Chanson francophone: qui a tué ma musique?

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Valérie Lesage
Le Soleil

(Québec) Je ne voulais pas croire au désastre l'automne dernier quand l'ADISQ annonçait que, pour les sept premiers mois de 2008, les ventes de disques au Québec avaient chuté de 15 %. Je plaçais tous mes espoirs dans la période des Fêtes, car 40 % des ventes de disques annuelles se font en novembre et décembre. Comme il y avait plusieurs gros canons qui arrivaient avec des nouveautés - Mes Aïeux, Les Cowboys Fringants, Marie-Chantal Toupin, Dany Bédar, Daniel Boucher et Marie-Élaine Thibert -, il était permis d'espérer un redressement. L'espoir est mort, les chiffres sont tombés, alarmants : il s'est vendu chez nous 15 % moins de disques que l'année d'avant. Cette diminution est la quatrième en autant d'années; la baisse totale entre 2004 et 2008 est de 27 %.

Phénomène rare : aucun artiste québécois n'a franchi le cap des 100 000 albums vendus l'an dernier, alors que depuis le début de la décennie, il y en a eu, selon les années, de un à cinq.Pendant ce temps, les ventes numériques «explosent» avec une croissance de 59 % et 4,1 millions d'unités vendues. Ça paraît beaucoup, mais c'est loin de compenser les pertes ailleurs et le modèle économique de l'industrie menace de s'effondrer.

inquiétant

«Avant, avec un album, un artiste avait des revenus sur 12, 13 chansons, mais si on s'en va vers des achats à la pièce, il ne reçoit plus des dollars, mais des sous... Et alors, il faut beaucoup de volume pour survivre dans un petit marché, donc c'est inquiétant», remarque la dg de l'ADISQ Solange Drouin.

À l'époque du 45 tours aussi, les artistes tiraient leurs revenus de chansons à la pièce, mais ils étaient moins nombreux dans le marché. La baisse des ventes de disques va donc réduire la diversité artistique qui s'est installée au fil des ans. Voyez en France : 16 % moins d'albums de nouveaux artistes ont été lancés dans la première moitié de 2008. En Espagne : un seul nouvel artiste du pays a atteint le top 50 des ventes l'an passé, alors qu'ils étaient 10 cinq ans plus tôt.

Au Québec et ailleurs dans le monde, l'industrie du disque tente de diversifier les sources de revenus afin de compenser les pertes. On établit des partenariats avec les entreprises de téléphonie, on mise sur les jeux vidéos, on produit des DVD, on associe un artiste à une campagne de marketing pour un produit qui vise le même marché. S'il faut en croire Thomas Hesse, un des présidents de Sony, nous verrons bientôt la musique arriver avec des produits de consommation comme des voitures ou des chaînes stéréo, afin que le consommateur puisse vivre une «expérience complète».

«S'il y avait une seule solution pour régler l'ensemble des problèmes, on l'aurait adoptée!» lance Solange Drouin à l'ADISQ.

Le piratage

La vérité, c'est que l'industrie du disque, même si elle déploie des solutions créatives pour faire face à la crise, ne s'en sortira pas toute seule. Elle aura besoin des gouvernements et des consommateurs. Car le nerf de la guerre, c'est le piratage.

Les études évaluent que 95 % des téléchargements sont illégaux. Est-ce que ça peut être pire? Quarante milliards de titres «piratés», juste en 2008, selon la Fédération internationale de l'industrie phonographique. Pensez aux salaires que les créateurs ne reçoivent pas...

Un débat intéressant s'ouvre en France, où le Parlement débattra sous peu du projet de loi Création et Internet. S'il est adopté, les pirates d'Internet seront punis par là où ils auront péché : ils seront éventuellement privés de connexion Internet pendant une période d'un mois à un an, s'ils ignorent les avertissements que leur enverront leurs fournisseurs de services à chaque

infraction.

Peut-être qu'on pourra s'inspirer de la France. On n'a probablement jamais consommé autant de musique dans le monde. Grâce à la technologie, la musique nous suit partout, de l'ascenseur au dépanneur, en passant par l'autobus et le bureau. Alors pourquoi les revenus des artistes devraient-ils dégringoler si notre plaisir croît avec l'usage? Voulons-nous pousser l'absurde jusqu'à tuer la diversité?

Jusqu'ici, la culture de la gratuité a rapporté gros à beaucoup de consommateurs et même à une économie parallèle sur Internet. Mais si les coeurs de pirates assassinent des artistes en les privant de revenus, on mettra quoi dans nos oreilles, sinon quelques tubes planétaires et une tonne de nostalgie?

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