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La possibilité que les photos de leurs enfants circulent librement sur les réseaux sociaux a de quoi inquiéter plusieurs parents.

AFP, LEON NEAL

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Matthieu Dugal
Matthieu Dugal

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) On tient ici à avertir les trois, quatre amis qu'il nous restera après cette chronique : on vous paie la bière, le vin, le fort, tout ce que vous voudrez (et du bon). Parce que nous allons nous prononcer sur l'avenir de l'amphithéâtre? Parce que nous allons finalement révéler qu'on se plaît bien dans notre diète paléo? Ou au contraire que notre végétalisme nous incite à trouver que la tonte des moutons, c'est le Mal en puissance?

Nous allons plutôt poser quelques questions à propos des yottaoctets (oui, le mot existe) de photos d'enfants qui se déversent chaque jour sur les réseaux sociaux (ce doit être à ce moment que Marie-Antoinette entendit les pas lourds du bourreau s'approcher de l'échafaud). En fait, c'est pas qu'on déteste, ni qu'on aime, on le prend juste comme un fait, comme un cycliste qui se fait insulter parce que c'est un cycliste : c'est là. Tiens, ça nous rappelle Paul Veyne dans nos cours d'histoire, il y a de cela très longtemps : «Les événements ne sont pas des choses, des objets consistants, des substances; ils sont un découpage que nous opérons librement dans la réalité, un agrégat de processus où agissent et pâtissent des substances en interaction, hommes et choses.» Fin de la couche de vernis.

Certains parents, eux, s'inquiètent de la présence de leur progéniture en ligne. Dans un article publié la semaine dernière dans le journal britannique The Guardian et intitulé «Does Sharing Photos of Your Children on Facebook Put Them At Risk?», un ensemble d'experts (dont plusieurs parents) soulignent comment ils sont devenus de plus en plus suspicieux à propos de ce qu'ils publient en ligne de leurs poupons, toujours sans leur consentement, cela va de soi. (Mais bon, nos parents nous demandaient aussi rarement notre avis quand venait le temps de manger nos carottes cuites.) Sauf qu'aujourd'hui, il y a des décisions qui impliquent plus que de courir le risque d'avoir un supplément vitaminique. Cette implication prend donc de nos jours la forme d'un mot dont on se demande d'ailleurs s'il voudra encore dire quelque chose dans 10 ans : l'anonymat.

Que restera-t-il des choix que nos enfants voudront faire plus tard si nous décidons de leur vie en ligne souvent 18 ans avant même que la loi lui ne les autorise à s'acheter de la bière? C'est ce que disent en choeur les parents cités dans cet article (dont plusieurs spécialistes d'Internet) et qui sont de plus en plus réticents à mettre du contenu en ligne, même ténu, à propos de leurs enfants. Les questions de vol d'identité (à cause du nom), de sécurité (il semble souvent très facile d'identifier où ils demeurent) et tout simplement de vie privée reviennent souvent. Pour ces parents, que d'aucuns considèrent paranoïaques, il est hors de question que les photos de leurs enfants circulent en ligne. Un journaliste spécialisé en technologie à la BBC affirme d'ailleurs que «lorsque [sa] fille aura 20 ans, elle pourrait fort bien [lui] reprocher d'avoir dévoilé sa vie intime de la sorte». Autre sujet d'inquiétude parmi ces parents branchés? Ils affirment ne pas savoir ce à quoi les réseaux sociaux ressembleront dans cinq ans et que juste ça, c'est une raison suffisante pour appliquer ce qu'ils considèrent comme un sain principe de précaution. Les algorithmes de reconnaissance faciale étant de plus en plus efficaces, il sera bientôt possible de faire des liens entre des photos de bébés et des photos d'adultes et ainsi dévoiler beaucoup plus d'information que celle que l'on serait prêt à mettre en ligne si on a le choix.

Laisser des traces

Évidemment, la notion de vie privée change avec le temps, sauf que la trace qui est laissée en ligne par des réseaux comme Facebook semble agacer les jeunes eux-mêmes. D'ailleurs, leur réseau préféré, Snapchat, laisse beaucoup moins de traces que ceux de leurs aînés. Ce n'est peut-être pas pour rien.

C'est la même logique qui avait d'ailleurs poussé une des grandes figures d'Internet aux États-Unis, la bien nommée Amy Webb, à écrire dans le magazine Slate l'an dernier qu'elle ne publierait jamais de photos de sa fille en ligne. Encore plus radical : elle indiquait dans l'article qu'elle et son conjoint ont même choisi le nom de leur fille en fonction des noms de domaines disponibles (qu'ils ont acheté) en lui créant aussi des comptes sur Facebook, Instagram, Twitter, et même Github. Comptes qu'ils garderaient actifs jusqu'à ce qu'elle devienne assez «mature» (ce sont leurs mots) pour savoir comment s'en servir. Elle précisait également qu'elle faisait aussi souvent du ménage parmi l'info que d'autres pourraient mettre en ligne au nom de leur fille. Amy Webb termine en écrivant que lorsqu'elle sera assez mature «nous lui donnerons l'enveloppe avec tous ses mots de passe à l'intérieur. Elle aura alors tout le loisir de s'approprier son identité numérique, et nous nous assurerons alors qu'elle pourra prendre des décisions informées à propos de ce qu'elle considère comme approprié de révéler, et à qui. Il est inévitable que notre fille deviendra une figure publique, parce que nous sommes tous des figures publiques en cette ère numérique.» Et Webb termine en affirmant qu'elle ne veut pas prendre de décisions en lieu et place de celles, futures, de sa fille.

Mais ce serait si beau si tout cela était simple. Alors, dites-nous, parents qui nous trouvent durs, nous faisons un acte de contrition dans un élan d'extimité : notre soeur adorée qui joue du violon dans l'OSM est actuellement en tournée asiatique et durant la tournée elle fait l'école à son petit gars de neuf ans (un amour) qui, compétences transversales obligent, tient un blogue pour son cours de français. On le met en ligne ou pas? Notre soeur est vraiment une bonne mère, et, franchement, on aime vraiment notre neveu. Nous sommes déchirés.

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