Dénonciation des sévices sexuels: attention aux abus!

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Toutes les personnes impliquées dans des cas d'agression sexuelle ont avantage à se parler dans la dignité plutôt que de partir en guerre.

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Yves Dalpé
Yves Dalpé

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Les abus sexuels d'enfants horrifient tout le monde, à juste titre. Heureusement, des mesures légales strictes protègent maintenant les enfants. Cependant, certaines situations donnent lieu à des réactions injustifiées et disproportionnées, il me semble.

Un exemple. Un couple âgé s'est déjà présenté en désarroi à mon bureau parce que le mari venait d'être «dénoncé» pour des attouchements sexuels qu'il avait commis voilà 40 ans, peu avant de connaître sa femme actuelle. Un bon matin, le couple a reçu la visite impromptue de personnes venues lire en groupe «un acte de dénonciation». La femme découvrit du coup la «monstruosité» de son mari qu'elle avait toujours adoré et estimé. On lui apprit donc de façon intempestive et irrespectueuse que son mari avait été un «pédophile» voilà 40 ans et qu'il fallait donc prendre certaines précautions. On conseilla à la femme de se séparer sur-le-champ de cet homme ignoble.

Avec la «démonisation» des hommes qui ont eu des écarts sur le plan sexuel, nous assistons parfois à ce genre de scénario où on réagit de façon irrespectueuse, je trouve, en accablant des hommes foncièrement bons et en détruisant des familles en un tour de main. C'est comme si on ne faisait pas la différence entre un écart qui ne s'est jamais reproduit et des comportements clairement abusifs.

Il est vrai que certains individus sont répréhensibles sur le plan sexuel. Qu'on pense par exemple aux hypersexuels pour qui tout semble permis et qui ne se gênent pas pour avoir de multiples relations extra-conjugales sans se sentir coupables. C'est dans cette catégorie qu'on trouve les marginaux sexuels de toutes sortes incluant les pédophiles actifs. On y trouve d'ailleurs beaucoup de personnes ayant des troubles de personnalité qui utilisent la sexualité comme automédication pour soulager leur anxiété et leurs humeurs dépressives.

Mais on est loin ici d'un écart de conduite vécu une seule fois dans une réunion familiale par un «mon oncle» avec une nièce de 18 ans, alors qu'il avait trop bu. Un tel cas m'a été présenté. Le «mon oncle» en question a perdu l'estime de toute sa famille étendue pour toujours, ce qui l'a plongé dans une dépression dont il ne s'est jamais relevé. Son geste avait été répréhensible, certes, il avait effleuré le sein d'une nièce. Et l'alcool n'est jamais une excuse valable. Mais ce geste pouvait-il expliquer tous les déboires de la vie ultérieure de cette nièce? Il y a de l'abus là aussi quand une personne rationalise tous les échecs de sa vie à partir de tels incidents uniques.

Saviez-vous qu'il est faux de prétendre que toute personne abusée sexuellement en souffre des séquelles importantes automatiquement? En effet, de nombreux enfants agressés sexuellement présentent peu ou pas de troubles manifestes. Dans une recherche québécoise, Dufour, Nadeau et Bertrand ont trouvé qu'entre 20 % et 40 % des victimes d'agressions sexuelles ne présentaient pas d'effets délétères (1). L'importance des séquelles possibles à la suite des gestes sexuels est attribuable à plusieurs facteurs comme le type d'abus, sa répétition, l'âge de l'enfant, la qualité de la relation parentale, etc.

S'il confie son secret promptement à un parent accueillant et compréhensif, l'enfant abusé sexuellement est extrêmement avantagé par rapport à celui qui reste seul avec son secret. L'enfant doit éviter les secrets et la collusion avec l'agresseur. Les petites filles qui ont dû vivre dans de telles alliances secrètes avec leur père abusif, par exemple, en portent généralement de graves séquelles. Idéalement, un agresseur qui est une personne proche de la victime doit être confronté avec respect par un adulte qui supporte l'enfant. Selon moi, toutes les personnes impliquées dans de tels incidents regrettables ont avantage à se parler dans la dignité, malgré la difficulté de le faire, au lieu de partir en guerre contre un «pervers prédateur» perçu alors comme un paria.

Par ailleurs, je ne crois pas à l'idée qu'il faille nécessairement dénoncer publiquement des agresseurs, plusieurs années après les actes reprochés, pour se sentir bien dans sa peau. Cela peut engendrer l'effet contraire et entretenir inutilement du ressentiment néfaste chez la personne abusée. Certaines situations s'y prêtent cependant. En particulier, quand d'autres enfants peuvent être en danger. Dans ces cas, il est au contraire obligatoire de dénoncer selon la loi.

En passant, savez-vous que l'agresseur est souvent une personne véritablement aimée par l'enfant abusé, et ce, toute une vie? Il peut être un oncle, le conjoint de la mère, le père ou un frère. Il vaut donc la peine de contenir sa colère et de trouver des façons d'aborder ce sujet extrêmement délicat dans un esprit positif.

(1)    L. BRUNET et D. CASONI. «Chaque enfant est unique», Psychologie-Québec, mars 2005.

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