Le «sale petit secret» de la sérotonine

Les antidépresseurs sont-ils aussi efficaces qu'on le croit?... (Photothèque Le Soleil)

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Les antidépresseurs sont-ils aussi efficaces qu'on le croit? Plusieurs chercheurs en doutent.

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Yves Dalpé
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Le Soleil

(Québec) Je vous étonne probablement aujourd'hui en affirmant que la théorie du «débalancement chimique» pour expliquer la dépression n'a jamais été fondée scientifiquement et que les porte-parole de la psychiatrie américaine la discréditent maintenant en affirmant que cette «légende urbaine» n'a jamais été prise au sérieux par les psychiatres bien informés (Levine, 2014)! Je sais que ce sujet est très dérangeant pour certaines personnes. En écrivant sur cette question, mon but est d'être utile à mes concitoyens. Malgré ce que vous allez lire plus bas, il reste vrai que plusieurs personnes sont véritablement aidées par la prise de psychotropes.

L'hypothèse actuelle la plus plausible pour expliquer le succès des antidépresseurs est celle du placebo. Lisez à ce sujet, dans le livre La vérité sur les médicaments (2013/2014), le chapitre rédigé par Irving Kirsch, directeur associé du Programme d'études sur le placebo à la Faculté de médecine de l'université Harvard. À l'aide de plusieurs méta-analyses d'essais cliniques sur les antidépresseurs, ce chercheur et son équipe ont découvert, en effet, que l'efficacité relative des antidépresseurs s'expliquait par l'effet placebo. De son côté, Greenberg rapportait en 2010 une recherche sérieuse sur les six antidépresseurs les plus prescrits aux États-Unis pour conclure que les antidépresseurs n'étaient même pas 10 % plus efficaces que les placebos.

Guy Hugnet, ancien cadre commercial et marketing de l'industrie pharmaceutique en France, parlait en 2004 de ce «sale petit secret» concernant l'effet placebo des antidépresseurs en ces termes : «Les fabricants d'antidépresseurs revendiquent une efficacité dans les 70 % des cas, soit à peu près deux personnes sur trois. En réalité, le chiffre est sans doute plus proche d'une personne sur trois. Ce n'est déjà pas si mal, mais c'est également le score moyen du placebo. Kirsch et Moore révèlent que «le peu de différence entre l'antidépresseur et le placebo a été gardé comme «un sale petit secret», connu seulement des chercheurs qui ont conduit les études, des membres de la US Food and Drug Administration et d'un petit groupe de critiques qui ont analysé les résultats et abouti à la même conclusion que nous» (p. 42). Déjà en 1994, Nuland, professeur à Yale University, dénonçait «la théorie du déficit en sérotonine comme étant de la «Junk science [...], une fable psychopharmacologique».

En 2009, Fox et al. parlaient de la fin prochaine de l'ère des antidépresseurs. Ils mentionnaient qu'il s'accumulait une évidence remettant en cause l'efficacité prétendue des antidépresseurs pour traiter la dépression chronique. Selon eux, la communauté scientifique se penchait maintenant davantage sur les inconvénients des antidépresseurs que sur leur efficacité et s'inquiétait de la trop grande prescription des antidépresseurs ainsi que des conséquences négatives de leur consommation.

Je conclurai avec ce cri de l'âme provenant de la France en 1996, celui du professeur de psychiatrie et de psychologie médicale à l'université de Caen, Édouard Zarifian, qui s'inquiétait lui aussi de voir ses concitoyens français sombrer dans la consommation massive de médicaments psychotropes (tranquillisants, hypnotiques, antidépresseurs, neuroleptiques), assistant ainsi à «la médicalisation du moindre vague à l'âme». Une angoisse peut être atténuée, elle revient toujours, écrivait-il en déplorant qu'on entretienne «l'illusion qu'il y a toujours un médicament pour guérir». Lui aussi mettait en doute la pertinence de cette logique des médicaments tout en dénonçant les stratégies de marketing en cause (Zarifian, p. 213).

Dans une prochaine chronique, je vous parlerai de la puissance incroyable de l'effet placebo et des liens avec les antidépresseurs. 

Références

• Fox, R. (2009). Prescriptive Authority and Psychology. American Psychologist. May-June.

• Greenberg, R., (2010). Prescriptive Autority in the Face of Research Revelations. American Psychologist. Février-mars, vol. 65, no 2

• Huguenet, G. (2004). Antidépresseurs : La grande intoxication. Paris. Le cherche midi.

• Kirsch,I. (2013/2014). Les antidépresseurs : un mythe s'effondre. Dans Borch-Jacobsen, M. La vérité sur les médicaments. Paris, Gallimard.

• Levine, B. (5 mars 2014). Psychiatry Now Admits It's Been Wrong in Big Ways. Truthout/ News Analysis: http://www.truth-out.org

• Zarifian, E. (1996). Le prix du bien-être. Psychotropes et société. Paris : Éditions Odile-Jacob.

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