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L'essor économique de Phnom Penh, ex-ville fantôme

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Des dizaines de nouveaux complexes sont sortis de terre récemment dans un Cambodge qui affiche des taux de croissance économique importants depuis quelques années.

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Phnom Penh

Centres commerciaux et hôtels cinq étoiles flambant neufs : vidée par les Khmers rouges à la fin des années 70, Phnom Penh est en pleine mutation, sous l'impulsion d'une classe moyenne bénéficiant des retombées de la croissance, dans un pays où la majorité de la population vit dans la pauvreté.

À l'intérieur du Aeon Mall, le premier centre commercial géant du Cambodge, acheteurs et curieux font une pause dans leur lèche-vitrines pour prendre des égoportraits devant un immense sapin de Noël occupant le hall central.

Une scène ordinaire dans une grande partie de l'Asie, mais encore inimaginable il y a peu au Cambodge, où environ 20 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

«Cela montre que la ville est en pleine croissance... Le boom que connaît Phnom Penh a contribué à la richesse de ma famille. Nous avons gagné plus d'un million de dollars sur la seule vente d'un terrain», explique Bopha, étudiante, cadette d'une famille de commerçants, croisée devant des devantures de grandes marques.

Jusqu'ici, «j'allais en Malaisie, en Thaïlande ou à Singapour pour des vacances et du magasinage. Ces villes sont pleines de gratte-ciel. Nous allons dans la même direction», ajoute-t-elle, disant sa fierté de voir pousser les gratte-ciel à Phnom Penh.

Symbole de la mutation de la ville, le Aeon Mall a été construit par un groupe japonais avec un budget de 300 millions de dollars.

Des dizaines de nouveaux complexes sont sortis de terre récemment dans un Cambodge qui affiche des taux de croissance économique importants depuis quelques années, malgré le fait que le pouvoir économique reste centralisé par des hommes d'affaires proches de l'homme fort du pays, le premier ministre Hun Sen.

La Banque mondiale estime que l'économie cambodgienne devrait afficher une croissance de 6,9% cette année, bien plus que la Thaïlande voisine, qui a longtemps été la locomotive de la zone, mais plafonne aujourd'hui à moins de 3 %.

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Symbole de la mutation de la ville, le Aeon Mall a été construit par un groupe japonais avec un budget de 300 millions de dollars.

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Logements de prestige

À Phnom Penh, pour les classes les plus aisées tirant leur épingle du jeu, se multiplient les résidences de luxe promettant d'accéder à un «mode de vie urbain sophistiqué», comme dit la publicité pour l'une d'elles.

Des complexes aux noms de rêve comme Diamond Island cherchent à courtiser ces consommateurs qui aspirent à vivre comme dans les mégalopoles des pays voisins. Et peu importe que non loin de là, les rues des faubourgs populaires de Phnom Penh ne soient même pas goudronnées...

Imitant la forme d'un dragon, le premier gratte-ciel de Phnom Penh a été inauguré l'an dernier. Mais malgré ses 39 étages, la Vattanac Capital Tower est déjà vouée à être dépassée. En effet, le gratte-ciel The Peak annoncé par deux entreprises singapourienne et cambodgienne devrait proposer sur 55 étages un hôtel de luxe et plus de 1000 appartements de «prestige».

Le projet Diamond Island, sur un terrain de 100 hectares, comprend, lui, des appartements «de style parisien», avec une réplique de l'Arc-de-Triomphe, dans la capitale de l'ancienne colonie française.

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La rapide croissance urbaine de Phnom Penh, une des plus fortes d'Asie, est un défi pour le pays.

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Frénésie immobilière 

Dans ce décor ouvrent des restaurants et des bars qui restent inaccessibles à la majorité des Cambodgiens, pauvres. C'est le revers du développement.

La rapide croissance urbaine de Phnom Penh, une des plus fortes d'Asie, est un défi pour le pays, au vu de la capacité «limitée» du gouvernement à construire des infrastructures supplémentaires, relève ainsi la Banque asiatique de développement (BAD).

Certains craignent aussi les répercussions de cette frénésie immobilière sur l'architecture de la ville, autrefois considérée comme la «perle de l'Asie», grâce à ses larges avenues à la française, à ses jardins soigneusement entretenus et à ses demeures coloniales.

Une cité animée qui fut transformée en ville fantôme après la prise de pouvoir en 1975 par les Khmers rouges de Pol Pot, qui avaient ordonné l'évacuation de deux millions d'habitants de la capitale.

Depuis le renversement du régime communiste en 1979, la ville s'est de nouveau imposée comme le poumon économique du Cambodge.

«Si nous n'avions pas renversé le régime de Pol Pot en 1979, que serait devenu cet endroit? Clairement, cela aurait fini en plantation de cocotiers», avait ironisé lors de l'inauguration d'une nouvelle construction le premier ministre Hun Sen, lui-même un ancien Khmer rouge.

Pendant que le centre fait peau neuve, convoité par des groupes immobiliers japonais, chinois, coréens ou singapouriens, les plus pauvres, eux, sont relégués vers les faubourgs non asphaltés.

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