Le Japon, nouveau champ de bataille pour Airbnb

Près de 20 millions de touristes ont foulé... (AFP, Toshifumi Kitamara)

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Près de 20 millions de touristes ont foulé le sol nippon en 2015, un bond de 47% par rapport à un an plus tôt, mettant en lumière les carences hôtelières.

AFP, Toshifumi Kitamara

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Daniel LEUSSINK
Agence France-Presse
Tokyo

Un nombre record de touristes, un manque de logements pour les héberger, mais Airbnb hors-la-loi: tel est le paradoxe au Japon, où la location d'appartements courte durée suscite aussi des remous, entre loueurs menacés par les autorités et hôteliers mécontents.

Sarah Takeda avait commencé l'été dernier à proposer aux visiteurs, pour environ 3000 yens la nuit (40$), une chambre traditionnelle avec tatami dans sa maison située dans une charmante station balnéaire près de Tokyo.

Mais en avril, des fonctionnaires municipaux ont frappé à sa porte et l'ont pressée de questions sur son activité, allant jusqu'à l'interroger sur l'entretien des draps de ses invités.

Cette Américaine d'une quarantaine d'années, mariée à un Japonais, a ensuite appris avec stupeur qu'elle encourait une amende de 30000 yens (400$), voire six mois de prison si elle poursuivait son activité.

«Je n'avais aucune idée qu'Airbnb était illégal», confie Mme Takeda, un pseudonyme, qui a depuis cessé son commerce. Les responsables locaux lui ont dit avoir été alertés par des voisins, qui «s'étaient émus de la venue de nombreux étrangers» à son domicile.

Contacté par l'AFP, le ministère de la Santé, qui supervise le secteur, rappelle que louer un toit de la sorte est passible de sanctions en vertu d'une loi vieille de près de 70 ans.

+500% de visiteurs

Le Japon n'est pas un cas isolé. En Espagne, France, Allemagne et même à San Francisco, où est basé ce service de réservation en ligne d'hébergement chez l'habitant, Airbnb agace, accusé de faire grimper les prix de l'immobilier en retirant du marché locatif classique des biens désormais proposés aux touristes, et de nombreuses villes tentent de réguler ce type de plateformes.

Mais l'archipel est un terrain particulièrement propice à Airbnb. Présent dans 190 pays avec quelque 2,5 millions de chambres offertes, le site a connu l'an dernier au Japon son expansion la plus fulgurante dans le monde, avec plus de 1,3 million d'utilisateurs (+500% sur un an, soit six fois plus) et 35000 biens désormais recensés (+300%), sur fond d'explosion du nombre de visiteurs dans le pays.

Ils étaient près de 20 millions à fouler le sol nippon en 2015, un bond de 47% par rapport à un an plus tôt, mettant en lumière les carences hôtelières, en particulier à l'approche des Olympiques de Tokyo.

Malgré une insuffisance criante de logements pour accueillir les touristes attendus d'ici à 2020, l'industrie hôtelière a fraîchement accueilli l'intrusion dans le paysage de cette concurrence taxée de déloyale.

«Si nous opérions sous les mêmes règles, je pourrais accepter de perdre la bataille», souligne Satoru Haritani, président de l'Association des ryokan (auberge traditionnelle) et hôtels du Japon. «Mais nous avons d'un côté une industrie soumise à un cadre précis et de l'autre rien. Les règles du jeu ne sont pas les mêmes et cette situation est injuste».

«Ne dites pas que c'est un Airbnb»

Face à cette demande d'équité, Airbnb déplore un choc de cultures, entre tenants d'un système classique jugé obsolète et partisans d'une économie partagée qui bouscule les lignes.

«De nombreux hôtes nous disent que les lois actuelles sont confuses et difficiles à comprendre. En fait, dans certains cas, elles ont été écrites bien avant l'apparition d'Internet», a commenté la plateforme dans une déclaration transmise à l'AFP.

Dans le cadre de ses ambitions touristiques, le gouvernement japonais envisage d'assouplir la loi et d'autoriser les propriétaires à louer un bien dans les zones résidentielles pour une période pouvant aller jusqu'à 180 jours par an, selon les médias locaux.

Pour Lauren, qui propose deux appartements dans sa propriété familiale d'un quartier chic de Tokyo, la situation est intenable et il y a urgence à agir. «Où vont loger les touristes? Quelles normes faut-il établir?», lance-t-elle.

En attendant des mesures plus adaptées, certains prennent leurs précautions en suggérant aux voyageurs de travestir la réalité. Rencontré dans un quartier touristique de Tokyo, Thomas Jurkiewicz, 27 ans, a découvert en arrivant dans son meublé Airbnb une «petite pancarte sur le mur près de l'entrée», flanquée d'un conseil: «Si quelqu'un frappe à la porte, ne dites pas que c'est un Airbnb, dites que vous séjournez chez un ami.»

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