Braille Jymico: l'Amérique à portée de doigt

Jacques Côté, président-directeur général de Braille Jymico, montre... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Jacques Côté, président-directeur général de Braille Jymico, montre des livres fraîchement terminés et prêts à être expédiés dans le département des gros caractères.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Au 4545, 1re Avenue à Québec, l'entreprise Braille Jymico est en pleine activité en ce moment. Impression, reliure, collage, emballage, tout fonctionne à plein régime pour répondre à un très gros contrat de manuels scolaires au Texas. La dernière commande est pour le 22 octobre. «On devrait y arriver», lançait Jacques Côté récemment.

Du haut de ses six pieds et six pouces, le président-directeur général de Braille Jymico donne au Soleil un petit cours 101 sur sa spécialité : la production de documents en braille et en gros caractères.

«Les gens pensent qu'on n'a qu'à photocopier un livre et que les pages sortent en braille de nos imprimantes. Or, la technologie de transfert n'est pas aussi simple.»

L'impression, à partir d'appareils fabriqués en Norvège, n'est pas la plus longue étape. Il faut d'abord numériser le livre d'origine et, surtout, le reformater, explique M. Côté. Quand il ne s'agit que de mots, c'est une chose. Mais lorsqu'il est question de graphiques, d'images et de colonnes de chiffres, dans les manuels de sciences, par exemple, le degré de complexité augmente, dit-il. Et l'espace requis pour le système d'écriture tactile à points saillants n'est pas le même. «Il y a tout un réaménagement à faire.»

Pour la transcription, Braille Jymico travaille avec des spécialistes qui doivent détenir un certificat et maîtriser le sujet. «On va en chercher jusqu'en Chine», précise le pdg. À Québec, une dizaine de personnes travaillent à l'administration. Alors qu'une soixantaine de personnes ici et ailleurs mettent la main à la pâte.

Normes nord-américaines

C'est aux États-Unis que Braille Jymico fait 90 % de son chiffre d'affaires. M. Côté indique suivre les normes de la Braille Authority of North America. «Ici, en Amérique du Nord, lorsque nous produisons un livre, un titre, on doit l'inscrire à une base de données. Si une école me demande la transcription d'un manuel, je dois d'abord aller voir dans cette base s'il a déjà été fait. Si oui, je renvoie au producteur.»

Produire un livre en braille coûte 15 000 $. Montant qui peut atteindre 30 000 $ à 40 000 $ pour un gros volume de sciences ou de mathématiques, précise l'homme d'affaires.

M. Côté indique que les façons de faire en Europe sont très différentes. «Le problème est qu'ils n'ont pas les mêmes standards que nous, les Nord-Américains. En France, chaque école a ses normes, ses particularités. Le Petit Prince de Saint-Exupéry a été produit [transcrit en braille] à 49 endroits différents. Entre vous et moi, s'ils étaient mieux structurés, ils auraient pu avoir 49 titres différents...» Braille Jymico est peu présente sur ce marché.

En 2010, M. Côté était de la mission économique du Québec en Inde avec le premier ministre Jean Charest. «Ça n'a pas donné ce qui était escompté», glisse le pdg. «L'Inde s'attendait à ce que je leur donne des livres, alors que moi, j'allais là pour négocier avec les universités, pour voir quels étaient les livres scolaires dont les étudiants avaient besoin pour ensuite les transcrire en braille. Mais les universités nous ont dit : "Lorsque des élèves [handicapés visuels] ont du talent, on les envoie aux États-Unis". Bref, je ne récupère pas l'étudiant indien chez lui, mais aux États-Unis.»

L'Inde, la Chine sont des pays en développement où «les préoccupations sont ailleurs», constate

M. Côté.

Le volet «international» de Braille Jymico, l'homme d'affaires y travaille depuis 1996, soit une dizaine d'années après la création de son entreprise. Il s'est créé un réseau vers l'Ouest, vers le Sud. «On est une petite famille, la famille des personnes handicapées de la vue», indique le pdg, qui est lui-même aveugle. Il connaissait des gens à Vancouver, au Texas... Il a tout un bagage derrière lui.

M. Côté raconte avoir perdu la vue à 16 ans. «J'ai mis trois ans à m'en remettre», dit-il encore avec émotion. Puis il ajoute avec fierté être dans sa 52e année de travail «non stop».

Il a été pianiste professionnel, il a enseigné à la polyvalente de Charlesbourg. «J'ai toujours été très près de l'enseignement du braille. Donc lorsque est arrivé le temps d'une troisième carrière... Je connaissais bien les besoins.» Il s'est fait un nom dans le milieu gouvernemental, a fait partie de quantité de comités québécois, canadiens, américains, même européens.

«J'ai beaucoup voyagé par affaires. Moins maintenant, je suis essoufflé», dit l'homme de 72 ans, qui dit songer à la retraite. Avec d'éventuels acheteurs, il voudrait rester encore actif deux ans pour développer davantage le marché américain. «Deux ans pour m'amuser.»

Profil d'entreprise

Nom de l'entreprise : Braille Jymico

Année de fondation : 1987

Président-directeur général : Jacques Côté

Secteur d'activité : production de documents en braille et en gros caractères

Zones d'activité : surtout aux États-Unis, au Canada, très peu en Europe et en Inde

Chiffre d'affaires : 2 millions $ par an

Nombre d'employés : une dizaine à l'interne, une soixantaine à l'externe

Siège social : Québec

Site Internet : www.braillejymico.com

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