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L'effet placebo et les antidépresseurs

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Des scientifiques soupçonnent actuellement que l'efficacité des antidépresseurs est attribuable à l'effet placebo.

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Yves Dalpé
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Le Soleil

(Québec) Le phénomène du placebo est rigoureusement prouvé scientifiquement. L'explication du succès de beaucoup d'approches en médecine, en psychologie et en religion est la suivante : quand on croit vraiment en quelque chose, cela a l'effet escompté. Dans une recherche datant de plus de 30 ans (voir Sophie Desjardins, dans les références à la fin du texte), on a frotté le bras de 13 étudiants avec des feuilles d'arbre en leur faisant croire que ces feuilles provoqueraient une réaction allergique cutanée alors qu'elles étaient tout à fait inoffensives. Imaginez-vous que tous les étudiants ont eu une réaction allergique. Ce n'est pas tout. Dans un deuxième temps, on a frotté le bras de ces mêmes étudiants avec des feuilles ayant réellement des propriétés allergènes en faisant croire aux étudiants que ces feuilles étaient inoffensives. Résultat : seulement 2 étudiants sur les 13 ont réagi aux feuilles allergènes!

L'effet placebo est tellement efficace qu'on a même réussi des chirurgies cardiaques «placebos» aux États-Unis avant que des raisons d'éthique viennent l'interdire. On a fait une simple incision dans la peau de patients sous anesthésie pour leur faire croire qu'ils avaient subi un pontage coronarien. Et à la suite de cette opération, les patients ainsi bernés n'avaient plus de douleur à la poitrine, la qualité de leur vie était améliorée et leur tolérance à l'exercice telle que mesurée par un électrocardiogramme était renforcée! (voir Blair Justice, dans les références à la fin du texte).

Si vous êtes un fan du réputé scientifique David Suzuki et de son émission The Nature of Things télédiffusée depuis les années 60 à CBC, sachez que le 7 août 2014, le titre de l'émission était celui-ci : «Brain Magic: The Power of Placebo». On y voit des malades chroniques en rémission à la suite de l'effet placebo, des individus soûlés à l'eau parce qu'ils croient boire de l'alcool et des patients guéris de leurs genoux défectueux après une chirurgie placebo!

Or, on soupçonne actuellement que l'efficacité des antidépresseurs est attribuable à l'effet placebo. Des scientifiques comme Irving Kirsch, par exemple, sont très convaincants. Ce chercheur de la faculté de médecine de Harvard affirme : «Peu importe, donc, le médicament, qu'il diminue la sérotonine, qu'il l'augmente ou qu'il n'ait aucun effet sur elle, l'effet sur la dépression est le même.» (I. Kirsch, p. 395). Il va de soi que si la dépression était causée comme on le prétend par une déficience en sérotonine dans le cerveau, l'antidépresseur qui diminue la sérotonine aggraverait la dépression plutôt que de la diminuer. Mais ce qui est le plus révélateur, de toute façon, c'est l'ensemble des données sur les essais cliniques qui ne passent pas réellement le test d'une efficacité supérieure à l'effet placebo.

Mais certains affirment que si les antidépresseurs soulagent les déprimés, pourquoi les priver de cette solution? À cela Kirsch réplique avec justesse que le prix à payer est trop élevé si on considère les effets indésirables des antidépresseurs, qui sont nombreux. Les adultes courent un risque accru d'infarctus et de décès. Les femmes enceintes sont plus exposées aux fausses couches. Et leurs enfants risquent d'être atteints d'autisme, de troubles cognitifs, de malformations congénitales, d'hypertension artérielle pulmonaire persistante et de troubles du comportement. Aussi, les antidépresseurs ont été associés à des idées suicidaires chez les enfants et les jeunes adultes. Le fonctionnement sexuel des adultes est souvent affecté. Plus de 70 % des patients vivent un dysfonctionnement sexuel avec certains antidépresseurs. Sans oublier la prise de poids ou la perte de poids à long terme, la nausée, la diarrhée et l'insomnie. (Ce qui est curieux par rapport à l'insomnie, c'est que 20 % des gens qui en souffrent aux États-Unis reçoivent une ordonnance d'antidépresseurs alors que l'insomnie est un effet secondaire fréquent des antidépresseurs.) Finalement, ce qui ajoute du poids à cette liste désolante, c'est que les antidépresseurs augmentent le risque de rechute après guérison!

Alors, n'est-ce pas une bonne idée de remplacer la confiance aveugle en un produit chimique par la confiance en notre organisme, qui aura la sagesse de rétablir la bonne humeur à la suite de la rectification de pensées, d'attitudes et de comportements?

Références :

S. DESJARDINS. «La recherche le dit», Psychologie Québec, vol. 16, no 6, novembre 1999.

B. JUSTICE. Who Gets Sick, Los Angeles, Jeremy P. Tarcher, 1987.

I. KIRSCH. «Les antidépresseurs : un mythe s'effondre», dans M. Borch-Jacobsen, La vérité sur les médicaments, Paris, Gallimard, 2013-2014.

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