S'inviter chez les Cubains

Notre maison à Matanzas, chez Idael et Dania,... (Collaboration spéciale Mylène Moisan)

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Notre maison à Matanzas, chez Idael et Dania, et leur voiture devant.

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(Viñales, Cuba) La première fois que je suis allée à Cuba, en 2002, l'agent de voyage m'a demandé si je voulais un hôtel donnant sur une plage avec Cubains. Ou sans.

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La magnifique plage de Cayo Jutias

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Notre gentil guide à cheval, Jiovanni.... (Photo collaboration spéciale Mylène Moisan) - image 1.1

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Notre gentil guide à cheval, Jiovanni.

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C'était une vraie question, il y avait dans la grille de choix d'hôtels l'option de ces plages pour touristes seulement. L'agent m'avait même fait une confidence, «ce sont les plus belles du pays». Ainsi, les Cubains n'avaient pas accès aux plus jolis coins de l'île, au profit des touristes.

Au profit tout court.

J'y suis retournée pour une cinquième fois en janvier, le dernier voyage remontait à 2007. Huit années se sont écoulées depuis ma dernière visite, et pourtant, on aurait dit un siècle. Le pays a changé, déjà.

D'abord, les Cubains ont maintenant accès à toutes les plages de leur pays, à une seule exception, Cayo Levisa, qui demeure encore aujourd'hui le point de départ de prédilection des balseros, ces Cubains qui tentent d'atteindre la Floride à bord d'embarcations de fortune, parfois faites de simples chambres à air.

En 2011, 1000 Cubains ont été interceptés par la garde côtière américaine, deux fois plus que l'année précédente.

Nous sommes allés à Cayo Levisa, une des rares escales en bord de mer que nous avions prévues pendant nos deux semaines de voyage en famille. En marge des circuits touristiques, l'île ne vaut pas tellement le détour, à moins peut-être de séjourner quelques jours à l'hôtel qui s'y trouve.

Et encore.

Nous n'avons pas pu mettre l'orteil à l'eau, à peine les pieds dans le sable, la plage et la mer étaient prises d'assaut par les méduses. Nous avons préféré, et de loin, Cayo Jutías, plus à l'ouest sur la côte, beaucoup moins touristique. Vous prenez un taxi pour la journée, il vous y emmène, vous attend, pour une cinquantaine de dollars.

Suffit de marcher un peu pour vous éloigner, vous serez seuls au monde, du sable blanc sous les pieds, une mer turquoise sous les yeux.

Relief unique

Nous avions déposé nos sacs à dos pendant une semaine à Viñales, une petite ville sympathique dans l'ouest de Cuba, à travers les montagnes et les champs de tabac. La région est connue comme étant le garde-manger du pays, une grande partie de la production maraîchère s'y concentre.

Cayo Jutías, la plage la plus proche, est à une heure de route.

Au-delà de la ville, Viñales est une vallée verdoyante classée au patrimoine de l'UNESCO, entre autres pour ses mogotes, d'énormesbuttes de calcaire qui ont l'air sorties de nulle part, et qui donnent à la région un relief unique.

Tout simplement magnifique.

La plupart des activités touristiques proposées dans ce coin de pays ont un lien avec ses excroissances du paysage. Le meilleur moyen de visiter est à dos de cheval, les habitants sont des cavaliers aguerris, vous en trouverez plusieurs prêts à vous guider pour une visite des alentours.

Il faut compter environ cinq pesos convertibles par heure, par cheval. Le guide peut vous faire un itinéraire sur mesure.

Nous avons exploré la vallée avec Giovanni, un guide gentil et discret recommandé par nos hôtes, Analuisa et Jorge. Viñales compte des dizaines de gîtes chez l'habitant, il vous en coûtera entre 20 et 30 pesos par nuit. N'hésitez jamais à demander conseil aux propriétaires, ils n'attendent que ça.

Au jour et à l'heure convenus - les gens y sont très ponctuels -, Giovanni est arrivé devant notre maison, nous a accompagnés chez lui où nous attendaient patiemment nos montures, de belles bêtes habituées aux cavaliers du dimanche.

Nous avons passé quatre heures avec lui, il nous a d'abord conduits chez un producteur de tabac, Juan, qui nous a expliqué avec moult détails comment il bichonnait ses feuilles, de quelle façon il les faisait sécher. Il a roulé un cigare devant nous, le tendre époux ne s'est pas fait prier pour y goûter.

Juan nous a expliqué qu'il peut garder - et vendre - 15 % de sa production, le reste est destiné à l'État.

Nous sommes remontés sur nos montures vers une grotte, nous avons laissé les chevaux se reposer à l'ombre pendant que nous nous sommes aventurés dans l'obscure crevasse sous la montagne. Giovanni est de ces nombreux Cubains qui possèdent maintenant un cellulaire, il s'en est servi pour éclairer le chemin.

Une scène inimaginable il y a sept ans.

Nous avons repris la route, sous un soleil tapant, vers une fermette familiale où on produit entre autres du café et de la canne à sucre. Une escale bienvenue pour se dégourdir les pattes, pour prendre un bon jus de fruits, pressés sous nos yeux, et pour chiquer de fines éclisses de canne à sucre.

Les enfants couraient derrière les poules.

Nos deux garçons ont adoré se balader à cheval, le plus petit était avec son père, le plus grand, avec Giovanni. Ils en ont redemandé, tant et si bien que nous avons rappelé l'ami pour une balade de deux heures, à travers les mogotes. Nous avons fait une petite escale près d'un lac, presque totalement évaporé.

Il n'avait pas plu dans la région depuis trois mois.

Il a plu pendant que nous y étions, chanceux que nous sommes. Une pluie drue, tropicale. Débrouillards, nous en avons profité pour visiter la Cueva del Indio, littéralement la grotte de l'Indien. L'endroit est fort bien aménagé, un éclairage discret et efficace éclaire nos pas et avive le relief.

Le reste de la grotte se traverse en bateau, une embarcation attend les visiteurs dans le ventre de la montagne. Les navettes sont nombreuses, elles se relayent au gré des touristes qui arrivent au quai. L'attente est brève, juste assez pour explorer les cavités autour, qui, nous le devinons, servent de repaires aux jeunes du coin le soir venu.

La région est aussi très populaire auprès des adeptes d'escalade qui se colletaillent aux parois des mogotes depuis des années, dans une illégalité relative. Officiellement interdite, la pratique de ce sport semble toutefois tolérée par les autorités, qui ferment les yeux sur les violations au règlement.

Début février, une compétition y était même organisée.

À la sortie de la grotte Del Indio.... (Photo collaboration spéciale Mylène Moisan) - image 2.0

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À la sortie de la grotte Del Indio.

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La cour de notre maison à Vinales, avec... (Photo collaboration spéciale Mylène Moisan) - image 2.1

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La cour de notre maison à Vinales, avec un paysage de carte postale derrière.

Photo collaboration spéciale Mylène Moisan

Hôtes formidables

Nous avons habité chez un couple formidable, qui n'a ménagé aucun effort pour rendre notre séjour mémorable. Avec quatre chambres, Analuisa et Jorge embauchent même quelques personnes pour leur donner un coup de main, aux fourneaux et au ménage. La nourriture y est succulente, les portions, gigantesques.

Mon grand garçon a demandé à avoir les recettes, entre autres le poulet aux tomates et les fèves noires, pour que je les refasse à la maison.

Nous nous sommes régalés partout où nous avons cassé la croûte, autant dans les restaurants que chez les Cubains. Rien à voir avec les tout-inclus qui, c'est un fait notoire, offrent une cuisine au mieux fade, au pire infecte. C'est ce qui revient toujours dans l'avion au retour, «on était bien, mais la bouffe»...

Le régime s'étant assoupli au cours des dernières années, les Cubains peuvent aujourd'hui gérer un petit commerce ou un restaurant. Une révolution pour le touriste qui peut maintenant manger indien à La Havane, italien à Viñales. Celui-là s'appelle El Olivo, sur la rue principale, on y sert des cannellonis divins. Pour la modique somme de quatre pesos convertibles, des CUC de leur petit nom, à peu près l'équivalent du dollar américain. Les Cubains prononcent «couques», ils en ont de plus en plus.

Une grande partie du commerce, pour l'achat de voitures et d'objets de luxe notamment, s'effectue en CUC.

Cela n'empêche pas les problèmes récurrents d'approvisionnement, il n'y avait plus une bière locale à vendre quand nous avons mis les pieds à Viñales, la pénurie a duré presque une semaine. Même chose pour le papier de toilette et l'eau embouteillée, qui sont à l'occasion en rupture de stock.

Il n'y avait du fromage qu'à La Havane, à deux heures de route.

L'effervescence de La Havane

Nous avons gardé la capitale cubaine pour la fin, quelques jours dans l'effervescence d'une ville unique, et multiple. Chaque quartier est un voyage en soi, l'estudiantin et branché Vedado, la pittoresque vieille ville, le huppé Miramar. Et le Centro, pour la copie conforme du Capitole et autres incontournables.

On n'arrive jamais vraiment à faire le tour de La Havane.

Nous avons choisi là aussi une casa particular, dans Vedado, la Casa Mirador La Colina de Aymee et Gaspar, qui nous ont accueillis avec un succulent mojito. Et un bon jus de fruits pressés pour les enfants. Leur logement est situé au dernier étage d'un petit édifice, en face de l'Université de La Havane.

Chanceux que nous sommes, notre maison s'est retrouvée le deuxième soir à l'intérieur d'un périmètre de sécurité, érigé pour la marche des flambeaux, cette cérémonie annuelle en l'honneur de la naissance de José Marti. Il aurait eu 162 ans. De notre balcon, nous étions aux premières loges pour voir défiler ces milliers d'étudiants, chandelle à la main, cris patriotiques aux lèvres, enflammés par les discours officiels et les envolées de la fanfare militaire.

Avec leurs casquettes Nike et leurs robes dernier cri, cellulaires à la main, ils scandaient les slogans éculés de la révolution, celle de 1959, entre autres «la patrie ou la mort, nous vaincrons». Nos hôtes ont brandi leur drapeau cubain, avec quelque chose comme la fierté d'avoir pris un chemin différent.

D'avoir résisté, faute d'avoir vaincu.

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