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Le bourlingueur: des rêves plus grands que l'Empire State

Quand on planifie un long voyage, on érige... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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Quand on planifie un long voyage, on érige des rêves plus hauts que l'Empire State Building.

La Tribune, Jonathan Custeau

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On part avec dans la tête un idéal d'aventurier. On prépare liste par-dessus liste pour ne rien oublier parce qu'on mettra à pause la vie d'ici, trop longtemps pour les yeux qui nous regardent, pas assez longtemps pour nos yeux déjà tournés vers d'autres horizons. On se donne des départs de longue durée sans soupçonner tout ce que ça façonnera, tout ce que ça transformera.

On part des mois, des années parfois, et on alourdit notre valise d'une certaine nostalgie au fur et à mesure qu'on la décharge du temps qui passe et qu'on laisse en chemin. À défaut de garder ailleurs un pied-à-terre, c'est la tête qui ne parvient plus à revenir complètement. Et on traîne cette nostalgie comme les souvenirs matériels qui n'ont pas trouvé leur place dans les bagages qu'on peinait à fermer.

Quand je suis parti parcourir le monde, je savais que je n'aurais pas envie de rentrer. Je ne me doutais pas que je monterais dans le dernier avion, celui de retour, alors que tout mon être me commandait de ne pas revenir. Cette drogue, cette dépendance à l'ailleurs, avait presque gagné.

La vérité, c'est que je suis revenu en me demandant si je regretterais. Rien ici ne suscitait réellement l'enthousiasme que je renouvelais matin après matin dans une ville étrangère. J'ai laissé une chance à la maxime qui avance que le temps réglera bien des choses. J'ai attendu, attendu et attendu. J'ai reluqué toutes les occasions de partir. Il y a trois ans, à quelques jours près, je suis revenu d'une longue aventure dont on ne revient pas.

Il y a deux semaines à peine, cette date anniversaire me trottait en tête quand j'ai raconté cette aventure à Christian, qui s'affaire ces jours-ci aux derniers préparatifs avant sa propre longue escapade. Christian m'a parlé de l'année qu'il planifie à poser son baluchon de ryokan en ryokan, à trimballer ses affaires de rickshaw en tuk-tuk.

Je n'ai même pas eu ce pincement habituel, cette nostalgie qui m'emplit normalement à l'évocation d'un long voyage. J'ai bien cette jalousie de toutes ces expériences qui gonfleront le bulletin de son école de la vie, mais pas cette envie usuelle de tout plaquer pour faire de même.

Cette quasi-indifférence me tue un peu. Dans cette envie, cette déprime passagère, aussi infime soit-elle, il y avait autrefois tellement de vie. Il y avait les traces d'une cicatrice que je ne veux pas voir s'effacer. Il y a le deuil des plus beaux moments de ma vie, que je me refuse pourtant de conclure.

Cette quasi-indifférence, c'est un peu comme fermer le livre sur le chapitre le plus chargé de sens de mon histoire. C'est avoir l'impression de tourner le dos à ce gain d'indépendance, de confiance, à cette décision assumée de ne plus jamais accepter de prendre les formes d'un moule qu'on tentera de m'imposer.

Le nomade s'est posé il y a trois ans pour se reposer de son périple. Aujourd'hui, il a le souffle plus court. Il s'éloigne moins longtemps, plus souvent, et retrouve parfois les angoisses des sédentaires qui osent à peine rêver d'horizons lointains.

Aujourd'hui, le nomade voit s'éloigner dans la lunette arrière cette jeunesse pleine de naïveté qui érige les rêves plus hauts que l'Empire State. Aujourd'hui, le nomade se demande s'il façonne encore les mêmes rêves avec la jeunesse qu'il a encore devant lui.

Cette indifférence à voir les autres partir signifie-t-elle que j'ai achevé le sevrage de mon tour du monde ou que la peur de ne plus repartir s'est finalement estompée? J'y vois plutôt le sommeil du géant qui se réveillera tôt ou tard pour mettre les voiles à nouveau.

J'aime à croire que ma dépendance n'est nocive que pour ceux qui se voient forcés d'écouter mes interminables récits de voyage. M'est-il permis de ne pas vouloir en guérir?

Suivez mes aventures au www.jonathancusteau.com.

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