Gloutons en action

Des touristes attendent et observent les ours noirs... (La Presse, David Boily)

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Des touristes attendent et observent les ours noirs depuis un abri dans la réserve faunique des Laurentides.

La Presse, David Boily

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Plusieurs le considèrent comme le plus féroce des prédateurs de nos forêts. Mais ceux qui craignent l'ours noir le connaissent-ils vraiment? À la réserve faunique des Laurentides, mais aussi ailleurs au Québec, des activités d'observation permettent de démystifier cet incorrigible glouton.

Les ours sont des gloutons invétérés; une pléthore de dessins animés nous l'a prouvé.

Il ne faut donc pas se surprendre que ce soit par le ventre qu'on attire les Yogi, Paddington et autres Winnie en chair et en os.

Du vendredi au dimanche, jusqu'à la fin août, on peut voir les ours noirs faire bombance à la brunante à la réserve faunique des Laurentides. Des activités d'observation sont proposées depuis des années dans ce territoire 15 fois grand comme l'île de Montréal.

Dans cette vaste étendue de lacs, de collines et de vallées, l'ours noir règne en maître. Des 70 000 ours noirs recensés au Québec, 40 000 se trouvent au centre du Québec, dont 1500 dans la réserve faunique des Laurentides, selon la guide naturaliste Marie-Hélène Chabot.

Avant d'accéder aux miradors d'observation, les visiteurs se rassemblent au Centre de services du Camp Mercier pour une conférence sur l'ours noir. Photos, illustrations, crâne ou fourrure : tout est mis à profit pour présenter celui que tous - nous sommes près d'une vingtaine dans le groupe - ont hâte d'admirer.

C'est l'occasion de défaire quelques mythes sur l'animal. «Non, ne faites pas le mort si vous croisez un ours. C'est un animal curieux qui pourra vouloir vous sentir, vous retourner... et il pourrait vous blesser avec ses griffes, explique Marie-Hélène Chabot. Il vaut mieux garder un contact visuel avec l'ours, lever les bras pour signaler notre présence et parler d'une bonne voix, sans crier, pendant qu'on agrandit la distance entre lui et nous.»

À savoir : L'ours est surtout actif à l'aube et au crépuscule. En mi-journée, il se repose. Et il digère.

Après la présentation, le groupe prend la route dans un long convoi. Pas d'autobus ici. Les participants doivent utiliser leur véhicule pour franchir, sur la route 175, les quelque 65 km qui séparent le Centre de services du site d'observation, situé près du lac Fritzjalds.

Depuis les deux miradors haut perchés, entourés d'une clôture électrifiée, on peut voir un grand espace nu, bordé par une forêt de conifères. À intervalles réguliers, des pierres plates sont posées sur le sol. C'est sur celles-ci que Marie-Hélène Chabot va déposer la collation censée attirer les ours : un mélange de gâteaux industriels et de confiture.

Ces aliments si peu naturels ne risquent-ils pas de rendre l'ours malade (et dépendant)? Non, dit la guide, car la quantité de cette préparation ingérée par les ours est minime par rapport à leur diète quotidienne, et les activités d'observation ne sont pas offertes tous les jours.

En sifflant pour prévenir les ours de sa présence, la guide marche d'une roche à l'autre et y dépose une généreuse quantité de mixture. Avant de remonter à bord de son camion, elle frappe entre eux les seaux désormais vides. Le signal est donné. La collation est servie et les ours peuvent arriver.

Il ne faudra pas attendre cinq minutes avant de voir arriver le premier client : un mâle immense qui s'affale plus qu'il ne s'assied devant une pierre à une cinquantaine de mètres à peine du mirador, dans un repli du terrain. Il engouffre la nourriture à pleines pattes. Un lièvre, pas peureux, s'approche dans l'espoir vain de chiper quelques miettes.

Bientôt, un deuxième ours, plus jeune que le premier, s'aventure dans la zone dégagée pour s'attaquer à la pile de gâteaux laissée sur une roche. Un troisième apparaît à la lisière de la forêt pour disparaître aussitôt. On ne le reverra qu'une heure plus tard.

Au total, cinq ours différents viendront profiter de la collation pendant les deux heures que dure l'activité d'observation.

Pour quiconque est déjà allé au zoo, voir un ours n'a rien d'exceptionnel. Mais dans son habitat naturel, loin de la civilisation, c'est lui le roi et chaque nouvelle apparition a déclenché une vague d'excitation dans les miradors. Les lunettes d'approche, essentielles, sont passées de mains en mains avec frénésie.

Seule déception : aucun ours n'a osé s'approcher de la pile de nourriture laissée à quelques mètres du mirador. «Il faut être très calme et silencieux pour que ça arrive», explique la guide. Mais aujourd'hui, il y a de toute évidence trop d'humains au goût des ours...

Comme pour tous les animaux sauvages, l'observation n'est pas ici garantie. Mais elle est très, très probable. Le taux de réussite tourne autour de 95 %. «Le meilleur moment pour voir les ours noirs ici est peut-être de la mi-juillet à la fin de la première semaine d'août. Ils sont alors habitués à notre présence et la saison des petits fruits n'est pas commencée. Certains soirs, on peut voir jusqu'à 10 ours différents et, parfois, une femelle avec ses petits. Lorsque les bleuets sont en grandes talles, les ours sont davantage dispersés sur le territoire.»

Un ours noir tombe face à face avec... (La Presse, David Boily) - image 2.0

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Un ours noir tombe face à face avec un porc-épic qui semble lui aussi affamé.

La Presse, David Boily

Notre groupe n'a pas eu cette chance, mais il a pu assister à un face à face tendu entre un ours et un porc-épic frondeur. L'ours a dû insister pour chasser le porc-épic de son festin. Ce dernier est parti à contrecoeur, les épines toutes hérissées de mécontentement.

Repères 

L'observation de l'ours noir est offerte du vendredi au dimanche, jusqu'à la fin août, à la réserve faunique des Laurentides. Prix : 27 $ par adulte, 13,50 $ pour les 17 ans et moins. Des sorties avec guide privé sont aussi possibles.

Informations : www.sepaq.com/rf/lau

Sous la loupe

  • Nez : L'ours noir est doté d'un odorat étonnant : il est capable de sentir jusqu'à 1 km de distance. Un super pouvoir qui compense sa faible vue.
  • Pieds : Les empreintes et les excréments, souvent violets en raison des pelures de bleuets, sont les indices les plus probants du passage d'un ours dans le secteur. «On peut aussi observer des troncs d'arbres cassés ou des coups de griffes sur l'écorce», dit Marie-Hélène Chabot.
  • Estomac: La diète de l'ours noir est composée à 75 % de végétaux. Véritable omnivore, il mange aussi des insectes ainsi que des animaux vivants ou morts depuis peu. Pour faire sa réserve de graisse en prévision de l'hiver, il peut manger jusqu'à 20 heures par jour. «Entre novembre et avril, alors qu'il est en période de somnolence, il perd entre 30 et 35 % de son poids», explique la guide.
  • Épaule : Chez un ours noir adulte, la hauteur au garrot varie entre 66 et 91 cm. «Mais debout, il peut atteindre 1,9 m de hauteur», dit Marie-Hélène Chabot. Le mâle peut peser jusqu'à 270 kg, soit presque deux fois plus que la femelle.
  • Jambe : «L'ours est capable d'atteindre des pointes de vitesse de 55 km/h sur de courtes distances, explique Marie-Hélène Chabot. C'est aussi un excellent grimpeur et un très bon nageur.» Bref, il vaut mieux ne pas essayer de le fuir en s'échappant... Il aura toujours le dessus.

Observer l'ours ailleurs

Des activités d'observation de l'ours noir sont offertes dans plusieurs pourvoiries et centres de plein air du Québec. Le prix varie, mais le principe reste le même : les ours sont appâtés et les humains profitent d'un lieu sécuritaire pour les observer. Quatre adresses, non testées.

Région de Québec

Station Duchesnay

Offerte par Aventure Inukshuk, cette activité permet d'observer, outre l'ours noir, le castor, le chevreuil et plusieurs oiseaux. Prix : 25 $ par personne (12,50 $ pour les 6 à 12 ans). De la mi-juin à la mi-octobre.

www.aventureinukshuk.qc.ca/activites/observation-dours

Mauricie

Aux berges du Saint-Maurice

Dans cette auberge en bois située à Saint-Jean-des-Piles, des activités d'observation de l'ours noir sont proposées, et pas qu'aux clients en hébergement, au coucher du soleil. Les ours sont ici nourris par les oeufs du poulailler. Prix : 35 $ par adulte, observation garantie.

www.cdit.qc.ca/absm/auberge/observe/observe.htm

Manicouagan

Ferme 5 étoiles

Jusqu'à la mi-octobre, ce centre de vacances situé à Sacré-Coeur offre une activité d'observation de deux heures en compagnie d'un guide. Pas besoin de loger sur place. Le transport vers le site d'observation se fait en autobus. Tarif : 34 $ par adulte, 28 $ pour les 12 à 17 ans, 17 $ pour les 5 à 11 ans.

ferme5etoiles.com/fr/activites/observation-de-lours-noir

Saguenay Lac-Saint-Jean

Okwari Aventures

Ici, l'observation de l'ours noir se fait dans le secteur de La Baie, à Saguenay, et peut être jumelée à une sortie en rabaska ou à une randonnée guidée au canyon de la rivière à Mars. Prix : 25 $ par adulte, 14 $ pour les 12 ans et moins.

okwari.riviereamars.com/fr

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