Majestueux cervidé

Un gros orignal mâle de la Forêt Montmorency... (La Presse, David Boily)

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Un gros orignal mâle de la Forêt Montmorency

La Presse, David Boily

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C'est le géant incontestable de nos forêts, celui qui pourrait sans rougir prendre la place du caribou sur les 25 sous. Les chasseurs en rêvent la nuit; les photographes animaliers aussi. Récit de deux safaris d'observation à la Forêt Montmorency, sur les traces du plus gros cervidé du globe.

«On n'a peut-être pas autant d'orignaux au kilomètre carré que dans la réserve faunique de Matane ou de Rimouski, mais les nôtres sont plus beaux. Et plus gros.»

Dans un concours de mon-orignal-est-plus-gros-que-le-tien, Pierre Vaillancourt n'a peur d'aucune comparaison. Guide-naturaliste à la Forêt Montmorency, il anime depuis 10 ans des safaris d'observation de l'orignal, dont il sait reproduire toutes les vocalises. Surtout, il connaît par coeur les 412 km2 de cette forêt de recherche et d'enseignement, la plus grande du monde, située au nord de Québec.

Il sait que dans cette sapinière à bouleaux blancs, l'habitat est taillé sur mesure pour les orignaux, même si la densité de sa population est peu élevée: entre 6 et 8 orignaux par surface de 10 km2, contre 31 pour 10 km2 dans la réserve faunique de Matane. «Les orignaux adorent les chemins forestiers. C'est facile pour eux de se déplacer et ils trouvent beaucoup de nourriture en bordure des routes», explique-t-il pendant qu'il conduit sa «moose mobile», un minibus scolaire jaune. Les coupes qui sont faites ici par les étudiants de l'Université Laval, en exploitation forestière notamment, régénèrent la forêt. «Les pousses de bouleaux sont très prisées par les orignaux. Deux à huit ans après la coupe, c'est la manne!»

Pendant la période automnale de rut, celui que ses collègues surnomment Pierre Le Loup guide les visiteurs à la rencontre des plus grands cervidés du globe. Ses taux de réussite sont élevés : des observations ont lieu dans 80 % des sorties. N'empêche, l'orignal n'est pas facile à approcher. Il n'a pas une excellente vue, mais cette faiblesse est compensée par une ouïe et (surtout) un odorat très développés. Du coup, plusieurs précautions sont nécessaires pour ne pas l'effrayer.

Ainsi, lorsque le guide immobilise le minibus près du Grand Bûcher, le modus operandi est déjà bien établi : «On va sortir en silence et marcher en file indienne. Puis, on se planque et je calle. S'il y a une réponse, on verra.»

Sur la route, des traces indiquent qu'un animal est passé récemment. Un mâle a marqué les arbres qui bordent la route avec son panache il n'y a pas longtemps. Portant ses mains à sa bouche, Pierre Vaillancourt imite le cri d'un petit mâle. Silence. Il frotte un aviron sur les arbres pour imiter le bruit d'un panache. Toujours rien.

Quelques pas plus avant, puis il est là. Un mâle immense, dans la force de l'âge, coiffé d'un panache de 140cm d'envergure. On ne s'attendait pas à le voir là; il ne nous a pas sentis. La surprise est réciproque. Rapidement, il retraite vers le couvert forestier. Il ne sortira plus.

«On s'est fait pogner les culottes baissées!» lance Pierre Vaillancourt, de retour dans le minibus. «Il n'a pas répondu à mon appel, mais s'il n'a pas bougé, c'est qu'il était en confiance. Ce mâle est un des gros géniteurs du parc qui doit peser près de 550 kg. Un fantasme de chasseur! On le connaît bien. On l'a surnommé Monique.»

«Est-ce que Monique aurait pu charger?» demande un participant. «En théorie, l'orignal n'est pas agressif, mais en pratique, il peut charger.»

Pendant les 10 jours que dure le rut, les orignaux sont souvent plus agressifs. Les mâles adoptent un comportement territorial et s'affrontent à coups de panache pour établir leur domination, des femelles peuvent aussi se battre pour un mâle.

«La période d'ovulation survient en général entre le 25 septembre et le 5 octobre. La femelle est réceptive de 24 à 36 heures, maximum 48 heures. Elle va alors émettre des plaintes d'acceptation.»

En compagnie de Pierre Vaillancourt, on comprend vite que pour avoir la chance d'observer un orignal, il faut maîtriser «l'art du call» : savoir quelle vocalise utiliser selon les circonstances. Et savoir tendre l'oreille pour décoder le moindre mugissement.

Les techniques d'appel sont à peine évoquées dans les safaris destinés au grand public, qui se tiennent au coucher du jour. Aux aurores, toutefois, Pierre Vaillancourt offre une sortie guidée pour initiés - chasseurs ou photographes animaliers - et fait partager avec ce groupe restreint (six personnes maximum) des conseils pour l'appel, le pistage, l'approche.

Pendant ce safari matinal, la période d'affût est plus longue et souvent moins confortable. Point de mirador ou de belvédère où se poser. Les participants plongent dans l'habitat de l'orignal et lorsqu'ils le débusquent, ils se cachent à même le sol pour l'observer.

Le lendemain de la brève rencontre avec Monique, nous sommes donc repartis au lever du jour pour un second safari en compagnie du guide-naturaliste. Cette fois, les participants sont des amateurs de chasse; ils sont tous en habits de camouflage, de pied en cape.

La chance nous sourira, encore une fois. Pendant près d'une heure, nous pourrons observer un mâle et deux femelles adultes, accompagnés d'un veau de l'année. Ils s'alimentent à 250m de nous à peine, pleinement conscients d'être observés.

«Ils savaient qu'on était là», dira Pierre Vaillancourt lorsqu'on aura quitté les lieux sans déranger les orignaux. «Ils ont pointé les oreilles dans notre direction; le mâle a levé la tête. La survie de l'orignal est reliée à sa capacité de prendre la fuite... Si on s'était avancé davantage, ils se seraient éloignés, c'est certain.»

Mais Pierre Le Loup connaissait la limite à ne pas franchir pour ne pas faire fuir celui qui est chez lui à la Forêt Montmorency. foretmontmorency.ca

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