Génération «like»

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Imaginons donc un instant ce à quoi pourrait ressembler la photo la plus «likée» de l'histoire du Facebook québécois : Véronique Cloutier avec ses enfants et Louis Morissette annonçant une nouvelle naissance, avec en arrière-plan Matthieu Bonin qui tient un chaton Scottish Fold.

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Matthieu Dugal
Matthieu Dugal

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Sur Facebook, tout le monde veut faire comme Véronique Cloutier, ou presque. Comprenons-nous bien, tout le monde ne veut pas être Véronique Cloutier, mais tout le monde, à part quelques égarés, aspire à devenir cette page de personnalité publique qui récolte la manne, cette mousson de reconnaissance, cette tramontane d'amour, qui veut devenir ce Croissant fertile de la postmodernité : une page irriguée par le «like».

(Avant qu'une partie de notre lectorat n'enfourche son destrier de croisé contre cet impur anglicisme, nous voudrions préciser ici que nous utiliserons dans cette chronique le mot «like» plutôt que le «j'aime», tout cela à des fins de représentativité de cette génération dont on vous parle ici justement et que nous nommerons pour les besoins de la cause la «génération like»). Voilà.

La «génération like» est composée d'individus qui pourraient facilement troquer la vie de colon martien cacochyme avec l'assurance de posséder du sans-fil qui aurait le débit du Gange en crue plutôt que de se retrouver en plein centre de Manhattan, entouré de 20 000 de ses congénères, avec juste un corps en santé. (Finalement, on vient d'y penser, et il se trouve que Mars, selon son orbite, est située entre 3 et 22 minutes-lumière de la Terre. Attendre le premier «like» du statut le plus drôle écrit depuis 30 minutes pendant 22 minutes? Cela tuerait notre colon martien cacochyme. Mettons donc la Lune.)

Mais revenons à Véronique Cloutier, dont la page Facebook est au «like» ce qu'un râteau à feuilles est à un guichet automatique éventré. Évidemment, nous ne sommes pas ici en territoire kimkardashien, mais force est d'admettre que près de 10 000 «likes» pour une photo tirée d'une représentation du spectacle qu'elle présente avec son mari Louis Morrissette tient du prodige au Québec. Aux États-Unis, au prorata de la population, une telle photo «vaudrait» au bas mot 400 000 «likes».

Il faut dire qu'on y trouvait aussi ses enfants. Et un enfant vaut toujours beaucoup de «likes». Si nous étions cyniques, nous dirions peut-être que bientôt nos sociétés ne feront des enfants que pour du «like», mais nous ne le sommes pas. N'empêche, l'annonce d'une naissance prochaine sur Facebook est un générateur de clics appréciable. Imaginons donc un instant ce à quoi pourrait ressembler la photo la plus «likée» de l'histoire du Facebook québécois : Véronique Cloutier avec ses enfants et Louis Morissette annonçant une nouvelle naissance, avec en arrière-plan Matthieu Bonin qui tient un chaton Scottish Fold. L'internet québécois exploserait (d'ailleurs si des agences de marketing veulent maintenant nous mettre sous contrat, sachez que vous pouvez nous contacter directement, nous n'avons pas d'agent).

Ce qui nous amène ici à une réflexion digne de Wittgenstein : si tout le monde veut du «like» dans une société où on ne nous a jamais autant répété que tout le monde doit être original et qu'il doit exprimer ses propres émotions au niveau de son vécu, une manière d'atteindre le Saint-Graal de l'original (appelé autrefois «Original au coton») est de justement tenter de publier des choses qui ne récolteront... rien.

Pour ce faire, il faut généralement éviter les suspects usuels : chats, enfants, sentiments en général, vaguebooking, belles photos (de Venise ou de Windhoek), selfies, etc. Tous des usines à «like». Le statut, toujours hautement potentiellement «likable», parce que personnel, est à éviter. Même s'il est mauvais? Oui, parce que c'est rare qu'on n'ait pas assez de bons amis pour nous «liker», ne serait-ce que par pitié. La photo aussi, car, même mauvaise, son potentiel ironique est aussi assez élevé. Et Dieu sait que Facebook aime l'ironie. La musique fonctionne généralement assez mal en termes de «likes», c'est donc porteur. Mais il est difficile de bien jauger une vraie publication qui laissera vos amis authentiquement indifférents. Oubliez évidemment des groupes imbuvables, mais populaires comme Hedley : soit que vous avez des amis qui en écoutent vraiment (et qui aiment aussi probablement la Coors Light Super Ice Frozen Taste, mais sont-ce de vrais amis?), soit vous avez des amis qui trouveront ça drôle que vous mettiez une telle horreur en ligne et qui «likeront» allègrement parce que c'est ironique. Attention aux groupes trop obscurs, aussi : il se trouve peut-être un de vos amis/abonnés qui en est un fan fini et qui en profitera pour vous donner généreusement son seul «like» de l'année.

Conseil du pro? La politique internationale. Les Québécois, c'est bien connu, s'intéressent généralement assez peu au sort du monde (ce n'est pas nous qui l'affirmons, c'est Influence Communication, et ce, année après année). Une publication (sans commentaire évidemment, le commentaire crée du like à partir du néant, car, contrairement à ce que Louis Pasteur disait, la génération spontanée existe), une publication sans mise en contexte, donc, à propos de la politique intérieure turque mettons, a un potentiel d'indifférence totalement viral. Et bonjour l'originalité. Zéro like is the new black.

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