Le bourlingueur: voyager à l'école de la vie

J'ai fini par marcher à ma façon dans... (La Tribune, Jonathan Custeau)

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J'ai fini par marcher à ma façon dans les traces de ceux qui se sont payé une course autour du monde. J'ai fini par laisser mes propres traces aussi, comme ici, dans le désert de Wadi Rum en Jordanie.

La Tribune, Jonathan Custeau

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(Sherbrooke) J'ai mis du temps à comprendre l'expression «école de la vie». Sûrement parce qu'il faut vivre au moins un peu pour comprendre le concept qu'il y a des choses qui ne s'enseignent qu'à l'extérieur des institutions scolaires.

J'ai pris mon premier billet pour un cours en accéléré deux semaines après mes études universitaires. Pour la première fois, j'irais en Europe. Paris, Barcelone, Rome, Venise... J'avais entassé tout ça dans le même itinéraire, juste au cas où je ne repartirais jamais. L'appel du voyage n'avait pas encore sonné.

À peine revenu, je planifiais pourtant déjà un autre périple. Dans les années suivantes, j'ai ajouté une dizaine de tampons à mon passeport.

Puis est arrivée l'année 2011. Je me rappelle encore l'appel de candidatures pour la nouvelle mouture de la Course autour du monde. Y'a toutes sortes de raisons qui font qu'on n'y va pas. Les règlements, des fois, ou juste le vertige de se lancer dans le vide pour vivre quelque chose de vraiment différent, de vraiment nouveau.

Je me souviens d'Hervé, de Ninon, de Gabriel et d'Axel, entre autres, qui avaient été sélectionnés. Dans leur portrait vidéo, ils avaient dans le regard ce je-ne-sais-quoi qu'il me manquait et qui me faisait envie. Je me souviens des univers qu'ils ont créés, des fourmis que j'avais dans les jambes à les regarder et de la jalousie qui me faisait les détester un peu de les voir happer la vie, la vraie, qui les menait à la rencontre de l'autre.

C'était un coup de pied parmi tant d'autres qui me disaient de partir, de prendre une grande respiration et de plonger. J'ai manqué d'air pendant quelques heures quand j'ai demandé mon congé sans solde. J'ai étouffé en dressant mon budget... après avoir obtenu ledit sans solde.

Mais en trois mois, j'ai bouclé mes valises, ma vie, mon budget et je me suis laissé porter au large. J'ai mis le cap vers l'inconnu qui me faisait envie, le doute bien emmagasiné au creux de l'estomac.

J'ai bourlingué pendant six mois, à trouver mon erre d'aller, à mordre un peu plus dans la liberté chaque jour. J'ai foulé une vingtaine de pays, quatre continents, et visité 72 villes inoubliables, de Sydney à Tokyo, de Bangkok à Athènes, en passant par Rio de Janeiro et La Havane. Je montais du même coup dans 28 avions et prenais plus de 16 000 photos.

Je suis revenu avec l'impression de couler, avec ce sentiment d'avoir bâti ma maison un peu partout, de l'avoir construite dans un endroit abstrait, et de ne plus savoir la déployer là où on attendait que je revienne à une vie normale.

J'ai eu l'urgence de repartir des dizaines de fois. Mon sac à dos ne quitte plus le pas de la porte. J'ai visité plus de pays que j'ai d'années de vie et je ne compte pas m'arrêter. J'ai appris à dire bonjour dans des langues dont j'ignorais l'existence. J'ai mangé des aliments que je ne croyais pas comestibles.

Laisser sa trace

J'ai fini par marcher à ma façon dans les traces de ceux qui se sont payé une course autour du monde. J'ai fini par laisser mes propres traces aussi. Je me suis gravé mes propres images de Gibraltar, que j'avais en tête depuis les rencontres fabuleuses qu'Hervé avait racontées en documentaire.

On n'apprend jamais autant sur la vie, sur les autres, sur soi-même, que quand on s'ouvre à la différence. J'ai oublié comment je faisais avant, quand j'ignorais qu'il y a partout là-bas tellement de richesses, de traditions, de paysages à découvrir. J'ai oublié comment je faisais pour croire qu'une seule vie suffirait pour comprendre. Plus je voyage plus je réalise que je ne sais rien.

Voyager, c'est apprendre la tolérance. C'est devenir l'étranger de quelqu'un d'autre et s'ouvrir les yeux. C'est aimer des endroits, des individus qu'il nous faudra quitter. C'est pleurer sa vie d'accumuler des moments qu'on ne peut collectionner comme s'il s'agissait de simples bibelots. C'est éclater de bonheur dans la seconde d'après en profitant d'un de ces moments qui ne reviendra pas.

Mon bonheur à moi ne sera donc jamais juste ici. Il ne sera pas dans le travail, dans la bagnole de l'année ou dans la grande maison que je pourrais m'acheter. Pour moi, il sera dans la différence que je ferai, dans la différence que je m'imposerai de côtoyer et d'expérimenter. Il sera dans le rapprochement avec des mondes à l'opposé du mien. Il sera dans ces gens qui, sans parler ma langue, sans me connaître, me redonneront confiance en me tendant la main.

C'est ce monde-là que je ne peux m'empêcher de partager chaque semaine avec vous. Ce monde-là, c'est mon école de la vie à moi.

Suivez mes aventures au www.montourduglobe.com

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