Apprendre aux enfants à jouer dehors

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(Québec) Lorsqu'on demande à François Cardinal d'évoquer un souvenir d'enfance, il se rappelle le nombre incalculable d'heures passées à jouer dans la forêt derrière chez lui, à Sillery. Lâché «lousse» dans la nature, il partait à vélo dans les sentiers, s'inventait des histoires, grimpait dans les arbres et se faisait des peurs. Aujourd'hui, la forêt en question a été rasée et les heures d'aventure qu'il décrit sont le lot d'un nombre décroissant d'enfants.

François Cardinal ne parle pas «de l'ancien temps». Non, il relate un quotidien d'il y a un tout petit quart de siècle. Pourtant, la réalité a bien changé. «Les enfants ne jouent plus dehors. Ils sont encabanés et l'écart entre ce que j'ai vécu et ce qu'ils vivent est immense», lance d'entrée de jeu l'éditorialiste de La Presse en entrevue au Soleil.

Un constat qui le turlupinait depuis un moment, mais qui s'est avéré encore plus vif lorsque ce père d'un garçon de sept ans et beau-père de deux filles de 11 et 14 ans a déménagé à Saint-Lambert, en banlieue de Montréal. «J'étais avec mon fils et on était seuls dans la rue», relate-t-il. Où étaient tous les enfants? Devant la télé, bien protégés et au chaud, probablement.

Autre déclencheur, la lecture d'une lettre ouverte publiée dans le Daily Telegraph de Londres en 2007. Signé par 270 experts internationaux de l'enfance, ce cri du coeur dressait le constat que les jeunes britanniques ne jouaient plus dehors. «Le jeu - particulièrement à l'extérieur, non structuré et peu surveillé - est vital dans le développement de la santé et du bien-être des enfants», écrivaient-ils pourtant.

Il n'en fallait pas plus pour que François Cardinal ait envie de se lancer dans la recherche pour écrire Perdus sans la nature - pourquoi les enfants ne jouent plus dehors et comment y remédier, un essai fort bien documenté paru au début du mois chez Québec Amérique.

Appuyé sur des entrevues avec des experts et un brin d'expériences personnelles, il dresse un bilan peu reluisant du rapport des jeunes Québécois à la nature. Dans son livre, l'auteur cite le programme Kino-Québec qui soutient qu'aujourd'hui, «la majorité des enfants présentent déjà à 12 ans au moins un facteur de risque de développer des maladies cardiovasculaires, que ce soit l'obésité, une pression artérielle élevée ou un mode de vie trop sédentaire, une carence en termes d'activité physique ou des habitudes beaucoup trop casanières.»

Oui, la télé et les jeux vidéo sont au banc des accusés, mais les causes de cette sédentarité sont beaucoup plus vastes. «Il est difficile de cerner une seule raison, explique François Cardinal. C'est une chaîne continue qui touche le rôle des parents, l'aménagement des villes, le système d'éducation. Dans le fond, c'est une réflexion sur le monde dans lequel on vit.»

En gros, les enfants ne marchent plus assez pour aller à l'école, ont trop peu de temps libres, coincés dans une vie ultra-contrôlée. Bref, les marmots québécois n'ont plus le temps de mettre le nez dehors. Pour jouer, inventer. Pour s'ennuyer, aussi. L'ennui, une denrée rare! «Quand l'enfant s'ennuie, à un moment donné, il va finir par trouver des choses qui le rejoignent, qui l'intéressent. Mais si, au contraire, il n'a pas le temps de s'ennuyer, il ne saura pas comment s'organiser lui-même», note l'ergothérapeute Francine Ferland, cité dans Perdus sans la nature.

Et pour s'ennuyer, exit la télé et les jeux organisés. Mais que faire, forcer les enfants à jouer dehors? «Oui! Laissez-les dehors et barrez la porte», lance François Cardinal dans un éclat de rire au bout du fil. «Ils vont s'ennuyer quelques minutes, mais ils vont finir par avoir l'idée de soulever une roche, de s'inventer un jeu et de découvrir.»

«Dé-granoliser» le mot nature

Et ce «dehors» plein de découvertes n'est pas réservé qu'aux privilégiés qui ont accès à la campagne ou aux grands espaces, insiste François Cardinal, selon qui il faut «dé-granoliser» de mot nature. «Il faut prendre la nature dans son sens le plus large : l'extérieur et le dehors, le plein air, la cour arrière, la ruelle et l'espace vert. Un enfant peut retirer des bénéfices en jouant à la marelle sur le trottoir, en apprenant les différentes espèces d'arbres ou en se «perdant» dans un boisé à proximité», écrit-il.

Des gestes tout simples, mais qui, soutient l'auteur, contribuent à faire prendre conscience aux jeunes du monde qui les entoure. «Certains enfants de Montréal n'ont jamais vu des carottes autrement que coupées et emballées dans des sacs!» illustre-t-il. Comment, alors, vouloir protéger la nature quand on n'y connaît rien? demande celui qui était jusqu'à récemment journaliste spécialisé en environnement? «Les jeunes d'aujourd'hui connaissent tous les enjeux de recyclage et les effets catastrophiques des changements climatiques, dit-il. Mais il ne faut pas les endoctriner, il faut plutôt leur ouvrir les yeux aux beautés de la nature.» À bon entendeur, salut! Maintenant, tout le monde dehors!

FRANÇOIS CARDINAL. Perdus sans la nature - pourquoi les jeunes ne jouent plus dehors et comment y remédier, Québec Amérique, 201 p.

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