«Friends of science», ennemis de l'intelligence

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Quand on s'obstine sur une chicane territoriale, on ne remet pas en question la notion de rotondité de la Terre. Le même raisonnement devrait-il faire partie de nos débats sur le climat?

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Matthieu Dugal
Matthieu Dugal

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) «Il n'y a aucune honte à ne pas savoir. Les problèmes surviennent lorsque la pensée irrationnelle comble le vide laissé par l'ignorance.» - Neil deGrasse Tyson.

Il y a dix mille raisons d'adorer la série de vulgarisation scientifique Cosmos (qui vaut à elle seule un abonnement à Netflix). Parmi celles-ci, il y a certes la débauche de technologie et d'effets spéciaux utilisés pour rendre digeste la compréhension de phénomènes complexes, mais il y a aussi le formidable talent de communicateur de Neil deGrasse Tyson, un astrophysicien, qui décrit l'histoire de l'univers d'une manière aussi passionnée qu'intelligible. Et, devrions-nous ajouter, scientifique.

Ah oui, et Neil deGrasse Tyson y fustige aussi les climato-sceptiques, beaucoup moins drôles que leur équivalent dans le domaine de l'apéro : les Clamato-sceptiques (au Flâneur, nous trouvons que cette blague est vouée à un brillant avenir). Comme 99,9 % de la communauté scientifique donc (c'est une image), Neil deGrasse Tyson énonce dans sa série ce que les faits nous enseignent (notez qu'il ne s'agit pas ici d'opinion, nous ne sommes pas dans ce domaine tant prisé des réseaux sociaux du «moi j'pense que») : l'activité de l'homme est à l'origine d'un réchauffement climatique jamais vu. Un réchauffement si important que le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen a proposé il y a 12 ans que l'on nomme une nouvelle ère géologique pour décrire ce phénomène inédit : l'anthropocène. Cette dénomination fait encore cependant l'objet de débats. Mais pas le climat.

C'est dans le contexte politiquement chargé du débat autour de la possible construction d'un oléoduc au Québec qu'un groupe au nom clownesque (étant donné ses positions) a fait son apparition la semaine dernière au Québec : «Friends of Science». Tout le monde a vu ce panneau publicitaire risible (rappelons encore ici que la question du réchauffement du climat ne relève plus, depuis belle lurette, du domaine de l'opinion) où l'on peut lire : «Le soleil est le principal facteur du changement climatique. Pas vous. Pas le CO2.» Aussi bien lire un créationniste qui s'exprimerait à propos de l'apparition de la vie sur Terre : la vie est trop courte pour se taper ça.

Les réseaux sociaux sont de formidables accélérateurs de l'ère du temps. De grands égalisateurs aussi. L'évidence scientifique construite au long des siècles peut y être défiée par le premier lobbyiste qui doit tout à une industrie polluante. Une industrie peut-être importante, peut-être essentielle pour l'économie, mais polluante.

Il serait trop long ici d'expliquer comment se créent les consensus scientifiques, mais il serait peut-être une bonne idée, pour que les débats se fassent dans des conditions optimales, qu'on puisse éviter d'avoir à se battre sur des choses qui devraient faire partie des acquis. Quand on s'obstine sur une chicane territoriale, on ne remet pas en question la notion de rotondité de la Terre. Le même raisonnement devrait-il faire partie de nos débats sur le climat?

Contrer l'ignorance

Autres questions : les scientifiques sont-ils assez présents sur les réseaux sociaux pour contrecarrer ces discours ignorants? Un rapide tour sur le mot-clic #friendsofscience (créé pour contrecarrer les élucubrations du groupe albertain à l'origine du panneau publicitaire) permet de constater que ce n'est pas le cas. Il y a bien Binh An Vu Van, présidente de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, qui a publié un texte à ce propos hier (ainsi que notre collègue au Soleil Jean-François Cliche sur son blogue la semaine dernière), mais il faut avouer que les scientifiques qui montent au créneau dans ce dossier ne sont pas légion. En faudrait-il davantage pour contrer ces discours de désinformation? Poser la question...

Surtout que la rhétorique climatosceptique n'est pas la plus difficile à contrer. On ne compte qu'un seul scientifique climatosceptique au Québec : Raynald Duberger, un géologue retraité de l'UQAC, quelqu'un à qui certaines radios de Québec donnent un temps d'antenne appréciable. Ah oui, il y a aussi Jacques Brassard, ex-ministre péquiste dont la culture scientifique semble, au mieux, parcellaire. De l'autre côté? L'ensemble de la communauté scientifique internationale. Juste ça. Le doute et la remise en question font partie du processus de la science, et d'une discussion saine. Mais on s'en voudrait tout de même de ne pas citer le philosophe Emmanuel Kant. Il parle des deux types d'ignorance : l'ignorance de celui qui se sait ignorant (la bonne selon lui) et l'autre : «celui qui est ignorant sans apercevoir les raisons des limites de l'ignorance et sans s'en inquiéter est ignorant de façon non savante. Un tel homme ne sait même pas qu'il ne sait rien. Car il est impossible d'avoir la représentation de son ignorance autrement que par la science, tout comme un aveugle ne peut se représenter l'obscurité avoir d'avoir recouvré la vue. Ainsi la connaissance de notre ignorance suppose que nous ayons la science et du même coup nous rend modeste, alors qu'au contraire s'imaginer savoir gonfle la vanité.» Humblement vôtre.

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