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Matthieu Dugal
Matthieu Dugal

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Dans une biographie de Galilée qu'on peut trouver dans toute bonne librairie (et dans certaines mauvaises aussi, il paraît) nous avons appris l'an dernier que le savant italien avait trouvé une astuce digne des plus grands joueurs de poker (lui-même participait régulièrement à des tournois à Las Vegas) pour financer ses recherches sur la lunette astronomique, une invention qu'on lui doit.

Les hommes politiques n'aiment pas nécessairement la science, c'est bien connu. Ou alors ils l'aiment seulement des fois. Il faut qu'elle fasse leur affaire. On peut dès lors imaginer le haussement d'épaules politique digne d'un enfant-roi exaspéré lorsque Galileo Galilei voulut obtenir un peu d'argent pour financer une chose aussi inutile que la science fondamentale du ciel. À la fin du mois d'août 1609, il décida de faire monter une poignée de sénateurs vénitiens ainsi que le doge lui-même en haut d'une tour (le Campanile) afin de leur montrer ce que la noble lunette, qui a tracé à sa manière la voie vers la conquête spatiale, permettait de faire. Il ne leur a pas montré les étoiles. Il a plutôt pointé la lunette vers... la ville voisine. Coup de théâtre : les politiciens découvrent qu'ils peuvent espionner sans vergogne leurs voisins de Murano. Et voilà : financement assuré.

Application militaire à ses débuts (on ne sait pas encore si André Drolet y était cependant), le Web a malencontreusement permis d'une certaine manière l'émancipation de l'individu. Ce n'était pas dans le plan. Aujourd'hui, au Canada, conformément aux volontés de Pierre Elliott Trudeau, l'État n'a plus rien à faire dans les chambres à coucher. Mais il est dans votre courriel. Et il ne s'en prive pas, aidé en cela par l'analphabétisme numérique d'une grande partie de la classe politique qui ne semble avoir aucune idée des enjeux numériques qui, littéralement, enserrent les citoyens de plus en plus. Ce n'est d'ailleurs pas anodin que la fameuse NSA, tant décriée par Edward Snowden, relève directement du Pentagone.

En entrevue hier en France à l'invitation d'Amnistie Internationale, le célèbre lanceur d'alertes a entonné à ce sujet son credo habituel, qu'on n'entend jamais trop : «À partir du moment où ces programmes de surveillance ont commencé à fonctionner, on a été écartés du fonctionnement même de notre démocratie. [...] Je ne veux pas changer le monde ni la politique de mon gouvernement, je veux seulement qu'on soit dans une démocratie représentative.» Il est d'ailleurs quand même assez ironique qu'au moment où on n'a jamais autant parlé de «gouvernement ouvert» au Québec, ce sont surtout les murs de nos maisons qui sont maintenant transparents pendant qu'on oublie lentement la commission Charbonneau, tel que convenu.

Et c'est là qu'arrive un justicier (qui ne se considère même pas comme tel). Il ne ressemble pas à Chuck Norris, plutôt au frère de Pierre Lambert, Hugo, dans le premier Lance et compte (c'est une blague). Son nom? Nadia Kobeissi. L'équipe du Flâneur a pu assister avec une joie non dissimulée hier à une conférence de ce jeune génie de la cryptographie, cette branche des mathématiques qui s'intéresse aux méthodes qui peuvent rendre vos documents et vos conversations sur Internet parfaitement illisibles par des tiers, dont un paquet de gens qui n'ont rien à y faire. Nous vous en avions déjà parlé il y a deux ans, alors qu'il venait de mettre au point un logiciel de clavardage cryptographié, Cryptocat.

Son objectif aujourd'hui? Il est en train de mettre la dernière main à un programme qui pourrait révolutionner la communication sécurisée sur le Web : Peerio. Hybride entre une application de courriel et un service de stockage en ligne comme Dropbox, Peerio veut rendre, selon les mots de son créateur, la communication privée facile. Jusqu'ici, vouloir se soustraire aux regards inquisiteurs relevait de l'exploit. Kobeissi veut rendre cela aussi facile que de cliquer sur «J'aime».

Selon lui, il est temps qu'on donne aux gens des solutions faciles pour pouvoir bénéficier d'une vie privée digne de ce nom. Évidemment, ce ne sont pas toutes nos conversations qui ont besoin d'être protégées, mais, selon lui, on doit offrir la possibilité d'avoir de vrais murs quand on habite dans une maison de pixels. Aujourd'hui, le simple fait de se télécharger des programmes comme TOR (qui permettent d'accéder à des sites non indexés sur le Web) suffit à faire de vous un terroriste potentiel aux yeux des autorités. Le pari de Kobeissi avec Peerio, c'est qu'il y aura tellement de gens qui vont télécharger son programme (qui sera offert gratuitement) qu'on ne pourra plus soupçonner personne, parce que tout le monde sera suspect (ce qui est de toute façon déjà le cas actuellement).

Oubliez donc Dropbox, iCloud ou Googledrive, le jeune Montréalais de 23 ans (qui s'envole dans quelques semaines pour entamer un doctorat à Paris) ne croit pas à la sécurité de ces services. Il assure que le chiffrement de Peerio sera supérieur à tout ce qui existe sans exiger une minute de formation de plus à ceux qui voudront l'utiliser. Sera-t-il racheté par Google? De son propre aveu, l'argent (et Google) ne l'intéresse pas. Le désintéressement est parfois plus payant que le profit, et il profite à plus de gens.

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