Autriche: l'empereur contre-attaque

François-Joseph, connu comme le mari de l'impératrice Sissi, est... (AFP, Joe Klamar)

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François-Joseph, connu comme le mari de l'impératrice Sissi, est omniprésent à Vienne.

AFP, Joe Klamar

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Agence France-Presse

On le connaît comme le mari de l'impératrice Sissi et pour ses favoris moutonneux, mais le règne marathon de François-Joseph, dont l'Autriche célèbre le centenaire de la disparition, s'est achevé sur une touche beaucoup moins glamour: la Première Guerre mondiale, dans laquelle il avait précipité son pays.

Jusqu'au 21 novembre, date anniversaire de sa mort à l'âge canonique de 86 ans, impossible d'échapper au recordman de la dynastie des Habsbourg, qui régna 68 ans sur l'Autriche-Hongrie, un empire multiethnique de 50 millions d'habitants dont il accompagna l'apogée et le déclin.

En Autriche, 2016 est l'année François-Joseph, auquel pas moins de six expositions sont consacrées.

En temps normal, le souverain est déjà une figure familière des Viennois: quand ce n'est pas une statue à son effigie qui surgit au détour d'un parc, c'est son nom ou ses initiales «FJ I» qui s'affichent au fronton des nombreux bâtiments officiels inaugurés sous son règne.

Sur les cartes postales, aimants et autres boîtes de chocolats des échoppes touristiques, c'est son image qu'on retrouve, sanglé dans un uniforme militaire, aux côtés de sa femme, l'impératrice Élisabeth (Sissi). Sur le fronton du parlement, c'est encore lui, vêtu d'une toge, cette fois, qui vaut à ce relief le surnom de «François-Joseph en chemise de nuit».

À Bad Ischl, élégante station thermale au sud de Salzbourg, où François-Joseph et Sissi avaient leur résidence d'été, le mythe revit chaque année en août: quatre jours de fête en costumes d'époque avec arrivée du faux couple impérial en train à vapeur et interprétation de l'ancien hymne austro-hongrois.

Et en octobre, lorsque l'Autriche aura élu son président de la République, c'est dans l'ancien palais impérial viennois du Hofburg, à quelques mètres des bureaux historiques de François-Joseph, que le nouveau chef de l'État prendra ses fonctions.

Vieille école et Nouveau Monde

Au-delà de ces réminiscences, les expositions organisées à Vienne, accompagnées d'une avalanche de publications, tentent un bilan de ce règne charnière dans l'histoire nationale et européenne.

Car lorsque François-Joseph, né en 1830, monte sur le trône en 1848, «l'époque est aux voyages en diligence. Lorsqu'il meurt en 1916, il y a des voitures, des avions, le cinéma, le téléphone, Freud, Kafka et Wittgenstein», le monde a changé, résume le quotidien Die Presse.

L'empereur qui se définissait lui-même comme «le dernier monarque de la vieille école» aura vu durant son règne 150 autres souverains accéder puis quitter le trône à travers le monde.

Et la double monarchie austro-hongroise, mise sur pied en 1867 pour unir une douzaine de peuples et autant de langues, se désintégrera dans la furie de la Première Guerre.

Le 28 juillet 1914, François-Joseph signa la déclaration de guerre à la Serbie, qui, par le jeu des alliances, déclencha un conflit mondial, fatal au règne des Habsbourg.

Le successeur de François-Joseph, son petit-neveu Charles 1er, dernier empereur d'Autriche-Hongrie, régnera deux ans.

Mais c'est une dimension quasi mythique et un peu kitsch que le vieux monarque aux rouflaquettes a laissée dans l'imaginaire moderne.

«Pour les Autrichiens, c'est une figure dépolitisée, qui ne suscite pas de nostalgie monarchiste, mais une nostalgie du passé, du bon vieux temps, entretenue par un habile marketing», observe Karl Vocelka, auteur d'une récente biographie de l'empereur et commissaire d'une des expositions qui se tient au château de Schönbrunn.

Rayonnement culturel

Au tournant du XXe siècle, le rayonnement culturel de Vienne en faisait l'égale de Paris, Londres ou Berlin.

Des écrivains, comme Joseph Roth ou Stefan Zweig, ont entretenu le souvenir de ce «monde d'hier» plus fort et rassurant que celui de l'entre-deux-guerres, et naturellement associé au dernier grand souverain de la dynastie Habsbourg.

Une exposition à la Bibliothèque nationale souligne toutefois le culte de la personnalité imposé durant le règne du monarque, dont l'image ornait la moindre école, caserne, gare, auberge.

Une «propagande», selon l'exposition, qui sut se servir de la révolution photo et cinéma: «François-Joseph est le premier empereur dont on connaît la voix et le visage autrement que par des peintures à l'huile», souligne Karl Vocelka.

Pour son centenaire, il a son hashtag Françoisjoseph2016 et ses comptes dédiés sur Twitter.

L'action de l'empereur est jugée sévèrement par l'hebdomadaire Profil, qui le décrit en «monarque impuissant» devant les bouleversements de son époque. Un souverain «modérément talentueux» pour des défis extraordinaires, commente Die Presse, qui prend ses distances avec le mythe construit autour du «dernier» empereur autrichien.

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