Vraiment bipolaire?

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Darian Leader affirme qu'il a été démontré que les taux de guérison de la maniaco-dépression étaient meilleurs à l'époque prémédicamenteuse, plutôt qu'aujourd'hui, où les diagnostics mènent à un régime de médicaments et, souvent, à un mauvais pronostic.

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Yves Dalpé
Yves Dalpé
Le Soleil

(Québec) Avez-vous remarqué que beaucoup de personnes se déclarent maintenant «bipolaires»? Selon le président des psychanalystes anglais, Darian Leader, nous vivons maintenant à l'ère bipolaire. C'est la nouvelle mode. Ce diagnostic appliqué autrefois à moins de 1 % de la population se retrouverait maintenant supposément à presque 25 % de la population américaine. L'auteur de Bipolaire, vraiment? ironise en affirmant que la question n'est plus de savoir si l'on est bipolaire, mais plutôt quelle sorte de bipolaire on est.

Leader déplore d'ailleurs qu'on conçoive ce trouble comme suivant ses propres règles, formulées de l'extérieur, et qu'on ait «renoncé à l'effort de comprendre le monde du maniaco-dépressif au profit d'une approche visant à contrôler une maladie apparemment biologique. Or, on a pu montrer que les taux de guérison étaient meilleurs à l'époque prémédicamenteuse, alors qu'aujourd'hui un diagnostic de maniaco-dépression conduit presque à coup sûr à un régime de médicaments et bien souvent, à un mauvais pronostic.» (p. 172) Apparemment, la bipolarité serait devenue la priorité des budgets marketing des compagnies pharmaceutiques qui imposent leur vision.  

Au fait, on parle de bipolarité quand une personne alterne entre des épisodes de grandes excitations (appelées épisodes maniaques) et des périodes de dépression. Selon le DSM-5, un épisode maniaque dure au moins une semaine durant laquelle la personne est dans une humeur excessivement expansive, euphorique ou irritable et devient très active et énergique tout en démontrant des symptômes comme une estime de soi élevée de façon inusitée, des pensées fébriles, de la distraction, peu besoin de sommeil, un débit verbal accentué, une augmentation accrue de projets et de l'insouciance. Il y a maintenant toutes sortes de nuances en termes de diagnostics et on peut être un peu bipolaire comme on peut l'être beaucoup. Par exemple bipolaire 1 ou 2, etc. Certaines personnes vivent ce cycle d'un grand haut et d'un grand bas une seule fois dans leur vie tandis que d'autres répètent ce cycle régulièrement. 

Les épisodes d'intense bonheur et de fierté vécus par la personne en phase maniaque apportent malheureusement de graves conséquences. La trop grande confiance en soi, le manque de jugement et la fébrilité extrême peuvent amener la personne à vivre des idées de grandeur, à prendre des risques, à être imprudente financièrement et à vivre de la promiscuité sexuelle. Ceci peut déboucher sur une faillite financière, une perte d'emploi, la perte d'amitiés ou un divorce.

Vulnérabilité génétique

Selon moi, même s'il semble y avoir une vulnérabilité génétique à la bipolarité, celle-ci ne se développe pas sans raison en rapport avec le vécu de la personne. On n'est pas inexorablement «bipolaire» de par sa génétique. Je remarque chez mes clients bipolaires, même en dehors de leurs périodes de manie, une propension à ne pas tenir compte de leurs limites et à rechercher les sensations fortes que leur apportent certaines activités qu'ils chérissent. Comme l'excès les fait vibrer et les amène à se sentir vivants, ils font taire les messages de leur corps qui voudraient les ralentir. C'est ainsi qu'ils en viennent à ne plus ressentir autant la faim et qu'ils écourtent considérablement leurs nuits. Ces clients se présentent en entrevue de bonne humeur, exprimant comment ils se sentent pleins d'énergie, comment ils jouissent de la vie et comment les journées passent trop vite. Et à quoi ressemble la suite, pensez-vous? Suivez le même régime et vous arriverez au même résultat. Vous vous épuiserez, vous deviendrez insomniaque et vous tomberez «en dépression». Un manque de discipline est donc souvent sous-jacent à ce style de vie. Une personne grisée par un projet euphorisant doit renoncer à sa folle envie d'y travailler la nuit pour allonger la durée de sa passion, car elle risque de défaire le cycle de son sommeil, de sombrer dans l'épuisement et de devenir inefficace.

J'explique ce processus à mes clients «bipolaires» en les mettant en garde contre leurs excès et ça leur apparaît comme une révélation. Mais pour leur permettre d'éviter vraiment la répétition de leurs cycles de hauts et de bas, il faut surtout prendre le temps d'explorer à fond leurs motivations à se défoncer autant dans la vie. 

Saviez-vous que la recherche démontre les bienfaits de la psychothérapie pour les bipolaires même après que des antidépresseurs et des stabilisateurs de l'humeur n'aient pas été efficaces? Et qu'en dépit des progrès pharmaceutiques, les récurrences des épisodes troublées de l'humeur des bipolaires apparaissent la norme plutôt que l'exception? C'est pour cela que les chercheurs s'intéressent maintenant aux traitements psychologiques à administrer aux patients en plus des stabilisateurs de l'humeur (Johnson et al., 2013).

Références: Leader, D. Bipolaire, vraiment? (2014). Paris: Albin Michel.

Johnson, S.L. (2013). Bipolar Disorder. In Castonguay, L. & Oltmanns, T. (Ed.), Psychopathology. New York: Guilford.

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