Lapin-Chagrin et les jours d'Elko: avaler les larmes de la guerre

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Lapin-Chagrin et les jours d'Elko

<p>Isabelle Houde</p>

(Québec) C'est l'histoire d'un lapin très spécial. Un lapin qui avale «les larmes, les peurs, et les choses laissées derrière». Mais Lapin-Chagrin et les jours d'Elko, c'est surtout l'histoire d'une famille qui doit fuir son pays à cause de la guerre.

Parler de la guerre dans un album pour enfants? Sylvie Nicolas ne choisit jamais des sujets faciles en littérature jeunesse. L'auteure de Québec a déjà à son actif, entre autres, L'enfant qui tissait des tapis, inspiré de l'histoire vraie d'un jeune Pakistanais, Iqbal Masih, assassiné à 12 ans parce qu'il avait osé briser le silence à propos de l'esclavage des enfants.

«Que des enfants aient à vivre de si grandes tragédies, ça m'émeut toujours autant et ça stimule mon écriture. Lapin-Chagrin se situe dans cette foulée-là», explique l'auteure au bout du fil.

Lapin-Chagrin, c'est d'abord l'histoire d'une rencontre entre Sylvie Nicolas... et son coiffeur, Nermin Grbic. Nermin, son frère Elko et leurs parents ont dû fuir leur Bosnie natale durant la guerre. Une fuite qui les a menés jusqu'au Québec et que Nermin Grbic a confiée par bribes, au fil des rendez-vous, à sa cliente.

Bouleversant et lumineux

En résulte un album à la fois bouleversant et lumineux, au cours duquel Lapin-Chagrin, un ami imaginaire apparu à Nerko (le surnom de Nermin) au premier jour de la guerre, protège et suit la famille à travers tous les autres jours marquant cette fuite : celui des avions, de la grande ville, des tentes bleues, du sac de poubelle noir... La poésie à la fois douce et évocatrice de Sylvie Nicolas et les illustrations de Marion Arbona, toutes en rondeurs et en couleurs neutres, rendent accessible ce sujet difficile.

«Dans la littérature pour enfants, on tente parfois d'effacer ce qui fait peur, ce qui risque de faire pleurer, comme si la tristesse n'existait pas chez les enfants. Ça fait quelques années que j'y réfléchis, et je continue de penser que les enfants sont capables d'en prendre si c'est amené avec une voix et un regard d'enfant», plaide l'auteur, pour qui l'album Lapin-Chagrin revêt une importance particulière à cause de sa relation avec Nermin.

Le principal intéressé admet que ce fut un moment émotif pour lui et sa famille de replonger ainsi dans leurs souvenirs. «C'est vraiment un merveilleux projet, surtout que tout est là. Sylvie m'a offert la chance de faire une biographie de mon enfance avec beaucoup de magie et de lumière. Ils ont même respecté les couleurs de la Bosnie, avec le vert sur la couverture, les poires, Marion (Arbona) a fait un travail formidable», s'enthousiasme Nermin Grbic, pour qui le Lapin-Chagrin, seul personnage inventé, lui rappelle les nuages qu'il regardait parce qu'il n'avait rien d'autre pour s'amuser.

Plus que tout, il apprécie le traitement respectueux de son vécu. «C'est bien de voir que des histoires aussi traumatisantes peuvent donner un objet d'art qui ne tombe pas dans le cliché. C'est un livre unique, je pense. Ça n'a pas de sexe, ni d'âge, ni de race, c'est n'est pas fait pour provoquer mais pour montrer, sans violence, que ces choses-là se passent partout sur la planète», souligne-t-il.

Lapin-Chagrin et les jours d'Elko, texte de Sylvie Nicolas et illustrations de Marion Arbona, d'après le récit de Nermin Grbic. Collection Trouvailles, Éditions Trampoline

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