Les troubles de personnalité peuvent disparaître

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Nous avons tous des fragilités physiques et mentales, lesquelles pourront être actualisées si nous vivons des événements difficiles ou si nous baignons dans un environnement affectif défavorable.

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Yves Dalpé
Yves Dalpé
Le Soleil

(Québec) La psychopathologie d'un individu n'est pas immuable, bien au contraire. Elle est en constante évolution. La conception «génétique» des maladies mentales est dommageable. Il y a un grand malentendu à ce sujet. En réalité, nous avons tous des fragilités physiques et mentales, lesquelles pourront être actualisées si nous vivons des événements difficiles ou si nous baignons dans un environnement affectif défavorable. Et, inversement, elles pourront se corriger dans des conditions facilitantes.

Par exemple, un enfant s'adaptera du mieux qu'il peut à son milieu familial dysfonctionnel en développant des attitudes qui le serviront dans cet environnement, mais qui constitueront néanmoins un trouble de personnalité. Devenu adulte, il pourra réviser ces comportements s'il a la chance de vivre dans un environnement positif.

Les troubles de personnalité peuvent donc évoluer avec le temps et avec les situations. Dans des moments particulièrement stressants, comme la perspective d'une séparation conjugale, par exemple, un individu peut régresser à un mode de personnalité moins bien adapté. Au contraire, dans des contextes favorables, la personnalité d'un individu peut progresser vers des niveaux plus élevés de maturité, et ceci de façon durable.

Même si on évalue à environ 10 % seulement le pourcentage des personnes atteintes de personnalité dysfonctionnelle, tout le monde est plus ou moins touché par les grandes erreurs inhérentes à chacune de ces diverses personnalités pathologiques. C'est une question de degré. La sévérité du mauvais fonctionnement de chaque type de personnalité s'étend sur un continuum qui va d'un style de personnalité relativement normal jusqu'au pôle opposé, celui d'une personnalité franchement pathologique. On se retrouve donc tous, plus ou moins, dans l'une ou plusieurs des personnalités dysfonctionnelles inventoriées dans le DSM. C'est pourquoi la plupart d'entre nous peuvent tirer des leçons sur les grands pièges de la vie affective et relationnelle dans lesquels tombent les personnes affectées d'un trouble de la personnalité plus ou moins sévère.

Style de personnalité

J'aime bien la perspective du psychiatre américain Len Sperry1, qui a pris la peine de faire la différence entre ce qu'il appelle un style de personnalité par rapport à un trouble de personnalité. Il conçoit d'ailleurs l'objectif d'une psychothérapie dans cette perspective, celle d'amener une personne à adoucir les traits de sa personnalité dysfonctionnelle pour en faire plutôt un style de personnalité.

Par exemple, les traits pathologiques d'un obsessionnel compulsif peuvent être rigidement ancrés chez un individu. Mais il se peut qu'un contexte favorable comme un mariage particulièrement satisfaisant, un environnement social gratifiant ou un climat de travail agréable l'amènent à se détendre assez pour adoucir sa personnalité. Ainsi donc, il désirera accomplir ses tâches avec le moins de failles possible au lieu d'être perfectionniste au point que cela nuise à l'achèvement de ses tâches. Il sera moins préoccupé par les détails, les règles, les listes, l'ordre, l'organisation, les cédules au point que l'objectif principal de l'activité soit perdu. Il demandera que les choses soient faites «de la bonne manière», mais avec tolérance pour d'autres façons de faire plutôt que d'insister déraisonnablement pour que les autres se soumettent exactement à ses méthodes de travail. Il sera dédié à son travail et travaillera fort sans exagération au lieu de s'y consacrer aux dépens de toute autre activité. Il considérera soigneusement ses décisions et leurs conséquences au lieu de les repousser ou de les éviter. Il adhérera à des principes moraux forts et désirera fermement faire la bonne chose sans être trop consciencieux, soupçonneux et inflexible en matière de moralité. Il mettra un peu d'émotivité dans son travail au lieu de restreindre l'expression de son affection. Plutôt que de manquer de générosité de son temps et de son argent, il sera économe tout en étant capable de partager son abondance.

Nous ne devenons jamais l'opposé de ce que nous sommes foncièrement, mais de petites différences peuvent faire toute la différence. Au point qu'un trouble de personnalité devienne plutôt un style de personnalité avec ses faiblesses, mais aussi ses forces.

1. LEN SPERRY. Handbook of Diagnosis and Treatment of the DSM-IV Personality Disorders, New York, Brunner/Mazel, 1995.

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