Lac Atitlán: ma première cérémonie maya

Autel où j'ai vécu ma première cérémonie maya.... (COLLABORATION SPÉCIALE PATRICIA CLOUTIER)

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Autel où j'ai vécu ma première cérémonie maya.

COLLABORATION SPÉCIALE PATRICIA CLOUTIER

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(Lac Atitlán, Guatemala) L'autobus nous laisse tout en haut d'une montagne, près du minuscule village de San Andrés Semetabaj, après un trajet sinueux et cahoteux, comme c'est presque toujours le cas au Guatemala.

Tata Domingo dirige la cérémonie maya.... (Collaboration spéciale Patricia Cloutier) - image 1.0

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Tata Domingo dirige la cérémonie maya.

Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Le guide spirituel Domingo Tata nous accueille, tout sourire, et nous guide à travers la forêt jusqu'à un autel maya, qui ressemble, en fait, à un kiosque en bois avec des bancs et une place centrale pour faire un feu.

Ce jour-là, le vent souffle très fort. Si bien que ce sont les Guatémaltèques qui doivent fournir - ironiquement - une «petite laine» au groupe de six Québécois qui gèlent en culottes courtes et en sandales.

On aide Tata et son fils à préparer les innombrables chandelles colorées, les pastilles d'encens, le bois sacré, le sucre et l'alcool, qui sont autant d'offrandes auxquelles on donnera un bisou, avant de les jeter dans le feu pour les dieux.

Après que Tata ait demandé la permission à l'esprit du lieu, la cérémonie peut commencer. On se laisse facilement bercer par ses incantations incompréhensibles (il parle son dialecte, le cakchiquel). Notre traductrice nous informe qu'il est temps maintenant de méditer, en suivant trois étapes : remercier les dieux, leur demander pardon et demander leur bénédiction. Grande ressemblance avec mes origines catholiques ici. Le Tata fait même le signe de croix à plusieurs reprises, en précisant que pour les Mayas, ça représente les quatre points cardinaux.

On nous invite à faire 13 tours autour du feu. Un chiffre qui revient souvent au cours de la cérémonie parce qu'il représente les 13 niveaux d'énergie. Puis, on médite sur chacun des 20 nawals (types d'énergie) mayas. Ce sont en fait 20 thèmes reliés à la nature, qui représentent la mort, le travail, la santé, l'amour, la famille, etc. Lorsque notre nawal personnel est nommé (il avait préalablement été noté pour nous sur un petit carton), le guide spirituel nous asperge d'alcool, met ses mains sur notre tête et fait une série d'incantations.

Calculé à partir de ma date de naissance, mon type d'énergie, le Iq', représente le vent. Plus tard, Tata me dira qu'il caractérise des personnes fortes, qui s'adaptent à toutes les situations, mais qui peuvent aussi avoir des vies instables. Mon nawal de vocation, le T'z'i, est celui d'un leader. Je fronce les sourcils, mais Tata me rassure. Être journaliste permet d'exercer une forme de leadership. Je suis sur la bonne voie.

Pour les Mayas, les croyances spirituelles et les sciences, comme l'astronomie, la biologie et la psychologie, sont toutes imbriquées l'une dans l'autre. Les nawals sont donc un type d'horoscope assez évolué.

Un rituel sur demande

La cérémonie dure en tout près de deux heures, en incluant les légendes que Tata raconte sans se lasser et qui mettent en scène la lune, le soleil, et des lucioles qui se posent sur le bout d'un bâton pour faire semblant d'être le feu.

Des cérémonies comme celles-là, on n'en fait pas tous les dimanches, à la même heure, mais quand on en sent le besoin. Lorsqu'une famille a un problème, elle va voir le guide spirituel du village pour aller dans la montagne et poser des questions au feu sacré, qui offre ses réponses.

Une femme écrasant le maïs sur une pierre... (Collaboration spéciale Patricia Cloutier) - image 2.0

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Une femme écrasant le maïs sur une pierre traditionnelle pour en faire de la farine 

Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Un des mets servis de la Red Ruta... (Collaboration spéciale Patricia Cloutier) - image 2.1

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Un des mets servis de la Red Ruta del Sabor. Poulet pépian accompagné de riz, de légumes et d'un tamalito    

Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Du maïs, et encore du maïs

Vous n'aurez pas de mal à manger comme les locaux autour du lac Atitlán. Des associations de femmes se sont regroupées pour créer la Red Ruta del Sabor, un parcours gastronomique qui fait le tour de presque tous les villages. Vous réservez votre place dans une famille pour le lunch et vous arrivez environ une heure à l'avance, question de participer à la préparation du repas.

Quand on dit gastronomie, ici, il faut s'entendre. L'alimentation des Mayas étant assez rudimentaire, vous aurez droit à une généreuse assiette, bien équilibrée, mais peu goûteuse.

L'aliment de base, c'est le maïs. On vous le sert en tortillas, avec une salsa de tomate peu piquante, ou en tamalito, une pâte de maïs enveloppée dans une feuille de maïs. Comme protéine, on sert souvent du poulet, soit dans une soupe-repas ou dans un pépian, un mijoté savoureux qui sera accompagné de légumes comme le wisquil, une belle découverte. Lorsqu'on offre une salade, on l'arrose seulement de sel et de jus de lime, ce qui est, ma foi, très rafraîchissant.

On vous servira à boire soit du chuchito, un consistant breuvage à base de maïs, de la cucha, de l'alcool de maïs artisanal, ou un jus fait à partir de plantes naturelles.

Les Mayas ne mangent normalement pas de dessert. Mais on a la délicatesse de préparer une assiette de fruits aux visiteurs.

Un prétexte

La nourriture, en fait, n'est qu'un prétexte. Parce que ces dîners servent surtout à créer un contact avec les locaux. Vous vous sentirez parfois comme des géants dans leurs maisons au plafond bas. Les femmes guatémaltèques sont parmi les plus petites au monde et dépassent rarement les cinq pieds. Elles riront de bon coeur quand vous essaierez de moudre du maïs de façon traditionnelle, sur une pierre carrée.

La plupart des femmes ont la conversation facile... si vous parlez espagnol bien sûr. Sinon, il faudra compter sur les services d'un traducteur. Comme l'espagnol est déjà leur langue seconde (la première étant leur dialecte maya), et qu'elles sont peu éduquées, elles ne parlent souvent pas un traître mot d'anglais, et encore moins de français. Mais les gestes affectueux et les beaux sourires font que la communication passe quand même très bien.

Côté hygiène, il n'y a pas de craintes à y avoir. Les femmes qui font partie de cette route gastronomique ont suivi des formations sur la manipulation des aliments données par PROSOL, le programme canadien d'aide humanitaire. Évitez seulement de boire l'eau directement de leur robinet. Si vous avez soif, on vous servira de l'eau embouteillée.

L'autobus nous laisse tout en haut... (Collaboration spéciale Patricia Cloutier) - image 3.0

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Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Trois visages du Guatemala

Pablo

Il a 17 ans et rêve d'enseigner l'éducation physique. En attendant, il part tôt le matin, dans l'une des barques de son père, et fait pêcher les rares touristes qui se présentent dans son village de San Pedro la Laguna. Pêcher, c'est un grand mot. Les quelques poissons pris par mes compagnons de voyage étaient minuscules. C'est plutôt le tête à tête avec un «local» qui est intéressant. Pablo trouve que mon espagnol est très bon, meilleur que son anglais. Il demande combien coûte ma caméra, il raconte qu'il vit avec sa famille élargie, qu'il n'a pas les moyens d'aller à l'université et qu'il entraîne bénévolement une équipe de basketball. Yeux pétillants, sourire éclatant, Pablo navigue sur son lac en rêvant.

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Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Rocío

Mère monoparentale de trois enfants, Rocío était architecte à la Ville de Panajachel avant d'être recrutée par PROSOL. Elle est le pilier du voyage, celle qui a réponse à toutes nos questions. Elle est presque accueillie en héroïne par les villageois que nous visitons. Née d'une mère maya et d'un père hondurien, elle a connu la guerre civile, la violence, et les menaces - soit par des messages, soit à la pointe d'un couteau - parce que par son travail, elle aide les peuples autochtones à se sortir de l'ignorance. Douce comme la rosée, comme le dit son nom, elle est une force tranquille : une représentante de la nouvelle génération de Mayas, qui souhaitent du changement pour le pays.

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Collaboration spéciale Patricia Cloutier

Tata Domingo

Il est le vieux sage, le guide spirituel du petit village de San Andrés Semetabaj. Alors qu'il nous accueille pour un café dans sa grande maison dénuée de meubles, il raconte le côté sombre de sa vie. Un de ses sept enfants a été assassiné en 2000 parce qu'il était impliqué dans la politique. Il avait en fait suivi les traces de son père. Tata est l'un des rares Mayas de sa génération à avoir étudié à l'université. Il a ensuite lutté au sein de la Ligue des indigènes lors de la guerre civile, militant pour le développement des zones rurales du Guatemala. Une partie qui n'est pas encore gagnée. Son rêve le plus fou? Qu'un Maya devienne un jour le président du pays.

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