Le réveil de La Havane

Les vieilles voitures américaines sillonnent toujours les rues... (La Presse, Martin Chamberland)

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Les vieilles voitures américaines sillonnent toujours les rues de La Havane, mais la ville n'est pas immuable pour autant.

La Presse, Martin Chamberland

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Marie-Eve Morasse, Martin Chamberland
La Presse

(LA HAVANE) Quiconque met les pieds à La Havane pour la première fois ne saura résister au cliché selon lequel la capitale cubaine serait figée dans le temps. Les vieilles voitures américaines sillonnent toujours les rues, les édifices délabrés abondent, mais la ville n'est pas immuable pour autant. Au contraire.

Scène de rue de la Vieille Havane... (La Presse, Martin Chamberland) - image 1.0

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Scène de rue de la Vieille Havane

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Romey Chuit Torecilla incarne à la perfection La Havane touristique qui innove. Il y a un an, il a ouvert sa casa particular l'équivalent cubain du gîte touristique dans une maison achetée avec l'argent qu'il a gagné en travaillant près d'une dizaine d'années dans le domaine du tourisme en Italie. Il accueille les visiteurs dans les six chambres de sa maison, tenue avec l'aide d'amis et de la famille. «Je suis le portefeuille», dit-il en riant. Depuis 2010, Raul Castro a mis en place une série de réformes économiques qui permettent notamment aux Cubains de travailler à leur compte. L'homme de 36 ans est au nombre de ceux qui ont sauté sur l'occasion.

De l'extérieur, l'édifice de la rue San Ignacio ne paie pas de mine. Quelques étages plus haut, la casa étonne avec sa grande cour intérieure. Les six chambres qu'elle comporte sont simples, mais tout y fonctionne.

«Il y a des Cubains qui croient qu'il faut mettre des fleurs en plastique et une décoration surchargée pour attirer les touristes. Je pense qu'il faut un climatiseur qui fonctionne, un matelas confortable, de l'eau chaude et une pression suffisante», dit l'entrepreneur, bien installé sur la terrasse aménagée sur le toit de l'édifice. Les tables en bois et les banderoles de lumières qui l'ornent sont dignes d'un compte Instagram branché, mais Internet n'y est toujours pas disponible. «Un jour, peut-être, on pourra offrir un accès», avance-t-il.

À l'ombre du Capitole, dans une rue où l'on ne s'attendrait même pas à trouver un restaurant, Mathieu Royer gère le Sia Kara. Les bouteilles de vinaigre au piment d'Espelette posées sur les tables trahissent les origines basques de l'homme installé à La Havane depuis six ans.

La capitale n'a pas attendu l'ouverture des États-Unis pour bouger, dit-il. «Le changement est déjà commencé. Dans le quartier ici, il y a beaucoup de rénovations dans les rues, dans les hôtels. C'est plus propre qu'avant. Ça se fait petit à petit, mais c'est bien que ce soit ainsi.»

Sur une grande ardoise posée au mur, le menu propose de la ratatouille, des croquettes de poisson, des chips de plantain. «On fait avec ce qu'on a, c'est pour ça que notre menu est à la craie. Si on n'a pas de tomates pendant trois ou quatre jours, ce n'est pas grave, on fait autre chose», dit-il.

Romey Chuit Torecilla peut, quant à lui, compter sur des amis qui vivent à l'extérieur du pays pour importer des choses de «partout dans le monde» pour meubler sa maison. «Chaque chambre a un robinet différent, illustre-t-il. On souffre, on a de la difficulté à trouver des matériaux. C'est compliqué.» Il enchaîne : «Il faut être très optimiste. Mais ce qui arrive à Cuba est très intéressant. Si tu ouvres une auberge en Italie, tu auras tout ce que tu veux tout de suite. Ici, tu fais avec très peu, mais c'est un territoire vierge.»

Restaurant 5 Esquinas... (La Presse, Martin Chamberland) - image 3.0

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Restaurant 5 Esquinas

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Un territoire sur lequel le géant américain de l'hébergement Airbnb a mis les pieds il y a un peu plus d'un an en s'associant avec des Cubains qui offraient déjà, pour la plupart, des chambres à louer.

À visiter dès maintenant

Les Québécois qui connaissent bien les plages de Cuba ont tout intérêt à découvrir la capitale maintenant, dit Jérôme Hudon, un Québécois qui s'apprête à y ouvrir une casa particular. Il vante les restaurants de la ville, sa culture, ses habitants. «C'est une ville merveilleuse, dit-il. Mais il faut vouloir sortir des sentiers battus, être prêt à être dépaysé.»

«Malheureusement, la plupart des Canadiens vont dans les tout-inclus, constate Romey Chuit Torecilla. La Havane, c'est un autre type d'expérience touristique.»

Dans la cour intérieure de son auberge, le contraste frappe. En jetant un coup d'oeil aux étages inférieurs, les visiteurs découvrent la vie quotidienne d'une famille cubaine, les vêtements qui sèchent, un toit de tôle usé. «On a mis des plantes et des fleurs pour masquer un peu, mais pas trop. C'est ça, La Havane.»

Carnet d'adresses

  • Dormir
Casa Alta-Habana: Des chambres confortables et un petit déjeuner sur une terrasse d'où l'on a une vue magnifique. L'auberge est située à deux pas de l'incontournable Plaza Vieja, ce qui en fait un excellent point de chute pour visiter la ville. 35 CUC la nuit en occupation double casaaltahabana.com

Casa Tania Miguel: Cette casa particular est située un peu à l'écart du circuit touristique, dans le quartier Centro. Tenue par Orlando et sa femme depuis le début des années 2000, la maison a un charme cubain indéniable. Ce n'est pas le grand confort, et le couple ne parle que très peu l'anglais, mais pour 25 CUC la nuit, vous serez immédiatement plongés dans un quotidien très cubain. taniamiguel.com

  • Boire un mojito
El del Frente: Ouvert depuis quelques années, le restaurant-bar O'Reilly 304 figure, selon plusieurs, au nombre des endroits qu'il ne faut pas manquer à La Havane. En s'y rendant, notre regard a toutefois été attiré par une terrasse installée sur le toit de l'édifice d'en face. Il s'agit du El del Frente, ouvert par les mêmes propriétaires et qui propose un menu semblable à son voisin, avec des ceviches et des tacos qu'on arrose avec l'un des multiples cocktails offerts. C'est ce que La Havane a de plus branché. 303, rue O'Reilly

Azucar!: Ce lounge aurait peut-être un intérêt moindre si ce n'était de la belle vue qu'il offre sur la Plaza Vieja. En fin de journée, c'est l'endroit tout indiqué pour observer les enfants qui rentrent de l'école en courant.315, rue Mercaderes

Hôtel Nacional: Construit en 1930, l'hôtel Nacional a perdu son lustre des belles années quand il était fréquenté par Frank Sinatra et Nat King Cole. Malgré tout, ses jardins sont restés agréables, et la vue qu'ils offrent sur la baie de La Havane est superbe. Angle de la Rue 21 y O Vedado, La Havane

  • Manger
5 Esquinas: La pizza margherita que nous y avons mangée était bonne et sa pâte, cuite comme il se doit dans un four à bois. Le restaurant est situé dans un petit coin tranquille où convergent cinq rues, et on peut y manger sur une terrasse aménagée dans une rue piétonnière. Plats principaux entre 6 et 10 CUC. 104, rue Habana

El Dandy: On n'ira pas tant au El Dandy pour manger que pour prendre un café dans une ambiance vraiment agréable. C'est le meilleur café que nous ayons bu pendant notre court séjour, à un prix raisonnable et servi par du personnel ultra sympathique. L'endroit est petit, mais on s'y sent rapidement à l'écart de l'agitation de La Havane. 401, rue Brasil

Chef Ivan Justo: Voilà un endroit qui se retrouve souvent dans la liste des meilleurs restaurants de La Havane. Déjà en s'y installant, on note que le service est efficace et affable : le serveur s'attarde à décrire chaque plat au menu. La carte est longue et varie selon les disponibilités, mais les plats sont recherchés, et la présentation est sans pareil. Tout cela a un coût : prévoyez environ 50 CUC pour deux personnes.

Musée national des Beaux-arts de La Havane... (La Presse, Martin Chamberland) - image 5.0

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Musée national des Beaux-arts de La Havane

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  • À voir
Oeuvre d'art à ciel ouvert, la vieille ville se découvre au gré des promenades et des cafés pris sur les terrasses. Pour explorer le long de l'eau, on se rendra tout naturellement sur le Malecon, cette promenade longue de plusieurs kilomètres où l'on croisera pêcheurs, touristes et Havanais venus prendre un bol d'air.

Pour voir la ville de haut, rendez-vous au sommet de la tour de la basilique de San Francisco, sur la place du même nom. Pour 2 CUC, vous obtiendrez une vue inégalée à 40 mètres d'altitude.

  • Se baigner à Playas de Este
Pour 15 CUC, un taxi vous mènera du Vieux-Havane à la Playa del Estes en une vingtaine de minutes. C'est l'occasion de faire saucette avec les Cubains, loin des sempiternels tout-inclus. Devant l'hôtel du même nom, la plage «Tropicoco» est la plus belle de toutes, assure notre chauffeur de taxi. Sur place, on offre la location de chaises et de parasols (2 CUC chacun), et des vendeurs itinérants offrent tantôt de la nourriture, tantôt un massage.

  • Faire des achats
Il y a les cigares et le rhum, mais pour du design de qualité, on se rend à la boutique d'Idania del Rio, une designer qui a ouvert son petit espace dans le Vieux-Havane. On y trouve des t-shirts, mais aussi des sérigraphies audacieuses, comme celle qui montre un touriste avachi sur une chaise de plage, ou encore cette autre où un dinosaure illustre la lenteur d'Internet cubain. Lors de notre passage, la designer était à l'extérieur du pays - signe de l'intérêt qu'elle commence à susciter ailleurs dans le monde -, mais sa boutique est également le lieu où est situé son atelier. Ainsi, une visite vous permettra peut-être de discuter avec cette femme allumée. clandestinacuba.com

  • Y aller
Trois transporteurs assurent des vols directs entre Montréal et La Havane. Il s'agit de Cubana, la compagnie aérienne nationale cubaine, Air China et Air Transat, cette dernière effectuant cette liaison en haute saison seulement.

À défaut d'opter pour un vol sur La Havane, on pourra toujours trouver des billets au rabais vers Varadero, puis effectuer les deux heures d'autobus qui relient la station balnéaire à la capitale. Les autobus de la compagnie Viazul effectuent plusieurs fois par jour le trajet pour 10 CUC par personne.

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