S'évader à la manière de Wild

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Dave Collins sur une falaise, à Yosemite

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<p>Gabrielle Thibault-Delorme</p>
Gabrielle Thibault-Delorme

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Réveil au petit matin dans une tente humide. Vous remettez vos vêtements de la veille, appliquez des pansements sur vos pieds avant de les glisser dans vos bottes. Tous vos avoirs compactés dans un sac à dos, vous êtes prêt à repartir. Aujourd'hui, vous marcherez une vingtaine de kilomètres. Il en sera de même tous les jours... pour les six prochains mois. Bienvenue dans le monde de la longue randonnée.

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Un pont rudimentaire

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Kim et Jarrod Hester devant l'auberge Shaw, à... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 1.1

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Kim et Jarrod Hester devant l'auberge Shaw, à Monson

Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme

L'activité est en vogue. Le film Wild de Jean-Marc Vallée, avec Reese Witherspoon, lui a donné un second souffle. Ça risque de se poursuivre à l'automne, avec la sortie de Walk in the Woods, avec Nick Nolte et Robert Redford, qui suit deux hommes vieillissants sur les 3510 kilomètres du sentier des Appalaches.

Chaque année, ils sont des centaines à trimballer leurs énormes sacs à dos du Mexique au Canada, sur l'un des trois sentiers de la Triple Couronne. Ils avanceront kilomètre après kilomètre sur le sentier des Appalaches, à l'est, le chemin des crêtes du Pacifique, à l'ouest, ou la Continental Divide Trail, au centre. De ces centaines, environ 30 % se rendront jusqu'au bout. Nous sommes allés à leur rencontre, au coeur de la nature sauvage, près de l'extrémité nord du sentier des Appalaches.

Les «bébés tortues»

Notre périple débute à Monson, dans le Maine. Auparavant, le sentier traversait le village, devenu un arrêt incontournable sur le chemin. Les randonneurs venus du Nord y retournent à la civilisation, les autres s'approvisionnent à l'épicerie et recueillent des colis qu'ils se sont préalablement envoyés.

Nous avons rencontré Kimberly et Jarrod Hester à l'auberge Shaw, qui accueille les randonneurs depuis des années. Ils ont récemment acheté l'auberge et déménagé de Floride quelques semaines seulement avant notre arrivée. Sur les murs, souvenirs et photos témoignent de l'époque où ils ont entrepris eux-mêmes la randonnée. «Mon voisin l'avait fait. Quand Kim me l'a proposé, j'ai tout de suite dit oui», se souvient Jarrod.

Quelques années avant leur départ en 2008, le couple tentait d'avoir un premier enfant. Kim est tombée enceinte, mais après une joie initiale, sa grossesse s'est terminée en fausse couche. «Ça nous a frappé», raconte Jarrod, «nous nous sommes demandé après si c'était arrivé pour une raison. Y avait-il quelque chose que nous voulions faire et qu'on ne pourrait plus réaliser, une fois parents?»

Sur le sentier, racontent-ils, ils ont rencontré beaucoup de marcheurs endeuillés. «Un grand nombre de gens rencontrés sur le chemin vont y chercher quelque chose d'enfoui au fond d'eux-mêmes. Il faut s'éloigner des distractions de la vie quotidienne pour pouvoir y arriver.»

Physiquement éprouvant, le sentier serait davantage une épreuve mentale, croient-ils. «On doit apprendre à s'accrocher et à lâcher prise en même temps.»

Seuls 10 % des marcheurs qui s'aventurent sur le sentier des Appalaches se rendent au bout du chemin. Jarrod les compare à «des bébés tortues», qui traversent la plage pour se rendre à la mer et risquent d'être dévorés à tout moment.

«Il est dur de savoir qui va arriver au bout», soulignent-ils. «Un homme rencontré sur le sentier transportait une chaise et une table pliante sur son dos. En le voyant, on pouvait croire qu'il allait forcément abandonner. Mais il s'est rendu jusqu'au bout, s'est retourné et a refait le chemin inverse. Depuis, il n'a jamais cessé de marcher.»

Camille Marcellin et Antonio Ramirez ... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 2.0

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Camille Marcellin et Antonio Ramirez 

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Vue de Barren Moutain... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 2.1

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Vue de Barren Moutain

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À la frontière sauvage

Près du village de Monson, une pancarte située au bord de la route prévient les randonneurs : «Passé ce point, vous ne pourrez plus vous approvisionner ou demander de l'aide avant 100 milles [160 kilomètres] au nord. N'entreprenez cette section que si vous disposez de 10 jours de provisions et d'un équipement complet. Il s'agit de la plus grande étendue sauvage du sentier des Appalaches, et la difficulté du sentier ne doit pas être sous-estimée.»

Le téléphone cellulaire y est presque inutile. Il faut se rendre au sommet des montagnes pour capter un réseau. À notre passage, le sentier n'avait pas encore été nettoyé. Des arbres tombés gisaient en travers de la route. En les contournant, on perd le chemin... et de précieuses minutes. 

Les conditions étaient pires au nord. Au sommet du mont White Cap, la neige était si haute que les marques blanches qui guident les marcheurs étaient ensevelies. «On se croyait perdus dans la neige», témoigne Camille Marcellin, partie de la frontière nord du sentier il y a 10 jours, avec son amoureux Antonio Ramirez. 

Après les sommets enneigés, le couple s'est heurté aux débris et à des jours de pluie. «Pour l'instant, ça n'a pas été génial», ajoute Antonio. «Mais on a pu voir le printemps arriver, on a entendu toutes sortes d'oiseaux chanter... et on est tombés sur une boîte magique!» À un jour de marche au nord, une glacière remplie de boissons gazeuses et de bonbons (voir l'encadré) leur a redonné un peu de courage.

Ils passeront la nuit dans un abri de bois à trois murs. On en trouve des centaines, disséminés sur le sentier, à un jour de marche l'un de l'autre. Celui dans lequel nous nous trouvons se situe à proximité d'un plan d'eau. Antonio en profite pour prendre un premier bain depuis le départ.

Originaire de la Floride, il avait déjà affronté le sentier en 2009 et s'était retrouvé forcé d'abandonner à la suite d'une piqûre d'araignée venimeuse à la jambe. Six ans plus tard, il retente l'expérience, cette fois avec sa copine. Ils ont planifié leur périple pendant un an, entraînant leurs jambes sur de nombreux sentiers canadiens en vue de la grande aventure.

Après une nuit glaciale, ils reprennent leur route. Ils rejoindront Monson deux jours plus tard.

Réveil au petit matin... (Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme) - image 3.0

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Collaboration spéciale Gabrielle Thibault-Delorme

Suivez les marques blanches!

À un jour de marche au nord, Jeff Leskosky lève les yeux vers la montagne. Il porte des culottes courtes, ce qui n'a pas épargné ses jambes. Des piqûres de moustiques et des ecchymoses y forment des constellations.

Le jeune homme suit Camille et Antonio depuis le début de son avancée. Au sommet du White Cap, leurs traces lui ont montré la voie. Autrement, il se serait sans doute perdu, constate-t-il. À notre rencontre, Jeff semblait puiser dans ses dernières ressources. «Le sentier ne cesse de monter, de descendre, de monter... il n'y a jamais de moment où il est droit», dit-il en se tartinant d'antimoustique.

Âgé de 19 ans, il comptait marcher seul les quelque 3000 kilomètres du sentier. «Je sentais que si je ne le faisais pas maintenant, j'allais sans doute le regretter», dit-il.

Il voulait atteindre la Géorgie. Après plus d'une semaine de randonnée, il n'en était plus si sûr. Peut-être s'arrêterait-il chez lui, en Pennsylvanie.

Au tout début de l'été, les randonneurs se font rares dans cette section du sentier. La grande majorité des thruhikers commencent au sud et atteindront le Maine vers octobre. Jeff a passé quelques nuits en compagnie d'autres marcheurs, mais il a fait la majorité de sa randonnée en solitaire. «Seul, on n'a personne d'autre pour nous motiver, on doit se faire violence pour se forcer à continuer.»

«Chaque fois que je croisais quelqu'un, j'étais vraiment heureux», dit-il. «Mais en même temps, j'ai appris à apprécier le silence... et la nature.»

Dave Collins sur le PCT... (Photo fournie par Dave Collins, CleverHiker) - image 4.0

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Dave Collins sur le PCT

Photo fournie par Dave Collins, CleverHiker

La Sierra... (Photo fournie par Dave Collins, CleverHiker) - image 4.1

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La Sierra

Photo fournie par Dave Collins, CleverHiker

Retour à la civilisation

Après trois jours de marche, nous retournons à Monson. Trois heures et demie de route plus tard, à Québec. 

«Lorsque je suis revenu, je capotais de voir la vitesse à laquelle roulait la voiture. Tous les milles qui me prenaient des jours à marcher, je les dépassais en quelques heures», se souvient Dave Collins, qui a parcouru les 4270 kilomètres du sentier des crêtes du Pacifique en 2010.

Avec son ami, il marchait près de 30 kilomètres par jour. Le corps se développe, explique-t-il. Pendant cinq ou six mois, faire de la randonnée devient un travail quotidien. «Il faut laisser son travail pour se libérer pendant toute cette période. Certains randonneurs ont bâti leur vie autour de leur randonnée, travaillant pendant six mois pour pouvoir partir après. Certaines personnes ont fait le PCT [chemin des crêtes du Pacifique] une quinzaine de fois.»

Le sentier est devenu leur chez-soi. Aussi exigeant soit-il, il renfermerait le pouvoir de changer sa perspective sur le monde, de revenir à l'essentiel. «Je relis mon journal aujourd'hui et je réalise que j'y étais très heureux, la grande majorité du temps», constate Dave Collins.

«Je n'arrivais pas à réaliser que c'était ma vie, marcher tous les jours dans ces paysages magnifiques. C'est un sentiment qui rend accro.»

Réveil au petit matin dans une tente humide. Vous... (Infographie Le Soleil) - image 5.0

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Infographie Le Soleil

La Triple Couronne

L'ensemble composé du chemin des crêtes du Pacifique, du sentier des Appalaches et de la Continental Divide Trail s'appelle la Triple Couronne. Rares sont ceux qui réussissent à les parcourir tous les trois. En 2013, ils étaient moins de 200 à faire partie du groupe sélect.

Selon les randonneurs, le sentier des Appalaches (AT), bien que plus court, serait plus ardu que le chemin des crêtes du Pacifique (PCT), d'une longueur de 4270 kilomètres, seuls 10 % réussiraient l'AT contrairement à 50 % pour le PCT. Plus scénique, ce dernier accueille toutefois moins de randonneurs par année que le sentier des Appalaches. Les deux sentiers ont été intégrés au Réseau national des chemins de randonnée en 1968.

Le Continental Divide (CDT) les a rejoints 10 ans plus tard. Moins populaire que les deux autres, le CDT s'étend sur 5000 kilomètres et n'est terminé qu'à 70 %, le reste se parcourt avec une carte et une boussole.

La majorité des randonneurs amorcent leur traversée d'un des trois sentiers en avril au sud, près de la frontière mexicaine, et terminent en octobre, près de la frontière canadienne. Ceux qui font le chemin inverse commencent plus tard, soit fin mai, début juin. L'accessibilité aux sentiers est gratuite, il en est de même pour dormir dans les abris à trois murs. Certains campings offrent également des terrains gratuits pour les randonneurs.

Réveil au petit matin dans une tente... (Photo fournie par Camille Marcellin) - image 6.0

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Photo fournie par Camille Marcellin

Astuces pour la randonneuse solitaire

Vous rêvez de vous lancer seule sur les sentiers comme Cheryl Strayed dans Wild? Diane Spicer, randonneuse et blogueuse sur Hiking-for-Her.com, qui s'aventure sur les sentiers depuis l'âge de 13 ans, donne quelques astuces pour se sentir en confiance.

«Quand vous voyagez seule, vous devez être alerte au temps et à ce qui se passe autour de vous. Votre oeil devient plus aiguisé.» À deux, explique-t-elle, on se concentre davantage sur l'autre personne, son rythme, son énergie. Seul, on se concentre davantage sur soi, sur ses besoins.

En même temps, le danger est plus grand. «Seul, vous devez vous assurer que vos aptitudes sont au point. Vous ne pourrez pas vous fier à quelqu'un d'autre.» Avant le départ, il importe d'informer au moins une personne de votre itinéraire et de ne pas le modifier une fois sur place. À deux, dit-elle, vous pouvez vous permettre de prendre plus de risques ou d'emprunter un autre sentier.

Une femme seule risque davantage. Ours et cougars menacent les randonneurs sur le sentier, mais, pour les femmes, l'homme peut aussi s'avérer être un dangereux prédateur. «Je me suis sentie en danger quelques fois. Mais comme j'étais très alerte, j'ai pu me sortir de ces situations en discutant ou en me cachant en bordure du chemin.»

Diane suggère d'emporter une cannette de poivre de Cayenne pour éloigner les ours ou un couteau, au cas où la situation s'envenimerait. «Vous devez agir comme si vous maîtrisiez la situation.» Le mensonge peut aussi servir, ajoute-t-elle. «Parfois, j'ai dit que mon conjoint m'attendait un peu plus loin ou qu'il allait me rejoindre.»

Si elle est plus dangereuse, la randonnée en solitaire en vaut le risque, croit-elle. «Quand vous combattez ce qui vous effraie, vous devenez beaucoup plus forte.»

Info : hiking-for-her.com

Le sentier des Appalaches en cinq minutes

Green Tunnel from Kevin Gallagher on Vimeo.

La boîte magique

Les marcheurs se souviennent avec délice du moment où ils sont tombés sur une boîte magique. Ces boîtes ou glacières, disposées à quelques endroits sur le sentier des Appalaches, contiennent des boissons gazeuses, des bonbons et autres denrées alimentaires. Elles sont remplies régulièrement par des bénévoles. L'inscription «Trail Magic», apparente sur les boîtes, représente aussi tous les actes de générosité des non-randonneurs envers les randonneurs.

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Collaboration spéciale, Gabrielle Thibault-Delorme

Voyagez léger

Votre sac à doc deviendra une extension de votre personne. Tout ce qu'il contiendra ajoutera du poids sur vos épaules et vos jambes. Une fois les sangles ajustées, vous voilà obèse! 

À l'auberge Shaw, avant le départ, les propriétaires offrent de trier le contenu des sacs à dos. L'expérience parle, «après les premières semaines [de randonnée], nous nous sommes débarrassés de beaucoup de choses. Puis nous avons dépensé près de 1000 $ pour nous rééquiper», raconte Kim Hester, propriétaire de l'auberge, qui a marché sur le sentier des Appalaches. 

«La première semaine, on réalise ce dont on n'a pas besoin. J'ai dû me débarrasser de la moitié de mon équipement», témoigne Dave Collins, qui a marché la totalité du chemin des crêtes du Pacifique. Aujourd'hui, il ne transporte que l'équivalent d'un sac d'école. 

Tous les marcheurs ne sont pas obligés de réduire autant leur équipement. La règle de base : votre sac, une fois rempli, devrait peser moins que le quart de votre poids; le tiers pour une personne très active.

Info : cleverhiker.com

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