La rédemption amoureuse de Janette Bertrand

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Janette Bertrand

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Yves Dalpé
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Le Soleil

(Québec) Dans sa biographie, Janette Bertrand exprime bien ce que la plupart d'entre nous attendent de l'amour conjugal, c'est-à-dire la réparation du passé.

Quand nous entreprenons une nouvelle relation amoureuse, nous avons le désir de réparer les blessures passées et de refaire notre histoire. Et nous investissons notre amoureux ou amoureuse d'une mission secrète, celle de collaborer à cette grande réparation de notre enfance. À propos de son futur mari et père de ses enfants, feu le comédien Jean Lajeunesse, Janette Bertrand écrit « J'ai Jean! Je lui donne pour mission de me soigner l'âme et le coeur, de me donner tout l'amour qui me manque, de me sauver du désespoir. Je l'investis d'un pouvoir de rédemption... [...] J'ai tellement besoin d'être aimée que je l'aime pour deux, en me disant qu'il va finir par m'aimer aussi. Lui, il va guérir les blessures de mon enfance, apaiser mes craintes par rapport à l'avenir! Je vais pouvoir enfin m'aimer puisqu'il m'aime. Je le vois comme le Christ descendu de la croix juste pour moi. C'est mon sauveur. Il devient ma religion. Je n'ai foi qu'en lui. Il est devenu mon obsession, ma compulsion. Ma maladie!» (p. 124-125)

Cette attente de réparation liée à l'amour est proportionnelle à la misère affective vécue durant l'enfance. Plus la vie antérieure à la relation amoureuse actuelle a été pénible affectivement, plus l'attente de réparation par l'amour conjugal sera grande. Par conséquent, plus grande serait la déception. Les risques de déceptions conjugales sont donc proportionnels aux frustrations affectives de l'enfance.

Or, l'amour mature implique la capacité de tolérer l'ambivalence inhérente à toute relation amoureuse. L'être aimé ne nous apportera jamais seulement des satisfactions. Il nous amènera nécessairement aussi de pénibles frustrations. Malheureusement, celui qui a idéalisé la vie conjugale pour compenser un passé perturbateur tolère moins facilement les côtés négatifs de son conjoint actuel et est plus intolérant à son endroit. C'est ainsi d'ailleurs qu'il court à sa perte, car il risque de perdre l'amour que lui voue le présent conjoint.

Nous savons tous que les amoureux commencent par s'idéaliser avant de découvrir les facettes décevantes de l'autre. Mais selon Sheila Sharpe, psychanalyste californienne, toute relation de couple traverse une série d'étapes de «dé-idéalisation». Tous les couples évoluent donc, selon elle, dans un processus étapiste, en commençant par l'amour romantique pour se diriger vers le dernier stade, celui de l'amour mature. Au cours de ce long processus, des attitudes favorisent le rapprochement, tandis que d'autres provoquent plutôt l'éloignement. Au début, les attitudes de fusion et d'idéalisation romantique abondent. Par la suite, la déception et la désillusion se pointent nécessairement. C'est la désintégration salutaire de l'idéalisation de l'autre.

Il est bon de savoir que chaque étape de désillusion prépare le terrain à l'étape suivante. En effet, si la relation persiste au-delà des premières désillusions, cela signifie que le conjoint est aimé de plus en plus et accepté dans sa réalité et non plus à travers le prisme des illusions du début amoureux. De plus, chaque amoureux découvre ainsi que l'autre a des besoins d'éloignement comme des besoins de rapprochement. Et chacun se donne donc la permission implicite d'être distinct tout en étant avec l'autre. Avec le temps, cette adaptation s'approfondit avec des couches successives de «dé-idéalisation» qui permettent d'aimer de plus en plus la vraie personne du conjoint à travers des moments de tendresse suivis de critiques, de confrontations, de compétition, de luttes de pouvoir.

À travers ce processus d'adaptation, chaque conjoint est donc constamment réévalué, comme si on lui enlevait régulièrement des couches d'illusion pour découvrir de plus en plus sa vraie nature. Ce faisant, chacun apprend à aimer l'autre pour ce qu'il est réellement au lieu de l'idéaliser ou de le dévaloriser.

____________________

Références : JANETTE BERTRAND. Ma vie en trois actes, Outremont, Éditions Libre Expression, 2004.

YVES DALPÉ et JOHANNE CÔTÉ. La puissance des amoureux de longue durée, Montréal, Québecor, 2010 et 2013.

SHEILA A. SHARPE. The Ways We Love, New York, Guilford, 2000.

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