impact de Jean Béliveau. En plus de couvrir les faits d'armes de l'ancienne gloire du Canadien, M. Larochelle, lui-même excellent hockeyeur, a eu la chance d'évoluer en sa compagnie chez les Citadelles de Québec à la fin des années 40 et au début des années 50. Voici son texte...

Près de trois heures dans les bureaux de Jean Béliveau au Forum cette semaine, en compagnie des confrères Yves Poulin et Jacques Drapeau de notre journal.

Même si mes deux confrères avaient été prévenus, ils ont quand même été surpris par son incroyable disponibilité, mais aussi par sa capacité à discourir sur les sujets les plus divers.

Rentrant dans son bureau, Béliveau devait m'indiquer sur le mur une photo de l'équipe des Citadelles de Québec de 1950-1951. «T'es là quelque part sur cette photo, ça doit te rappeler quelques souvenirs», fit-il avant de gagner la table de travail qu'il va quitter de façon définitive à la fin d'août.

Comme coéquipier de Béliveau dans le hockey junior, c'est le souvenir d'un magicien de 19 ans soulevant une telle passion dans le peuple de Québec que je n'ai jamais rien vu de tel par la suite.

Béliveau est arrivé à Québec en 1949 en même temps qu'on inaugurait le Colisée, cette folie des grandeurs du maire Lucien Borne, disaiton à l'époque. Beaucoup trop grand avec ses 10 000 sièges, proclamaient les esprits timides. Mais dès ses premières sorties, le gars venu de Victoriaville provoquait un tel impact que le Colisée se remplissait de foules de 12 000 et 13 000 partisans bien supérieures aux prévisions.

Un soir d'avril 1951, pour un match de la finale de l'Est pour la Coupe Memorial contre les Flyers de Barrie, on avait entassé 16 606 spectateurs dans le palace du maire Borne.

Il n'y avait pas de télévision dans le temps et le grand joueur de centre, qu'on surnommait le «Gros Bill», exerçait une fascination frôlant la folie. Ce dont je me souviens en particulier. À 19 ans, Béliveau avait déjà acquis un équilibre lui permettant de faire la part des choses. Et c'était remarquable de le voir circuler dans la ferveur populaire avec une disponibilité et une simplicité désarmantes.

Et autre caractéristique : sa passion pour les livres. Avec quatre clubs de hockey junior à Montréal, dans ses nombreuses randonnées en train, le grand Jean était toujours plongé dans un bouquin. Passion qui ne l'a jamais quitté. Il a dévoré une tonne de livres sur tous les sujets.

Pas étonnant avec de telles disponibilités qu'il soit devenu un homme d'envergure. À un point tel qu'il aurait pu occuper tous les postes avec le Canadien de Montréal : entraîneur, directeur général, président. Postes qu'il a tous déclinés. Il s'en explique au cours du long entretien. Il se sentait d'une autre mission. Mais ce refus m'a toujours étonné.

Captivant à écouter le grand Jean, mais toujours diplomate. C'est clair pour les observateurs du temps qu'il a été contraint après quatre ans de quitter le Colisée pour le Forum par une manoeuvre du directeur général Frank Selke du Canadien, qui possédait les droits professionnels sur lui.

Grâce à un travail de coulisses, la Ligue Senior du Québec, un circuit amateur comprenant les As de Québec, était devenue subitement la Ligue Professionnelle du Québec.

Mais aujourd'hui, le grand Jean préfère avancer une explication fort plausible avec une vue de recul. C'est qu'à 22 ans, l'heure était venue pour lui de mettre son talent à l'épreuve dans le circuit majeur. C'était la décision à prendre, en effet. Mais avait-il le choix, surtout qu'il avait perdu certains appuis à Québec.

Campbell se fâche

Mais la question intéressante, surtout pour les amateurs qui ne l'ont pas vu à l'oeuvre, est celle-ci. Quelle était la force de Jean Béliveau sur la patinoire par rapport aux autres grands de ce sport, les Richard, Orr, Howe, Hull, Lafleur, Gretzky, Lemieux ?

Il était tout simplement fabuleux. À un point tel qu'il avait tout simplement sorti de ses souliers l'ex-président de la LNH, Clarence Campbell, un homme de stature aux jugements éclairés. Campbell n'admettait pas facilement cette adulation envers Wayne Gretzky évoluant dans un circuit à 21 clubs. Gretzky c'était peu à côté du grand Jean. Un jour il avait apostrophé un groupe de journalistes.

«Ceux qui me parlent du jeune Gretzky accomplissant des choses extraordinaires n'ont sûrement pas vu Jean Béliveau à l'oeuvre. Voilà un colosse capable d'occuper toute la patinoire, de maîtriser le jeu avec des feintes qu'on ne reverra peut-être jamais. Pour moi, ce sera toujours Jean Béliveau.»

Clarence Campbell n'a pas eu l'occasion de voir Mario Lemieux, un autre colosse aux élans irrésistibles derrière un physique impressionnant et des feintes imparables.

Et justement, cette semaine, le grand Jean nous parlait de ce but de Mario Lemieux à Québec, accélérant, coupant au filet et protégeant la rondelle, Mats Sundin agrippé à lui.

Un but classique. Et bien Jean Béliveau était le Mario Lemieux de son temps. Un homme doublé d'une générosité exceptionnelle constamment préoccupé par ses semblables. Un vrai de vrai.

Claude Larochelle

Jean Béliveau: un ancien des As raconte

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