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Auberges de jeunesse: bienvenue aux jeunes... de coeur

L'auberge Bishop, près du Musée des beaux-arts de... (La Presse, Olivier Jean)

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L'auberge Bishop, près du Musée des beaux-arts de Montréal

La Presse, Olivier Jean

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Marie Bernier
La Presse

(Montréal) Dire que Katie Dawes est une habituée des auberges de jeunesse serait un euphémisme. Depuis 2014, la Britannique de 26 ans a passé pas moins de 550 nuits en auberges de jeunesse pour son blogue The Hostel Girl (thehostelgirl.com), qui combine trucs de voyage et critiques d'auberges. «J'aurais probablement dû choisir de devenir critique d'hôtels de luxe ou de tout-inclus!», lance-t-elle à la blague.

Mais la diplômée en psychologie ne regrette pas son choix, même s'il implique de devoir parfois supporter les ronflements d'un compagnon de chambre. «Tu rencontres tellement de personnes différentes avec tant de points de vue sur la vie, qui ont des études, des sources de revenus et des systèmes de croyances variés. [...] C'est un apprentissage constant sur les peuples du monde», s'émerveille-t-elle. Et non, après tout ce temps, elle n'en a toujours pas marre de dormir dans un lit superposé.

Car si les lits superposés demeurent, les auberges de jeunesse, «hostels» en anglais, ont connu ces dernières années une petite révolution, qui n'est sans doute pas étrangère à l'engouement des milléniaux pour le voyage. En 2015, les 15 à 29 ans ont en effet formé 23 % de tous les voyageurs internationaux, selon une étude de l'organisation sans but lucratif STAY WYSE, une part de marché appétissante pour l'industrie du voyage.

La réception de l'auberge Hi-Montréal, sur la rue... (La Presse, André Pichette) - image 2.0

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La réception de l'auberge Hi-Montréal, sur la rue Mackay

La Presse, André Pichette

N'allez pas croire pour autant que ces nouveaux nomades sont tous fauchés; annuellement, les utilisateurs d'auberges de jeunesse dépensent même davantage que la moyenne des touristes internationaux, indique la firme de recherche Phocuswright.

«On voit beaucoup de gens qui payent 20 $ pour une nuit à l'auberge, mais qui vont payer 70-80 $ pour manger dans un restaurant du Vieux-Port, illustre Clément Maquet, qui gère les auberges Saint-Paul et Bishop, à Montréal. Il y a simplement une répartition différente qu'avant du budget de voyage.»

Auberges de luxe

Pour séduire cette nouvelle génération de globe-trotteurs et faire oublier les établissements qu'ont pu expérimenter leurs parents, parfois à regret , les auberges ont pris les grands moyens.

Oubliez donc les dortoirs peu fréquentables et les douches communes à la salubrité défaillante. L'auberge de jeunesse de 2017 veut se positionner comme un lieu de rencontres branché, sécuritaire et ouvert à toutes les générations.

La chaîne européenne Generator illustre parfaitement cette tendance des «auberges de luxe». Rachetée en mars pour la somme de 670 millions $, la chaîne est présente dans 14 villes. Les clés de son succès : des installations stylisées, des menus alléchants conçus par un chef-vedette de 23 ans en suivant les traditions culinaires locales et une gamme d'activités en phase avec la ville hôte.

«La mauvaise réputation [qui colle encore aux auberges de jeunesse] est entretenue par des gens qui ne fréquentent pas les auberges», estime Nicolas Lemaire, directeur de l'auberge Hostelling International de Montréal, membre d'un réseau de 4000 auberges sur la planète. Avec une clientèle hyper connectée qui aime donner son avis en ligne, le service se doit d'être impeccable en tout temps, fait-il remarquer.

D'abord une expérience sociale

La clientèle jeune et branchée est sans doute parmi les plus susceptibles d'être attirées par les plateformes comme Airbnb. La survie même des auberges de jeunesse en serait-elle menacée?

Les effets d'Airbnb sur les auberges n'ont pas encore été mesurés, répond Claudine Barry, de la chaire de tourisme Transat de l'UQAM. Une chose est cependant claire pour la chercheuse : devant ces nouveaux acteurs, les auberges ont tout à gagner à utiliser leur carte maîtresse qu'est la socialisation.

Car «décrocher» ou «recharger ses batteries» font rarement partie du vocabulaire des milléniaux qui usent leur passeport. «C'est la découverte, le voyage d'aventure. On est loin du tout-inclus!», résume Claudine Barry.

Une des chambres partagées de l'auberge M Montréal, rue... (La Presse, Olivier Jean) - image 3.0

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Une des chambres partagées de l'auberge M Montréal, rue Saint-André

La Presse, Olivier Jean

Gaël Chartrand, directrice marketing d'Hostelling International pour le Québec et l'Ontario, confirme que beaucoup d'efforts sont mis en ce sens, à travers des partenariats avec des festivals comme Igloofest, Pop Montréal et Fantasia, notamment.

Et pour profiter de cette vitalité sans compromettre le confort, la grande majorité des auberges offrent désormais des chambres privées «pour accommoder les familles, les couples ou les gens plus âgés», explique-t-elle.

Dans ce contexte, devrait-on encore parler d'auberge «de jeunesse»? «Ce n'est pas juste pour les jeunes, affirme Nicolas Lemaire. C'est un type de mentalité.»

Une réflexion sur la terminologie a cours au sein du milieu, indique Gaël Chartrand. Mais qu'elle soit rebaptisée ou non, l'auberge de jeunesse demeure pertinente, assure-t-elle.

«C'est quelque chose que je trouve beau, d'avoir en dortoir quelqu'un de 18, de 27 et de 55 ans. C'est un bel exemple de cohabitation et que tout le monde a quelque chose à apporter à l'autre.»

***

Journal d'un dortoir

Sophie Blochwitz et Carlotta Jansen ont parcouru près... (La Presse, Bernard Brault) - image 5.0

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Sophie Blochwitz et Carlotta Jansen ont parcouru près de 14 000 km à bord de leur camionnette.

La Presse, Bernard Brault

Nous avions envie de connaître les voyageurs qui débarquent dans les auberges de jeunesse à Montréal. D'où viennent-ils? Que font-ils dans la métropole? Nous avons élu domicile pendant trois jours dans un des dortoirs de l'auberge M Montréal pour le découvrir.

C'est au début du mois de mai que, petit bagage à la main, nous avons poussé la porte de l'endroit pour la première fois.

Nous avions choisi l'établissement situé près du métro Berri-UQAM parce qu'il semblait parfaitement s'inscrire dans cette tendance d'auberges design et animées. M Montréal peut même se vanter d'avoir été désignée trois années de suite meilleure auberge au Canada par les utilisateurs du site Hostelworld.

En nous faisant visiter les lieux, le directeur Josué Labelle s'est réjoui de voir son auberge afficher complet malgré le temps maussade. En d'autres mots, nous héritions soudainement de 127 colocataires temporaires. Aussi bien se mettre au travail tout de suite.

La moyenne d'âge semblait être de 22 ans lors de notre séjour, mais certains voyageurs affichaient quelques décennies de plus.

Pour les trois jours à venir, question de faciliter les échanges avec les «vrais» voyageurs, nous avions prévu préparer les repas dans la cuisine commune et participer au maximum d'activités sur place. 

C'est donc sans camoufler notre identité que nous avons commencé à faire connaissance avec la population de l'auberge. Voici quelques-unes de nos rencontres

  • Sophie Blochwitz, 19 ans, Neugersdorf, Allemagne et Carlotta Jansen, 19 ans, Kirchhellen, Allemagne
Pour ces deux Allemandes qui se sont connues à Vancouver, Montréal marquait la fin d'un long road trip américain. En deux mois, Sophie et Carlotta ont parcouru près de 14000km à bord de leur camionnette, dans laquelle elles passaient la nuit grâce au matelas aménagé dans l'espace arrière. Leur plus beau souvenir: voir le lever du soleil sur le Grand Canyon le matin de Pâques. À Montréal, les jeunes femmes ont voulu vendre la voiture qu'elles avaient surnommée Fridolin, mais ont déchanté devant les difficultés administratives, Fridolin étant immatriculée en Colombie-Britannique. Après quelques tentatives infructueuses, Sophie a décidé de changer ses plans et de reprendre la route afin de ramener le véhicule en Colombie-Britannique. «Je ne peux pas le laisser à la fourrière. Je l'aime trop.»

  • Franck Coudert, 34 ans, Hossegor, France
Lorsqu'il résume les 15 dernières années de sa vie, passées en grande partie hors de la France, Franck fait défiler des photos sur son téléphone pour prouver qu'il n'invente rien. Une carrière militaire l'a d'abord mené en mission en Côte d'Ivoire, au Liban et en Guyane française. Il a ensuite été professeur de français en Chine. Boxeur en Thaïlande. Conseiller dans une boutique érotique en Australie. Barman en Angleterre. Jardinier en Corse. Et bien d'autres choses encore. Ironiquement, la seule fois que ce voyageur professionnel s'est fait voler son passeport, c'était... à Ottawa. «J'en suis arrivé à un point où je me dit: j'adore ma vie, je veux continuer à vivre, mais si ça s'arrête aujourd'hui, je n'ai pas de regrets.» Sinon de ne pas avoir un vrai chez-soi... avec un chat.

  • Shiori Sakaki, 24 ans, Osaka, Japon
Depuis son arrivée à Vancouver en septembre pour poursuivre des études en commerce, Shiori s'est vue changer. «J'étais la Japonaise typique, trop gênée pour saluer qui que ce soit, et j'avais peur de déranger en demandant de l'aide.» Tout le contraire de celle qui a été notre voisine de chambre, qui est allée sur le mont Royal, chez Schwartz's et au Musée des beaux-arts... le tout à deux reprises. «Ce que j'ai surtout appris de Montréal, c'est que l'essentiel n'est pas où tu voyages, mais ce que tu partages avec les gens», affirme-elle. Grâce à des vidéos qu'elle a filmées durant son séjour, elle espère aider de futurs étudiants étrangers à mieux s'intégrer.

Après trois jours, nous avons bien dû quitter un lieu qui nous semblait déjà familier.

Loin de la maison, les liens d'amitié se tissent très rapidement. Nous avons rencontré de jeunes personnes ouvertes et chaleureuses, même avec les journalistes curieuses.

Nous aurons appris que les attraits touristiques ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Le Vieux-Port et l'excursion sur le mont Royal à 5h du matin pour voir le lever du soleil avaient la cote. Mais personne n'avait entendu parler du Plateau ou du Mile End. Et au moins deux voyageurs  qui n'étaient en rien des adeptes de Formule 1  ont bravé le mauvais temps pour marcher sur le pont Jacques-Cartier, atteindre le circuit Gilles-Villeneuve, puis rebrousser chemin. Allez comprendre.

Avant notre départ, Josué nous a montré à quoi ressemblera la nouvelle aile de l'auberge, actuellement en construction. On y trouvera des studios, de petits appartements et des dortoirs pour un total de 98 lits supplémentaires. La terrasse sur le toit accueillera deux piscines ouvertes à l'année, un sauna et des espaces de relaxation. L'ensemble des dortoirs sera modifié pour assurer plus de confort et d'intimité aux dormeurs.

Si tout se déroule comme prévu, la nouvelle aile devrait être inaugurée sous peu et des clients pourront se faire bronzer sur la terrasse dès cet été, espère-t-il. Avoir su...




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