Dans la peau de peintres préhistoriques

La reproduction des fresques originales de la grotte... (AFP, Jean-Pierre Muller)

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La reproduction des fresques originales de la grotte de Lascaux est un travail de titan.

AFP, Jean-Pierre Muller

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Laurent BANGUET
Agence France-Presse
Montignac

La résine synthétique a remplacé la roche et les projecteurs, la lampe à graisse mais, 18 000 ans après, les peintres d'un atelier spécialisé du sud-ouest de la France retrouvent les gestes des artistes de la grotte de Lascaux, dont la première réplique intégrale ouvrira à la fin de l'année.

Surnommée «la Chapelle Sixtine de la préhistoire», la grotte de Lascaux, classée au patrimoine mondial de l'humanité, est fermée au public depuis 1963 pour la préserver des dégradations. Une première réplique, ouverte en 1983, ne représente qu'une partie de ses parois ornées datant du paléolithique supérieur.

À Montignac, à 1,5 km de la grotte originelle, c'est l'ensemble des aurochs, chevaux, cerfs et autres fabuleux animaux de la grotte qui reprennent vie sous le pinceau des experts de l'Atelier des fac-similés du Périgord (AFSP).

Un travail de titan, entamé fin 2012 et réalisé en un temps record par les sculpteurs, peintres et métallurgistes venus de tous horizons (restauration, décors de cinéma, etc.). «Environ huit mois de travail cumulé» pour chacun des 46 éléments nécessaires au projet, souligne Francis Ringenbach, directeur artistique de l'Atelier.

Tout commence par le «fraisage numérique» d'énormes blocs de polystyrène pour tracer les contours des parois et des plafonds à partir de relevés en 3D réalisés dans la grotte historique. Puis des sculpteurs reproduisent «le moindre creux ou bosse, jusqu'au grain de la roche, chaque détail minéral étant sculpté et ciselé à la main, parfois avec des outils de dentiste», explique Francis Ringenbach, lui-même sculpteur.

Une minutie cruciale pour recréer à l'identique la grotte, car plus rien ne pourra être enlevé ou ajouté à ces tronçons longs de plusieurs mètres une fois le moulage en résine réalisé. «Or nous devons avoir une précision d'assemblage de l'ordre de 10 mm lors de l'installation à Lascaux 4», souligne le responsable de l'Atelier.

Un long travail de peinture peut alors commencer. Des pigments naturels sont d'abord appliqués par couches successives pour reproduire la teinte et le grain de la roche et, enfin, le carnaval des animaux préhistoriques qui ont rendu Lascaux célèbre dans le monde entier.

Point par point

Pour s'approcher au plus près de l'original, chaque peintre s'appuie sur une capture numérique de la grotte diffusée par un vidéoprojecteur, à la façon d'un calque: «Cela nous permet de retrouver la place exacte des animaux sur la paroi», lâche Gilles Lafleur, chef-peintre, concentré sur la reproduction d'une série de cerfs de la «salle des taureaux», longue de 17 mètres.

A l'époque, les peintres de Lascaux «se sont servis de la forme d'une écaille de la paroi pour donner la forme du corps, ils ont juste retracé la ligne du dos de l'animal, rajouté ses pattes, et là, ça formait la tête du cerf», détaille-t-il.

Ils «allaient certainement plus vite que nous, avec des techniques de soufflé, ou les doigts par exemple». «Nous, nous sommes obligés d'être très méticuleux pour reproduire à l'identique, avec en plus la patine du temps qui s'est rajoutée», souligne Gilles Lafleur. «Il faut parfois passer des heures pour reproduire seulement 10 cm2, point par point», renchérit Francis Ringenbach.

Les peintres de l'Atelier travaillent dans de bonnes conditions, à la verticale et avec des lampes high-tech simulant la lumière du jour. Mais il faut s'imaginer leurs ancêtres de Lascaux juchés sur des échafaudages rudimentaires et peignant, les bras en l'air, sur un plafond à plus de trois mètres de haut «dans la pénombre d'un éclairage vacillant!» insiste-t-il. «C'étaient des techniciens extraordinaires, reproduisant de mémoire des animaux, avec leurs déplacements très vivants, des ports de tête...», s'enthousiasme le sculpteur, l'oeil brillant. Lascaux parle encore aux artistes 18 000 ans plus tard: «On retrouve des gestes, c'est assez magique», dit-il.

Dans quelques semaines, les 900 m2 de parois réalisés par l'AFSP commenceront à être acheminés par convois exceptionnels dans le Centre international d'art pariétal de Montignac, en cours d'achèvement au pied de la colline de Lascaux. À un jet de sagaie de la grotte.

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